CHAPITRE PREMIER
La question que nous débattons est absolument du ressort de l'anatomie et de la physiologie ; il s agit simplement d'un fait d'embryogénie microscopique, facile à débrouiller. Si Ton a, jusqu'à ce jour, éprouvé^ quelques difficultés h y parvenir, il ne faut s'en prendre qu'aux méthodes perturbatrices qui ont été substituées à la simple observation.
Avec une sévérité de langage qu'il est inutile de rappeler ici, I. Geoffroy Saint-Hilaire disait que la chimie n'avait nullement affaire dans une telle question. Et quand les expériences de ses adeptes, où tout est torturé parla calcination ou l'ébullilion, ne se renverseraient pas mutuellement, elles n'auraient pas plus de valeur contre l'embryogénie des Microzoaires qu'elles n'en ont contre l'embryogénie du poulet; et elles n'ont pas plus de rapport avec l'une qu'avec l'autre. Est-ce que les phénomènes insolites de leurs ballons hermétiquement fermés, quels qu'ils soient, empêchent qu'on ne voie l'ovule se former dans la membrane proligère comme
DÉMONSTRATION ANATOMIQUË. (09
l se forme dans un ovaire? Est-ce qu'ils empêchent le viellus degyrer, le cœur de battre dans l'œuf et le petit d'en sortir? Vraiment notre esprit se perd en cherchant quelle portée peuvent avoir ces expériences tourmentées, sur des actes biologiques dont l'évidence crève les yeux.
La genèse spontanée de certains Microzoaires se suit parfaitement à laide du microscope ; et son évidence est telle, qu'on en voit successivement les éléments anatomiques se grouper : l'œuf et l'embryon se forment sous les yeux de l'observateur. Le professeur Schaaffhausen a dit, depuis nous, et avec beaucoup de raison, qu'on pouvait voir les Infusoires se produire aussi sûrement qu'on voit des cristaux se former dans une solution qui en contient les éléments (1).
Si l'embryogénie des Microzoaires n'avait été observée que par nous, on pourrait croire que nous avons pu nous égarer. Mais les hommes les plus considérables, et les plus patients scrutateurs l'ont déjà étudiée attentivement ou reconnue en principe, avant nous et depuis nous; et notre seul mérite est de l'avoir décrite le premier avec une exactitude plus scrupuleuse que celle qu'on y avait apportée jus- ]u'à ce jour.
MM. Pineau, Nicolet, Joly, Musset et Schaaffhausen atestent avoir vu ce que nous avons vu nous-même (2).
Et Carus, Treviranus, Tiedemann, Burdach, Bremser, l. Muller, de Humboldt et R. Owen l'admettent comme in fait démontré (3). Les savants qui nient de telles
(1) Schaaffhausen, Recherches sur la génération spontanée. Cosmos., 4863,
(2) Pineau, Recherches sur le développement des Infusoires. An. se. nat., 845, t. III. — Nicolet, Arcana naturœ. T. I, p. 2. — Joly et Musset, Compx rendus de rAcadém. des se, 4860, t. L, p. 934. — Schaaffhausen, Sur origine des algues et sur les métamorphoses des Monades. Comptes rendus, 662, p. 1046.
(3) Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Puris, 1835, t. III,
If* M *\ ELLES LXPCBIC5CES StM I/KTU0G&C1E.
choses sont ceu* qui jamais n'ont pris b peine de les vérifier.
A mesure que. par de patientes investigations, les zoologistes parvenaient à découvrir les sexes chez les «nhnaoi inférieurs, ou à nous révéler leur mvstérieure reproduction, les adversaires peu éclairés de llftétérogénie considérant de tels faits comme autant d'arguments favorables i kar thèse. Hais un examen philosophique de b question prouve immédiatement que ceux-ci sont absolument insignifiants pour sa solution. Se sait-on pas, en effet, qu'à chacune des créations successives du globe, les animaux et les planta surgissaient de toutes pièces avec les organes destinés à le* reproduire normalement dans la succession des siècles? El. quand il serait parfaitement démontré que c'est par b génération sexuelle que se multiplient constamment les Infasoires. ce qui est fort loin de l'être, cela n'infirmerait en rien l'apparition possible et spontanée d'une foule de leurs légions, surgissant de la matière inerte, en présentant déjà des appareils reproducteurs, destinés ou non à bar et que le fait invoqué contre l'hétérogénie soit de nulle valeur dans la balance.
