‹ Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitaleChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'observation et l'expérience viennent de nous donner d'irrécusables preuves anatomiques et biologiques de la genèse spontanée ; nous pensons, qu'à l'aide des chiffres, on en peut obtenir encore de non moins évidentes. L'expérience qui suit prouvera, je pense, ce que nous avançons.

Expérience. — Du cidre nouvellement fait, après avoir été filtré dix fois, fut mis dans un verre à Champagne, et confiné sous une cloche, dans un décimètre cube d'air atmosphérique. Au bout de trois jours, ce cidre, qui était parfaitement limpide, commença à se troubler. Puis, après hait jours , sous l'influence d'une température moyenne de 13°, on trouva le fond du verre occupé par un énorme dépôt blanc d'environ 2 centimètres d'épaisseur, et absolument formé par des cadavres de Bacterium articulation.

Un critérium, qui présenta les mêmes phénomènes, et que Ton observa jour et nuit pendant tout le temps que dura l'expérience, démontra que tous les Bactériums naissaient à la surface du liquide, puis tombaient ensuite au fond, sans donner le moindre signe de vie, formant ainsi autant de Microzoaires morts-nés.

Comme ceux-ci n'ont pas pu, par conséquent, se reproduire par la génération normale, il faut évidemment ou qu'ils soient le résultat de Thétérogénie, ou qu'ils soient tombés de l'air.

J'ai apprécié de la manière suivante l'incalculable fécondité de ce simple verre de liquide en fermentation.

On dessécha, pendant une heure un quart, dans une étuve à 100°, deux filtres en papier Berzelius. Ensuite, le liquide, contenant les animalcules, fut jeté sur eux et les traversa successivement. Presque tous les Bactériums restèrent sur le premier de ces filtres; quelques-uns, cependant, le traversèrent et ne furent arrêtés que par le second. Lorsque ces filtres furent secs, on les soumit de nouveau à l'étuve pendant deux heures.

Les deux filtres, desséchés avant la filt ration, pesaient 3^,238; et, lorsqu'ils furent de nouveau desséchés après cette opération, leur poids était de 5^,382. 11 résultait donc de ces chiffres que le poids des seuls squelettes des Bactériums récoltés dans la liqueur, représentait 2^,144.

Si Ion se figure l'immense petitesse du Bacterium articutalum, qui n'a que min ,0056 de longueur; si l'on se figure, en outre, que le poids noté, quoique énorme, n'est cependant représenté que par le squelette de ces animaux, on aura à la fois l'idée et de la fécondité réellement prodigieuse du liquide, et du poids et de la masse que ces Microzoaires ont représentés lorsqu'ils étaient imbibés de fluide.

D'où ont pu provenir tant et tant de myriades d'animaux?

Ont-ils pu provenir de l'atmosphère? Non, car eux, qui formaient dans le liquide de si apparentes masses, se fussent révélés tout aussi bien à la* simple vue dans l'air, et le tact les y eût même reconnus, tant ils auraient dû y être lassés.

Mais, ne se trouvaient-ils pas dans l'air à l'état de ces œufs invisibles, auxquels les panspermistes font jouer un si grand rôle? Non encore, car quand on suit la genèse de ces animalcules, on n'observe aucun développement; ils apparaissent subitement avec leur volume normal, ce qui fut même constaté dans le cas présent.

Enfin, s'ils tombaient de l'air, on en trouverait tout aussi

bien à la surface d'un vase rempli d'eau distillée qu'à la surface d'un liquide fermenlescible, sauf à ce qu'ils n'y puissent vivre. Mais jamais on n'en observe dans l'eau pure. D'un autre côté, la chimie, dans cette petite masse d'air, devrait reconnaître une énorme quantité de matière animale, et ella n'y signale rien.

L'énorme abondance de ces Microzoaires ne peut-elle pas s'expliquer par la génération normale ou par la scissiparité ? Non encore, parce que jamais un seul des Bactériums du liquide en expérience n'a vécu un instant (1).

Ces Bactériums n'auraient-ils pas pu se trouver dans le jus des pommes, et avoir passé à travers le filtre ? Non, assurément. Sachant que les Bactériums franchissent trèsbien les filtres, pour en éviter la présence, on avait fHtré dix fois le liquide, et celui-ci était tellement pur et diaphane, qu'il ne contenait certainement aucun Baclérium au début de l'expérience. Le microscope le prouva.

Enfin, il devient évident, lorsque l'on suit la genèse de ces animalcules, qu'ils prennent naissance à la surface du liquide. On les y voit naître côte à côte, par rangées plus ou moins régulières. S'ils tombaient de l'atmosphère, ils s'entasseraient sans ordre, tomberaient les uns sur les autres; et cependant je confesse que, de ma vie, je n'ai vu deux Bactériums naissants disposés crucialement l'un sur l'autre.

Expérience. — Une autre expérience, d'une simplicité extrême, vient également anéantir la panspermie.

Si l'on prend deux éprouvettes de même capacité et qu'on les remplisse du même liquide fermenlescible; si l'une est

(1) La mort prématurée de ces animaux peut être expliquée, comme l'indiquent les expériences de M. Mandl, par l'excès du sucre qui se trouvait dans la liqueur fermenlescible ; le pouvoir osmotique de celte substance occasionnant prompt ement la mort de ces infusoires, comme le reconnaît ce savant. {Comptes rendus, et L. Figuier, Année scientifique, 1862, p. 268.)

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déposée sous une fort petite cloche; et si, au contraire, ou met l'autre sous une très-ample cloche contenant cinq cents fois plus d'air que la première; lorsqu'au bout d'un temps donné, on pèse scrupuleusement les organismes produits dans Tune et l'autre éprouvette; on eu trouvera le poids presque absolument identique. (Expérience 48.) ,

11 est donc évident que ce ne peut pas être l'atmosphère qui apporte les œufs des organismes qu'on observe dans cette expérience; car, si c'était elle, comme il y a cinq cents fois plus d'air en contact avec le liquide d'une des éprouvettes, celle-ci devrait contenir environ cinq cents fois plus d'ani-

Ftg. 15

Fig. Ifi.

maux que l'on n'en observe dans l'autre, ce qui serait appréciable au moindre examen.

Comme nous avons plus que surabondamment prouvé que ce n'est pas le liquide qui contient les œufs et les spores, il est donc bien évident que ce n'est pas non plus Pair, et que par conséquent les organismes se forment spontanément.

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