CHAPITRE V
Les expériences d'Ingenhousz et celles de Mantegazza, Joly, Musset et Wyman protestent contre la théorie des ensemencements, dont M. Pasteur a été le promoteur. Et en effet, si cette théorie était fondée, toutes les ressources de l'intelligence humaine ne pourraient expliquer comment ces divers savants ont pu récolter des organismes dans leurs ballons, eux qui, loin de les ensemencer, n'y laissaient pénétrer que de l'air calciné ou même de l'oxygène ! et comment, nous aussi, nous avons pu obtenir de tels résultats dans des expériences semblables (1).
En outre, nous le répétons; nous pouvons affirmer que les expériences directes, entreprises par nous, démontrent également que l'air est vierge d'œufs et de spores, ainsi que le constatent les recherches d'Ehrenberg, de Burdach, de Baer. de Hensche, de R. Wagner, de R. Leuckart et de Bechi (2).
(1) Ingenhousz, Journal de physique, 1784. — Mantegazza, Recherches sur la génération des Infusoires. Institut Lombard, 1852, t. III. — Joly et Musset, Nouvelles Expériences sur lliétérogénie. Comptes rendus, t. Ll, p. 627. — Pouchet, Genèse des proto-organismes dans Vair calciné. Comptes rendus, «860, t. L, p. 10 II.
(-2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25. — R. Wagner et R. Leuckart, Cyclopédie, art. Semen. — Bechi, Recherches sur Voir des Maremmes de laToscane. Comptes rendus, 1861, t. LU, p. 853.
Voici donc douze expérimentateurs qui protestent contre in fait avancé par un seul (1).
Et, pour tout esprit logique, tant que celui-ci n aura pas d'abord renversé une si formidable opposition, jamais >es expériences ne pourront être considérées comme sérieuses.
Nous pourrions nous borner à ces assertions, contre lesquelles il n'y a pas de dénégation possible ; mais nous dirons, en outre, que des expériences directes vont également prouver que les ensemencements n'ont pas la moindre influence sur les phénomènes biologiques qui se manifestent au milieu des fermentations.
D'un autre côté, comme les spores des Microphytes et les œufs de beaucoup de Microzoaires n'appartiennent pas au domaine de la métaphysique, et comme ils sont parfaitement connus et parfaitement visibles, puisque nous les montrons, nous, à qui veut les voir; si réellement M. Pasteur les saisit dans l'atmosphère, comme il le prétend, qu'il les montre aux savants ; c'est la seule réponse, et la réponse sans réplique, qu'il puisse faire aux dénégations incessantes que nous reproduisons contre ses expériences.
Cette théorie des ensemencements est de nature à séduire le vulgaire : elle semble lui rendre palpables des phénomènes jusqu'alors insaisissables. Mais le scrutateur sévère, le savant sérieux, à l'instant même s'aperçoit qu'elle est absolument fausse; car dans une foule de cas, les fermentations les plus énergiques se développent sans qu'on les ensemence d'aucun organisme.
L'habile chimiste qui fut le promoteur de cette illusoire théorie, y a été conduit par ce qui se passe dans la fabrication de la bière.
(i) A ce nombre on pourrait encore joindre les personnes bien autorisées dont parle M. Pasteur, et dont il n'indique malheureusement pas les noms.
bans celle-ci, en effet, le fabricant semble en quelque sorte ensemencer la levure dans ses barriques. De là ansi. dans ses expériences, M. Pasteur a pu croire qu'il ensemençait cette même levure.