Nous avons démontré, le premier, que b pellicule qui apparaît d'abord à b surface des macérations n'était formée que des débris et des cadavres de la génération éphémère des Vibrions et des Monades, qui précède constamment l'apparition des Microzoaires ciliés. C'est à cette pellicule que nous avons donné le nom de membrane proligère, à cause de
p. 20. — Treiinuius, Biologie. Gœttingue, 1802, t. II, p. 267. — Titdemann, Physiologie de rhomme. Puis, 1831, 1. I, p. 100. — Burdach, Traêi de physiologie. Paris, 1837, 1. 1. — Bremser, Traité des vers mUtHmmu. Paris, 1824. — J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1831, L I, p. 9. — Dogt-s, Traité de physiologie comparée. Paris, 1830. — Rérard, Gturt de physiologie. Paris, 1848, t. 1. — De BlainriUe, Diet.desse. «cf., UXXDI, p. 410. — R. Oweo, Palœontology. Edioburgh, 1861, p. 441.— A. de 1 boldl, Cosmos. Trad. Paris, 1855, 1. 1, p. 421.
DEMONSTRATION AN ATOMIQUE. «If
sa destination ultérieure; car ce sont ses granules organiques qui deviennent les éléments anatomiques de ces derniers animaux (1).
L'histologie des Microzoaires est donc venue confirmer on fait remarquable, que nous avions déjà signalé dans le développement du vitellus de certains Mollusques : c'est que les premiers linéaments de l'animalité se recrutent à l'aide des débris d'une génération qui vient d'expirer (2).
L'ovule spontané des Microzoaires ciliés se forme absolument dans la membrane proligère, comme l'ovule ovarijue dans le stroma de l'ovaire.
J'ai décrit avec une précision encore inusitée dans la science, et les diverses sortes de membranes proligères, et a genèse de plusieurs Microzoaires, que j'ai suivie depuis ['instant où ils commencent à poindre dans celles-ci, jusqu'à leur parfait développement et à leur éclosion. Je n'y revienirai pas ici et me contenterai de renvoyer à mon traité d'Hélérogénie, où toutes les phases de l'évolution de diverses wpèces ont même été représentées (3).
Nous ne traiterons dans ce livre que de faits plus récemment observés par nous. Ayant ailleurs décrit la genèse dans des membranes proligères à granulations serrées, je vais ici me borner à exposer ce qui se produit dans une pellicule moins dense.
Après avoir laissé pendant une heure macérer vingt grammes d'ivraie, Lolium tcmtdentwn, L., dans 500 grammes d'eau, on filtra le liquide.
Le lendemain, par une température de 25°, la surface de la macération était envahie par une immense légion de Menas termo, Mull.
(1) Pouchet, Hétérogénie, p. 355.
(t) Pouchet, Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie. Pfcris, 1838, t. II, p. 253.
(3) Pouchet, Hétérogénie, 1839, p. 352-368, pi. 2.
Le surlendemain , ces animalcules étaient presque tous morts, et leurs cadavres constituaient une pellicule proligère très-mince, à granulations très-fines et peu serrées.
Le troisième jour commencèrent à apparaître, çà et là, dans cette membrane, quelques ovules spontanés ; et déjà ceux-ci s'y offraient même sous divers degrés de développement.
De place en place, la force plastique, centralisant son action, avait condensé de petits amas de granules d'un jaune verdâtre, qui se distinguaient parfaitement dans la pellicule proligère, et y formaient des groupes de granulations, que, pour l'aspect, on pourrait comparer à celui de certaines nébuleuses.
Quelques-unes de ces espèces de nébuleuses n'étaient constituées que par un petit nombre de granulations, et offraient des formes encore indécises. D'autres étaient composées d'un plus considérable amas de granules, et déjà on y distinguait la tendance qu'avait l'œuvre à devenir sphéroïdale. Le centre de celles-ci était occupé par les grains les plus gros et les plus tassés ; vers la circonférence ceux-ci étaient et plus fins et moins serrés, ce qui y formait une espèce de large zone pellucide.
Enfin, de place en place, dans la même pellicule, on voyait des ovules d'un développement encore plus avancé. Les uns étaient presque totalement achevés. Déjà ils étaient tout à fait sphériques, et une zone plus claire et de peu d'épaisseur, qui les circonscrivait, annonçait leur délimitation finale et le lieu qu'allait occuper le chorion. Sur d'autres, celui-ci est tout à fait formé ; l'ovule jouit de sa vie indépendante, et déjà on observe que le vitellus est en gyration (1).
