‹ Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitaleChapitre 24 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous avons prouvé, plus haut, que les expériences à vaisseaux hermétiquement clos protestaient en faveur de la géaération spontanée ; mais nous avons vu aussi qu'elles exerçaient toujours sur ce phénomène une action défavorable, 3t même souvent absolument toxique pour certains protojrganismes. Il faut donc chercher d'autres voies, et celles-ci sont faciles à trouver. La démonstration biologique de 1 hétérogénie s'obtient par les plus simples expériences à ciel Diivert, pour tout naturaliste qui veut les scruter attentivement ; c'est ce qui nous a fait dire que la génération spontanée était plus facile à démontrer qu'il n'est facile de calculer l'orbe de Jupiter ou de Saturne.

Si la thèse des générations spontanées a subi tant d'oscillations, il ne faut l'attribuer qu'à l'incompétence de beaucoup d'expérimentateurs. Elle rentre évidemment dans le domaine de la physiologie, et exige, pour être dignement interprétée, des connaissances approfondies en zoologie et în botanique. Cependant, tout le monde s'est cru apte à la juger magistralement.

Dans cette question, on a substitué le fait brut à l'interprétation philosophique ; on n'a employé que des bocaux là 3ù il fallait toutes les ressources du savoir ; on a cru avoir atteint la limite de la science en constatant qu'on s'était servi de ballons à col bien étiré et bien bouché à la lampe ; et un

champ sans bornes a été restreint aux limites de quelques expériences in vitro. C'était plus facile, assurément, mais moins digne de l'époque actuelle. Ainsi, l'on a pu satisfaire les masses; mais ce que l'on peut assurer, c'est que ceux qui étudieront scientifiquement ce sujet ne le seront pas. De là ces combats énervants sans conquêtes et sans fin.

Telle expérience décisive, irréfutable pour le savant qui en sonde toutes les conséquences, toutes les profondeurs, paraît nulle ou puérile à l'homme trop peu versé dans les sciences naturelles pour la juger sciemment.

Ainsi, pour les biologistes, deux expériences à ciel ouvert, savamment interprétées, seront bien autrement significatives que toutes celles qu'on exécute dans les vases les mieux bouchés que l'on puisse imaginer.

Il a été possible à nos devanciers de discourir sans fin sur la présence ou l'absence des germes des Mucédinées ou des Infusoires. Les naturalistes du siècle dernier nous l'ont prouvé merveilleusement.

Mais aujourd'hui que le microscope donne à quelques-uns de ces germes la dimension d'un grain de vesce ; aujourd'hui qu'il est impossible au naturaliste le moins exercé de les méconnaître, partout où un savant en signalera la présence, il sera tenu de les montrer. 11 n'y a plus à disserter sur ce sujel, plus de réactifs à invoquer, il faut voir. Il faut laisser Bonnet, Spallanzani et les savants de leur école, discourir sur leurs germes métaphysiques ; mais pour nous physiologistes du dix-neuvième siècle , nous demandons qu'on nous fasse palper tous ces corps jusqu'alors introuvables; leur diamètre variant souvent de 0,0028 à 0,0420 de millimètre, ils ne peuvent échapper là où ils sont réellement.

DÉMONSTRATION BIOLOGIQUK. 121

Page 1