Le brasseur n'ensemence ni une graine, ni un végétal: il met simplement dans ses cuves le produit putrescible qui enveloppe les spores de levure, et celui-ci seul devient la cause initiale de la fermentation. La levure est tellement inutile à la production de la levure, que celle-ci se produit parfaitement sans elle. Ce que nous disons là a lieu tous le» jours en grand dans la fabrication du vin et du cidre. Et quand on voit la fermentation de ces boissons engendrer des masses de levure sans qu'on en mette une seule parcelle dans les cuves, comment est-il possible que des savants aient jamais pu proclamer que la bière s'ensemençait comme on ensemence un champ. La levure employée par le brasseur ne sert qu'à donner plus d'énergie, plus de force à un phénomène qui, sans elle, se produirait d'une manière moins satisfaisante pour lui. Mais ce n'est nullement cette levure qui multiplie. Si ce que nous avançons n'était pas vrai, le vin et le cidre, qu'on n'ensemence pas, resteraient absolument stériles.
Ces assertions ne peuvent souffrir la moindre objection, et elles suffiraient seules pour convaincre les plus sévères esprits, si même l'expérience ne venait surabondamment les confirmer à l'égard de la bière elle-même.
En effet, la pratique du brasseur est si peu un ensemencement, que, dans nos expériences, nous voyons, chaque jour, de la levure s'engendrer dans du moût de bière recueilli sous la cuve bouillante, et renfermé dans des vases dans lesquels on n'a pas mis un seul globule de cette levure; et celle-ci est bien de la levure cérévisique. (Expérience 35.)
Dans d'autres expériences, en agitant de la levure dans
du moût de bière, et en filtrant ensuite celui-ci à travers quatre filtres pour s'assurer que le liquide est absolument dépouillé de toutes ses vésicules cérévisiques , nous n'en voyons pas moins se développer une notable quantité de levure dans cette bière sortie si limpide, et si pure de cette épreuve (expérience 36).
Si tant de preuves accumulées n'avaient déjà renversé l'hypothèse des ensemencements, les faits suivants seraient de nature à porter la conviction dans tous les esprits. Nous avons vu d'énergiques fermentations se manifester, et des masses de levure se produire, quoique nous n'employassions que du ferment absolument mort, et même désorganisé, et qui, par conséquent, ne pouvait servir de semence ou de mère vivante. En effet, ayant pris de la levure de bière anglaise et lui ayant fait subir une dessiccation de six mois au soleil, et l'ayant ensuite exposée, pendant six heures, dans une étuve à une température de 100°; cette levure, réduite à l'état de corne et mise dans du moût de bière, n'en détermina pas moins la formation d'une abondance de levure cérévisique parfaitement caractérisée, et que l'on distinguait très-facilement de la levure sèche, celle-ci étant complètement déformée et désorganisée. Sans doute que, dans ce cas, si même on ne s'était assuré qu'elle était profondément désorganisée, et par conséquent morte, personne n'oserait prétendre qu'après une si redoutable épreuve, la levure ait pu encore conserver quelques vestiges de vitalité et pulluler dans le liquide. Or, dans cette circonstance, c'est donc sous l'influence d'un être mort et absolument mort, que se produisent la fermentation et la levure qui en est le résultat ; là il ne peut donc y avoir d'ensemencement (expérience 37).
Pour qu'une expérience d'ensemencement ait quelque valeur, il faudrait constater que l'espèce que l'on obtient est identique avec celle qui a été ensemencée. C'est ce que
M. Pasteur n'a jamais fait. Il a ensemencé l'invisible, et n'a récolté que ce qui devait surgir spontanément.
Moi, en ensemençant des espèces bien déterminées, j'en ai récolté d autres. Le Collarium melanospermwn m'a donné le Pénicillium glaucum, qui en diffère tant. Le Mucor pygnueus ensemencé a produit le Pénicillium glaucum et une autre espèce qui m'est inconnue.
M. Pasteur prétend que, si on ne sème pas de levure dans le moût de bière, jamais on n'obtient un seul globule de levure alcoolique, et qu'il ne se produit que des infusoires et de la levure lactique.
Ce savant commet à cet égard deux erreurs capitales : Tune comme physiologiste, et l'autre comme micrographe.