(1) Il est essentiel de noter ici que cette gyration régulière du vitellus précède évidemment l'apparition du punctum saliens. De façon qu'il est impossible de confondre ce phénomène caractéristique de l'être nouveau
Le quatrième jour, presque tous les œufs sont totalelient formés. Ils ont de mm ,04J0 à mm ,0420 de diamètre, 5t on y voit déjà battre le cœur de l'embryon.
Enfin, le cinquième jour, il en sort des Paramécies d'une ongueur de œm ,0425 à mm ,0500 (1).
Si ce que je viens de dire sur l'embryogénie des Micro- »aires, ainsi que ce que j'en ai rapporté dans mon Hétéro- )énie y n'avait été vu que par moi, on pourrait supposer que juelque illusion a pu me tromper ; mais les mêmes faits >nt été parfaitement reconnus ou vérifiés par d'autres sa-
vec les mouvements désordonnés qui accompagnent l'enkystement moriide de quelques Microzoaires, dans ses premiers moments. Mouvements lésordonnés, véritable agonie, pendant lesquels la vésicule contractile esse même de battre, tandis que dans l'œuf, commencement d'une vie touvelle, les battements de cette vésicule acquièrent de plus enplusd'inensité. Tout est donc différent pour l'observateur attentif.
(4) Le seul phénomène que Ton pourrait confondre avec l'embryogénie les Microzoaires est leur en kyste ment ; aussi avons-nous dû faire de ce lernier une étude attentive. Ces deux actes ne peuvent être confondus : un est le symbole d'une vie qui commence et se développe ; l'autre, d'une xistence qui s'éteint et s'anéantit. L'ovule spontané est dépourvu de cils t d'une teinte pâle; et sa gyration, qui se produit fort régulièrement sous 1 coque mince, dure très-longtemps, parfois une journée. Tant qu'elle a ieu, on n'aperçoit pas encore le punctum saliens. Mais quand celui-ci, qui l'est que le cœur, manifeste enfin ses battements , tout mouvement yratoire cesse. Au contraire, dans l'enkystement morbide, la surface de animalcule est recouverte de cils ou d'appendices aigus, et ce sont ceuxi qui lui impriment, pendant quelques minutes seulement, des mouvelents irréguliers, que des observateurs attentifs ne confondent jamais vec la gyration. Et pendant cette agitation morbide, la vésicule cardiaue se dilate outre mesure, comme sous l'impression de l'asphyxie, et e se contracte qu'un fort petit nombre de fois avant qu'arrive la mort dénitive. Le Microzoaire enkysté est enveloppé par sa peau qui est consiérablement plus épaisse que la coque de l'ovule spontané et souvent dorée. Enfin ce Microzoaire, enveloppé de son armure de cils, n'est pas tissi régulièrement sphérique que l'œuf. Du reste, on peut se convaincre ne toute erreur est impossible en comparant nos figures lisses d'œufs xmtanés, avec les Microzoaires enkystés hérissés de pointes ou de cils, n'ont représentés M. Haime, daus son Mémoire sur la métamorphose dci ricodes, et M. Balbiani, Journal de physiologie, 1861, p. 8, fig. if.
vants. M. Pineau, avant nous, a décrit et figuré avec une grande exactitude révolution des Oxytriques. M. Nicolet, dans de magnifiques travaux, a représenté la genèse spontanée des Amibes. MM. Joly et Musset attestent aussi avoir vu se dérouler sous leurs yeux toutes les phases embryogéniques des Paramécies. Récemment M. Schaaffhausen a annoncé à l'Académie des sciences qu'il avait constaté des phénomènes analogues sur plusieurs autres Microzoaires ; nous-même nous les avons suivis instant par instant. Et lorsque l'embryogénie spontanée des grands Microzoaires a été constatée, phase par phase, par six observateurs, pour des physiologistes sérieux, toutes les expériences chimiques du monde ne saperont jamais une parcelle de ce fait culminant (1).
M. Dumas a même été beaucoup plus loin que nous et les divers savants que je viens de citer. 11 a vu des globules mouvants s'accoler deux à deux, quatre à quatre, ou en plus grand nombre, et former sous ses yeux des animaux vivants assez complexes (2).