En effet, relativement au phénomène biologique, que ce soit une levure ou une autre qui se produise, c'est absolument la même chose par rapport à la question qui nous occupe; car c'est un organisme génériquement identique qui s'engendre, sans ce prétendu ensemencement, duquel on professe qu'il doit constamment tirer son origine.
Il y a aussi là une grave erreur de micrographie. Dans cette circonstance il se forme évidemment et très-ostensiblement de la levure cérévisique. C'est incontestable. En prenant du moût de bière dans des brasseries anglaises et le renfermant dans des flacons bien bouchés, j'ai reconnu qu'il s'y développait, souvent dans un espace de temps assez court, de la levure de bière abondante et parfaitement caractérisée (expérience 35).
Ainsi, partout succombe cette prétendue théorie des ensemencements.
Si les observations tirées de la pratique en grand de la fabrication du cidre et du vin, si les expériences que nous avons citées sur la bière, ne détruisaient pas de fond en comble les ensemencements, l'expérience qui suit, exécu-
tée sur des Infusoires, suffirait seule pour démontrer qu'ils ne sont qu'une pure fiction.
Expérience. — Je prends une décoction susceptible de donner des millions de Paramécies au bout de cinq à six jours; et, comme pendant ce temps on n'observe pas de scissiparité, pas de ponte, il faut, par conséquent, d'après l'hypothèse des panspermistes, que chacun de ces Microzoaires provienne d'un œuf aérien. Le liquide est confiné dans un décimètre cube d'air. Pour l'intelligence de l'expérience, disons que ce liquide présente seulement 1 ,000,000 de Paramécies.
Au moment où je commence cette expérience, je fais passer à travers un globule de coton un décimètre cube du même air. Il est évident que, si les ensemencements de M. Pasteur sont un fait, je devrai rencontrer dans ce globule de coton environ \ ,000,000 d'œufs de Paramécies; et cependant l'observation microscopique n'en fait pas découvrir un seul.
Je fais plus, je continue encore l'expérience. Puis, après avoir fait traverser ce globule de coton par cent décimètres cubes d'air, qui devaient le remplir de cent millions d'œufs, je l'examine de nouveau au microscope, et je n'en rencontre pas plus que précédemment (I).
(I) A toutes ces expériences, où une inexplicable multitude d'animaux envahit les macérations au bout de quatre à cinq jours, les physiologistes, qui dissertent d'après les livres, prétendent que cette extraordinaire population dérive d'une génération d'une extrême activité, de la scissiparité, de la gemmation ou de la génération alternante.
11 n'y a pas une seule de ces assertions d'exacte et même de possible : selon M. Balbiani, le seul accouplement serait plus long que la macération n'est de temps à se peupler; la scissiparité ne se produit nullement dans ce cas, et il n'y a non plus là ni gemmation ni de merveilleuses générations alternantes. Pour le zoologiste, il faut évidemment autant d'œufs dans cette expérience qu'il y a d'animalcules dans la liqueur. 11 ne peut y avoir de doute. Et c'est aux adversaires de l'hétérogénie à nous les montrer.
Peut-on donner une preuve plus saisissante de l'absence des prétendus œufs ensemenceurs de l'air.
Exécutée dans les conditions où il se produit des moisissures, l'expérience a le même résultat : on ne discerne pas une seule spore dans le coton (expérience 38).
Dans mes expériences, les ensemencements n'ont jamais déterminé l'apparition de plus d'organismes dans les corps fermentescibles qu'il n'en apparaît quand on ne les ensemence pas.
Ce qui prouve même que l'apparition des organismes est absolument indépendante des ensemencements, c'est que fréquemment nous avons vu les corps les plus disparates, et même les corps inertes ou ceux qu'on avait exposés à une chaleur capable d'anéantir absolument toute vitalité dans les spores, à 150°, n'en pas moins donner lieu à une végétation cryptogamique tout aussi abondante, et même parfois plus abondante que celle qui apparaissait à la surface du milieu ensemencé de prétendues spores aériennes (1).
Deux causes ont induit en erreur le promoteur de la théorie des ensemencements : c'est qu'il a expérimenté sans s'astreindre au contrôle d'aucun critérium parallèle, et qu'il a, sans doute, porté une conclusion prématurée.
En effet, nous devons dire que, dans quelques cas, si l'ensemencement est fait avec des substances organiques, celles* ci, agissant comme engrais fertilisateur, activent l'évolution des spores spontanées, mais sans en apporter une seule. Ceci se trouve manifestement démontré par l'examen des critériums non ensemencés; car on reconnaît que la végétation qu'ils offrent devient tout aussi abondante que celle qu'on observe prématurément dans les vases qu'on suppose ensemencés de spores aériennes ; seulement elle n'apparaît qu'un ou deux jours plus tard (expérience 39).
(\) Poucbet, Comptée rendus de l'Académie des sciences. 4860, t. Ll.
Les expériences exécutées dans des ballons hermétique* ment fermés à la lampe, dont on a tant parlé dans ces derniers temps, doivent être absolument abandonnées, lorsqu'il s'agit d'élucider la question de l'hétérogénie. Employés comme l'ont fait jusqu'à ce jour les chimistes, ces ballons dorment le plus superbe démenti possible à la thèse qu'ils soutiennent, et chacune de leurs expériences démontre jusqu'à l'évidence l'inanité de la panspermie.
Si la panspermie existait, et si M. Pasteur, avec des globules d'amiante, introduisait ses prétendus œufs atmosphériques dans des ballons, on y rencontrerait de tous les genres d'Infusoires, car sans doute le col du matras ne trie pas les espèces; et, jusqu'à ce moment, malgré toutes mes instances, on n'a pu y signaler aucun Microzoaire cilié (1).
Il est même évident que ces ballons hermétiquement fermés paralysent le développement de ces Microzoaires, même dans les circonstances les plus favorables à leur apparition. (2) (expérience A).
Une expérience fort simple démontre l'exactitude de mes assertions. Si vous partagez une macération de foin en deux parties; que l'une soit confinée dans un ballon fermé à la
(I) Le «ayant que je combats, embarrassé par cette objection, et elle est capitale, décisive, a répondu que, si je lui donnais des décoctions dans lesquelles il apparaîtrait à l'air des lnfusoires en peu de jours, il en obtiendrait aussi dans ses ballons; c'est encore là une de ses assertions erronées, audacieuses, comme il lui en est tant échappé en discutant cette grande question de biologie. Il est des décoctions qui, en un temps assez court, donnent à l'air libre des lnfusoires ciliés, et qui jamais n'en produisent à vases clos. Mais ici nous simplifions encore la question, en montrant que de simples macérations enfermées dans les ballons de M. Pasteur, même avec de l'air ordinaire, n'y produisent aucun animalcule cilié. J'espère que cette fois l'habile chimiste se tirera difficilement de l'objection (exp. A).
(t) J'attribue cet effet, soit à la pression, ou trop diminuée, ou trop considérable, qu'éprouve le liquide ; soit au défaut absolu d'évaporation , soit, enfin et surtout, à la vapeur d'eau condensée qui retombe et se ré* paod incessamment à la surface de la macération du ballon et entrave la formation de la membrane proligùre
102 NOUVELLES EXPÉRIENCES SLR L'HÉTEROGÉNIE.
lampe, et l'autre isolée sous une cloche dans la même quantité d'air, vous ne verrez aucun Microzoaire cilié apparaître dans le ballon, tandis qu'il en existera d'abondantes légions sous la cloche.