(i) Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires. An. se. nat. 4845. — Nicolet, Arcana nalurœ , Mode d'apparition et développement des Amibes, pi. 2. — Joly et Musset, Nouvelles Expériences sur Thélérogénie. Compt. rend., t. L, p. 934. — Pouchet, Hètérogénie, 1859, p. 368, pi. 2. — Schaaffhausen, Sur P origine des algues et les métamorphoses des monades. Compt. rend., 1862, t. LlV,p. 1046.
(2) Voici comment s'exprime M. Dumas, en suivant pas à pas la genèse spontanée : « On a vu, dit-il, une matière organique morte, et que tout nous autorise à considérer comme inerte, se transformer en autant de petits êtres vivants qu'elle contenait de globules élémentaires (Monades). Ou aperçoit bientôt deux de ces globules mouvants s'accolant complètement l'un à l'autre, de manière à produire un être nouveau, plus gros, plus agile et capable de mouvements mieux déterminés que ceux que l'on observe dans les simples globules. Ce composé binaire ne tardera point & attirer à lui un troisième globule, qui viendra se réunir aux précédents et se souder intimement avec eux. Enfin un quatrième, un cinquième et bientôt trente ou quarante se trouveront ainsi accolés et constitueront un animal unique, doué de mouvements puissants, énergiques, et muni d'ap-
DÉMONSTRATION ANATOMIQl'E. 115
Nous avouons que, quoique nous ayons des instruments Tune bien plus grande précision que ceux dont se servait l 'ilustre chimiste, jamais encore nos yeux n'ont pu jouir d'un aussi merveilleux spectacle !
Nous, nous voyons seulement les ovules se former dans la membrane proligère des macérations, comme ils se forment dans l'ovaire des animaux; mais jamais nous n'avons encore pu apercevoir le groupement des granules organiques donner immédiatement naissance à aucun animal vivant.
L'embryogénie comparée vient elle-même donner une irrévocable autorité à tout ce que nous avançons. En compulsant les figures des zoologistes qui, tels que MM. Nelson, Lacaze-Duthiers, Koren, Danielssen et de Quatrefages, ont représenté l'évolution des animaux inférieurs, et en les comparant avec les nôtres, on reconnaît qu'il y a une similitude frappante entre le développement de l'ovule de ceuxci dans le stroma de l'ovaire, et le développement de l'ovule des Microzoaires dans la pellicule proligère qui, pour eux, le représente (1).
Le groupement des granules organiques qui forment le
pareils locomoteurs plus ou moins compliqués ; enfin, un être donl l'organisation savamment calculée repousse au premier abord (ou te idt'c d'une génération aussi simple que celle donl on vient d'offrir l'histoire. Toutefois, quelques jours d'une observation attentive et patiente suffiront pour convaincre de la réalité des résultats que nous venons d'exposer, et l'on pourra se former une idée juste de la nature des étranges animalcules microscopiques désignés sous le nom d'infusoires. »
• Tel est le phénomène de la génération dans les animaux microscopiques. » Dict.class. d'Hist. nat., t. Vil, p. 195.
(1) Nelson, The Reproduction ofthe Ascaris Mystax. Phil. Tr., 4852, pi. 28, •g. 48, 49, 50, 51. — Lacaze-Duthiers, Ilecfierches sur les organes génitaux ^ acéphales. Ann. se. nat., 1854, t. II, p. 7, fi g. 6. — Koren et Daniel MWI, Développement des pectinibr anches. Ann. se. nat., 1853, t. XIX, pi. 19, ty.l. — De Quatrefages, Études embryogéniques, Ann. se. nat., 1848, t. X, P-Mg. 3.
116 NOUVELLES EXPÊUIENCES SUR L'HÉTÉROGÊXIE.
noyau embryonnaire des Microzoaires spontanés, suit absolument les mêmes phases que celui qui précède l'apparition des Zoospores des Algues, si bien représenté par M. Thuret sur quelques espèces de Saprolegnia (1).
Les analogies se révèlent ici de toutes parts, et il est à remarquer que M. Thuret considère, lui-même, ces Zoospores comme ayaut les plus grands rapports avec les Microzoaires, surtout avec le Dise/mis viridis, Duj.
Le groupement des éléments anatomiques de l'ovule des Microzoaires est absolument identique aussi à ce que nous avons observé en étudiant l'embryogénie des Mollusques à son point de départ.
Si tout nous dérobe encore la genèse des plus infimes Microzoaires, il en est cependant quelques-uns que l'on voit apparaître en masse dans la matière, et qui, par leur mode de formation, attestent encore qu'ils n'ont pu provenir que de la spontéparité.