Cette expérience vient, une fois de plus, démontrer l'insignifiance absolue des expériences à vaisseaux clos. Dans cette circonstance, comme on avait laissé entrer librement Tair extérieur, si celui-ci apportait les œufs des Infusoires, on aurait dû trouver dans le ballon les mêmes animaux que dans le critérium exposé sous la cloche, car il y avait là les mêmes éléments de fécondité. Si on ne les y a pas trouvés, c'est que le liquide, sous l'influence de la stricte réclusion, devient défavorable ou même impropre à la vie. Variée diversement, cette expérience nous a toujours donné le même résultat (expériences 40, 41).
On pourrait arguer, dans ce cas, que l'air confiné des ballons devient impropre à la vie des grands Microzoaires, parce que l'oxygène en est absorbé par la génération de Vibrions qui les précède. Mais cette objection n'a nulle valeur, car, si on analyse l'air de ces ballons, cinq ou six jours après que l'expérience a été commencée, on y trouve beaucoup plus d'oxygène qu'il n'en faut pour l'entretien de la vie des Microzoaires ciliés, eux, qui, comme nous l'avons dit, supportent même si facilement l'épreuve du vide (1).
Enfin, une expérience, aussi simple qu'elle est fondamentale et qu'elle a été des millions de fois constatée par la pratique, vient démontrer toute l'inanité des ensemencements, et prouver une fois de plus que l'air agit en raison directe de sa masse et non par les introuvables œufs dont on prétend le surcharger.
Toutes les fois que, dans un ballon d'un quart de litre de
(1) Pouchet, Hétérogénie, p. 177. Ou peut môme ajouter à ce que nous \cnons de dire, que, si c'était cette cause, les Microzoaires ciliés auraient dû manquer également sous la cloche, ce qui n'était pas.
capacité, vous introduisez certains liquides altérables, avec seulement deux ou trois centimètres cubes d'air ordinaire ; si vous bouchez hermétiquement ce ballon à la lampe, ce liquide y reste sans jamais subir de fermentation.
Donc ce n'est pas l'air qui apporte ces prétendus germes considérés à tort comme la cause des fermentations.
On pourrait objecter, en s appuyant sur la nouvelle hypothèse de la panspermie limitée, que l'expérience a pu se faire dans une veine d air inféconde ! Mais, répétez cette expérience cent fois, mille fois, dans les lieux les plus divers, et vous obtiendrez constamment le même résultat (1).
11 est reconnu que l'énergie de la fermentation est en raison directe du volume d'air mis en contact avec le corps fermentescible.
Si ce volume descend à une proportion trop restreinte, la fermentation est ordinairement incomplète ou absolument impossible. Les produits avortent ou restent stagnants, après avoir subi une première phase d'évolution.
Voici pourquoi les chimistes, qui ont eu le tort de prétendre que l'air introduisait les œufs et les spores dans leurs appareils, n'y voient jamais apparaître des organismes d'un ordre élevé.
MM. Ghevreul et Pasteur ont prétendu qu'en faisant bouillir des liqueurs putrescibles dans des ballons dans les-
(I) L'observation journalière nous démontre, môme fréquemment, ce Tait dans notre intérieur. Mille bouteilles de vin bien bouchées, dans nos caves, jamais ne s'altèrent, quoiqu'elles contiennent en somme un fort ample volume d'air qui, dans la théorie que nous combattons, ne peut Sire absolument vierge de spores ou d'œufs. Au contraire, ne remplissez |u'à moitié une seule bouteille, et, en un temps très-court, elle sera constamment envahie par une végétation de Cryptogames.
Si ces Cryptogames provenaient de l'air, et étaient la cause de l'altéraion du liquide et non son résultat, il est évident que le vin s'en couvrirait tout autsi bien parfois dans les bouteilles où il y a peu d'air, que dans celles où il s'en trouve beaucoup. C'est là une conséquence logique de la )anspermie.
quels l'air ne rentrait ensuite que par un chemin tortueux, on ne voyait point apparaître d'organisme dans ces matras, la pesanteur empêchant les œufs ou les spores d'y pénétrer.
Ces expériences, dont la simplicité a émerveillé tant de monde, doivent être absolument rayées de la science. Et rationnellement elles n'auraient même pas dû être tentées après que celles de Schwann et de Schultze avaient succombé.
Dans nos mains, ces expériences nous ont toujours donné des organismes végétaux ou animaux (expériences 42, 43). Si M. Pasteur n'a pas obtenu le même résultat que nous, c'est qu'il s'est trop hâté de conclure. Ce n'est quelquefois qu'après six mois qu'on voit des Microphytes apparaître dans ces expériences , parce qu'elles offrent quelques-uns des inconvénients des ballons fermés à la lampe.
Deux savants, MM. Joly et Musset, qui ont fait de si ingénieuses expériences sur l'hétérogénie, ont aussi reconnu que les assertions de M. Pasteur étaient absolument erronées (1).
La fermentation de la colle de farine est assurément Tune de celles dont la fécondité est des plus extraordinaires. Peu d'heures après avoir été abandonnée au contact de l'air, si la température est un peu élevée, elle donne naissance à des productions extrêmement variées; c'est un véritable champ diversicolore. Les végétaux qui pullulent le plus communément à sa surface sont les Pénicillium glaucvm,
(i) J'ajouterai môme que ce savant chimiste n'aurait jamais dû les tenter; car, d'après sa théorie de la panspermie accidentelle, il pouvait opérer dans une lacune où l'air se trouvait vierge de spores; et alors, en acceptant son hypothèse, il ne peut y avoir à statuer sur l'obstacle apporté à l'introduction d'un élément qui, en réalité, pouvait ne pas exister dans le lieu où il a opéré? Le professeur Schaaffliausen vient encore de démontrer que le coton lui-même n'entravait pas la production des organismes. Cosmos. y 4863, p. 633. Ainsi donc, de tous côtés les expériences de M. Pasteur sont attaquées.
Bull.; Mucor sphœrocephalus, Bull.; Mucor pygmœus. Link.; Ascophora mucedo, Rode; Coremium vulgare, Link.) et Collarium mgrispermum, Link. A cette végétation, qui n'est pas la seule, se joignent encore divers animalcules, des Vibrions, des Monades (Volvox sphœrula, Mu 11. — Vibrio bacillus, Bory. — Monas termo^ Mull. — Vibrio articulatw, Fr.). L'apparition de ces organismes si variés est si bien spontanée, que, si vous isolez de la colle, vous la voyez tout aussi féconde que celle qui a été exposée longuement au contact de l'air (1) (expérience 44).
Du reste, comme nous lavons dit, si les expériences d'ensemencement de M. Pasteur avaient la moindre probabilité, toutes les ressources de l'intelligence humaine ne pourraient expliquer la fécondité des ballons d'Ingenhousz, de Mantegazza, de Joly, de Musset, de Jodin et de Wyman, eux qui, comme nous, ne les ensemençaient point, mais, tout au contraire, en fermaient sévèrement l'accès aux prétendus œufs ou aux semences de l'air (2).
Divers savants ont même fait, dans ces derniers temps, des expériences directes qui viennent confirmer tout ce que nous venons de dire sur les ensemencements. MM. Joly et Musset doivent à cet égard être cités en première ligne.
M. Pasteur avait prétendu que c'était le mercure, qui, à l'aide des spores qu'il contient, fécoudait les appareils des
(1) J'ai môme souvent vu la colle et diverses macérations placées dans l'air confiné, sous des cloches, être beaucoup plus fécondes que les mêmes corps exposés à l'air libre.