Les Bactériums sont dans ce cas. Quand on suit attentivement ce qui se passe, heure par heure, à la surface d'un liquide on fermentation, tout à coup, à un moment donné, la pellicule presque imperceptible, et sans doute de nature muqueuse, qui s'étend à sa surface, présente de petites lignes pâles, immobiles, de la forme et du diamètre des Bactériums. Ces lignes sont ordinairement rangées côte à côtelés unes des autres, comme des soldats en bataille et un peu en désordre. Quelques heures après, ces petites lignes se circonscrivent, s'animent et deviennent autant de Bactériums vivants, à mouvements rectilignes très-rapides. (Voyez* la planche.)
Il est évident que si ces animalcules naissaient d'œufs, d'abord ils ne formeraient pas ces amas réguliers dont nous parlons, composés d'individus tassés les uns à côté des
(!) Thuret. Recherches sur les Zoospermes des algues, Ann.sc. nat., t. XIV.
autres. Ces œufs écloraient irrégulièrement disséminés dans la liqueur.
On voit aussi se former spontanément les œufs des gros Vibrions ; et comme ces œufs sont plus volumineux que le corps de ces animaux, et qu'ils en précèdent absolument l'apparition dans le liquide, il faut bien qu'ils y naissent spontanément.
Nous verrons plus loin que la levure, qui n'est pas une algue, quoiqu'on l'ait avancé, mais la spore d'une Mucédinée, se forme spontanément aussi. Nous en suivrons le développement, et nous reconnaîtrons qu'il n'y a pas de subterfuge possible pour en expliquer l'apparition autrement que par 1 hétérogénie.
Pour tout botaniste non circonvenu par des idées théoriques préconçues, il est évident aussi que les Entophytes ne peuvent devoir leur origine qu'à la génération spontanée. Sans elle, il devient absolument impossible d'expliquer comment ces parasites, qui se développent d'abord sous lépiderme des plantes vivantes et ne se font jour au dehors qu'après un certain temps, pourraient provenir de semences qui seraient apportées là par le mouvement vital.
D'illustres botanistes, tels que Fries et Endlicher n'ont pas hésité à professer que les Entophytes ne provenaient point de germes et qu'ils dérivaient du tissu cellulaire devenu morbide (I).
Unger etMartius les considèrent aussi comme dérivant de l'état pathologique de l'organisme végétal.
Pour en expliquer l'apparition autrement que par l'hété-
(1) Frics, qui classe ces plantes parmi les champignons, les décrit ainsi : k Enlophyti vegetotio nulla. Sporidia ex anamorphosi telœ cellulosœ plantarum vivarumorta; sub epidermide enata et per hanc erumpentia. Endlicher est encore plus explicite. Voici ce qu'il dit : Sporidia varia e parenchymate morfoto plantarum vivarum sub epidermide orla, hac rupta erumpentia, et varie *<rpèmutata stipata. Fries, syst. III, p. ;»0I. Endlicher, Gênera plantarum, p. 16.
118 NOUVELLES EXPÉRIENCES SLR L'HÉTÉROGÊNIE.
rogénie, on trouve d'immenses difficultés; il devient impossible de comprendre rationnellement comment les séminules de ces protophy tes peuvent arriver aux organes dans lesquels ils apparaissent. L'épiderme qui recouvre de toutes parts la plante ne pourrait leur donner passage, aucun corps solide, de quelque ténuité qu'on le suppose , ne pouvant le traverser ; et comme le dit M. Fée, qui a fait d'importantes observations sur ce sujet, fussent-elles cent fois plus petites, elles ne pourraient franchir cette membrane. Les stomates ne doivent pas plus leur donner accès, car on sait que certaines Entophytes se développent sur des végétaux qui en sont privés. M. Fée a fait des expériences concluantes qui ne lui permettent pas de douter non plus que les séminules des Entophytes ne peuvent pénétrer dans les végétaux par l'absorption des radicelles (i).
Ainsi donc, il résulte des faits consignés dans ce chapitre, que la genèse spontanée a été anatomiquement démontrée par six savants, et qu'on ne peut confondre avec d'autres ses phénomènes embryogéniques, déjà décrits ou figurés dans les plus grands détails par plusieurs naturalistes.
(i) Fée. Essai sur les cryptogames des écorces exotiques officinales, p. 13.