(2) Mantegazza, Recherches sur la génération des Infusoires. Institut Lombard, 1852, t. III. — Joly et Musset, Nouvelles expériences sur l'hétérogénie. Comptes rendus de l'Académie, t. LI, p. 628. — Cb. Musset, Nouvelles recherches expérimentales sur Vhétérogénie ou génération spontanée. Toulouse, 1862. — V. Jodin, Développement de Mucédinées dans des dissolutions sursaturées» Comptes rendus, 1861, t. LU, p. 1143. — J. Wyman, Experiments on the formation of Infusoria in Boiled Solutions of Organic Matter. Cambridge, 1862.
iOi NOUVELLES EXPÉRIENCES SUR LHETEHOGENIE.
expérimentateurs. Les deux savants de Toulouse, par une tentative hardie, ont démontré jusqu'à l'évidence que cette assertion était absolument erronée. Ayant lavé du mercure dans de l'eau, ils n'ont nullement reconnu que celle-ci en fût devenue plus féconde (1).
Nous avons déjà fait remarquer que la prétention de M. Pasteur était tout à fait insoutenable, puisque la plupart des savants qui ont expérimenté sur les générations spontanées ont obtenu des animaux ou des plantes sans avoir employé de mercure (2). On s'étonne vraiment que Ton puisse oublier de telles choses.
Dans ses récentes expériences, le docteur J. Wyman vient encore de mettre ce fait hors de doute. En effet, ce physiologiste, dont les appareils sont d'une remarquable simplicité, et par cela même bien plus précis que ceux du professeur de l'École normale, quoique n'employant nullement le mercure, voit des animaux et des plantes remplir des ballons renfermant un liquide fermentescible, qui a subi une ébullition de deux heures à une pression de deux atmosphères, et dont l'air a été calciné en y rentrant à travers des tubes en fer, intimement soudés avec son col et qui avaient été rougis à blanc. Ainsi donc là nous avons une
(lj Joly et Musset, Études physiologiques sur Vhiiéroginie. Comptes i 18tf2, t. LV, p. 490. — Dans ce mémoire ces expérimentateurs rapportent que de l'eau distillée ayant servi à laver du mercure rempli de poussière est restée inféconde. Et préalablement ils ont eu l'attention de reconnaître que les Infusoires vivaient parfaitement dans cette eau. La théorie de la panspermie est donc attaquée et renversée de tous côtés.
(2) Je n'ai plus employé de mercure dans toutes mes dernières expériences. Et les expérimentateurs, tels que Mantegazza, Joly et Musset, qui en ont fait usage, avaient le soin de le faire chauffer. Aussi a-t-on le droit de s'étonner en voyant M. Pasteur avancer les théories qu'il soutient. Il ne se donne même pas la peine de connattre ce qui s'est fait avant lui; voici d'où proviennent tant d'erreurs que j'éprouve un vif regret d'ôtre obligé de relever.
expérience aussi simple que précise et dans laquelle le mercure ne figure nullement (1).
Est-il possible que Ton ait pu cependant dire que celui-ci seul infectait les appareils des expérimentateurs (2).
Ainsi donc succombe la théorie des ensemencements de
Fig. 9.
M. Pasteur; idée erronée s'il en fut, qui peut séduire quelques observateurs superficiels, mais que n'admettront jamais des naturalistes réfléchis; hypothèse sans fondement, que renversent doublement et l'expérience et la simple observation.
Qui pourrait, en effet, admettre la théorie du chimiste de l'école normale, quand elle se trouve condamnée de fond en comble par les expériences d'Ingenhousz, de Mantegazza, de Joly, de Musset, de Schaaffhausen et de Wyman?
Qui pourrait admettre cette théorie, quand elle se trouve condamnée par les observations d'hommes, tels que Ehrenberg, Burdach, de Baer, Hensche, R. Wagner, R. Leuckart, Baudrimont, Bechi?
(1) J. Wyman, Expérimente on the Formation of Infusoria in Boiled Solutions ofOrganic Matter,enclosed in Hermetically SeaUdVesscls,and Supplied with Pure Air. 1862. Ce dessin représente l'appareil du professeur Wyman : T tubes en fer, rougis à blanc ; A air calciné; F liqueur fermentescible ayant bouilli deux heures à deux atmosphères de pression.
(2) Pasteur, Annales des sciences naturelles, 1862.