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CHAPITRE VI

Cet écrit est consacré à démontrer que, sous l'influence de la même puissance qui a présidé aux créations successives, les forces telluriques engendrent encore aujourd'hui quelques infimes organismes.

Tout le prouve : et l'observation, et l'expérience, et la philosophie.

Nous espérons que tant et tant de preuves, qu'on doit, soit à notre labeur, soit aux expériences si remarquables de plusieurs de nos contemporains, seront plus que suffisantes pour convaincre tous les savants, et qu'ils reconnaîtront que nos travaux ont jeté de vives et larges clartés sur cette grave et importante question, tant obscurcie naguère par quelques expérimentateurs.

Expériences chimiques anciennes. — Nous avons démontré que ces expériences étaient tout à fait défectueuses, et qu'elles entravaient les phénomènes à la recherche desquels on les consacrait.

La panspermie ne reposait que sur les expériences de Schultze et de Schwann. Attaquées par nous, celles-ci ont succombé.

M. Pasteur, lui-même, dans le sein de l'Académie des sciences, s'est vu forcé de reconnaître ce grand fait.

Du reste, les expériences négatives de Schultze et de Schwann ne peuvent être, le moins du monde, prises en

considération, en présence des expériences positives d'Ingenhousz, de Mantegazza, de Joly, de Musset et de Wyman, qui les renversent de fond en comble, et en présence des nôtres, qui ont été faites avec une rigueur expérimentale qu'on ne trouve pas dans les travaux des deux savants allemands.

On a vu que, contrairement à ce que prétendent les chimistes, l'air ne contenait normalement ni œufs ni semences, et que toutes leurs expériences à vaisseaux hermétiquement clos étaient frappées de nullité, puisque dans leurs appareils, Ingenhousz, Mantegazza, Joly, Musset et Wyman obtenaient, ainsi que nous, des animaux et des plantes dans de l'air calciné, et même dans de l'air artificiel ou de l'oxygène ; et cela avec des liquides qui avaient subi une ébullition de plusieurs heures, même sous une pression de deux atmosphères.

En expérimentant simultanément avec de l'air calciné, avec un corps chauffé à 200° et de l'eau qui a subi l'ébullition, on obtient aussi des proto-organismes, animaux ou végétaux.

Ainsi donc, comme il est impossible qu'aucun des corps employés dans ces expériences y apporte des œufs ou des spores, conséquemment les proto-organismes qui apparaissent durant celle-ci, ne peuvent dériver que de la génération spontanée.

Résistance vitale. — Quelques naturalistes, amis du merveilleux, en avaient singulièrement exagéré la puissance. Par de nombreuses expériences, nous avons plus strictement assigné ses rigoureuses limites.

Soit en scrutant l'invisible, soit en opérant sur des œufs ou des semences palpables, nous avons démontré que les corps reproducteurs des organismes ne supportaient jamais une température humide élevée. Aucun ne résiste à l'eau bouillante. Et, pour la plupart, ils sont tués et même désorganisés beaucoup au-dessous de cette température.

Aucun organisme ne résiste non plus à la température

sèche de 100°, quand, par des expériences rigoureuses, on a soin qu'il y soit réellement soumis pendant quelques minutes.

Dans les expériences de la Société de biologie, les Tardigrades, dont la résistance vitale avait acquis une si grande célébrité et avait tant été exagérée, n'ont même jamais supporté la température de 1 00°.

Nous avons aussi démontré qu'aucun animal ne résistait à la congélation, quand celle-ci avait ostensiblement envahi les organes profonds.

Dénégation des ensemencements. — J'ai prouvé, par des expériences aussi nombreuses que variées, que les ensemencements pratiqués récemment par M. Pasteur n'étaient en réalité qu'une fiction physiologique.

Dans ses expériences, il ne semait aucun végétal déterminé, et ne récoltait que ce que le hasard engendrait spontanément.

Si les ensemencements étaient un fait, toutes les ressources de l'intelligence humaine ne pourraient expliquer la fécondité des ballons d'Ingenhousz, deMantegazza, de Joly, de Musset et de Wyman, qui, ainsi que nous, par les plus énergiques agents, s'efforçaient de détruire les impalpables germes des panspermistes.

Si les ensemencements étaient un fait, aussi, comme les cols des ballons des chimistes ne peuvent choisir les espèces, toutes y entreraient indistinctement, et cependant la plupart n'y pénètrent jamais.

Enfin, il serait vraiment plus que prodigieux que, lorsque ce n'est qu'exceptionnellement que les botanistes parviennent, dans les plus favorables circonstances, à ensemencer des Mucorinées, les chimistes, eux, placés dans les plus défavorables, réussissent constamment à le faire.

Dénégation de la panspermie. — Les recherches d'Ehrenberg, de deBaer, deBurdach, de R. Wagner et de R. Leuckart, et les expériences de Mantegazza, Joly, Musset et Wyman, et

les nôtres, ont porté un coup fatal et décisif à la panspermie générale (1).

On ne le conteste plus, celle-ci n'était qu'un rêve des physiologistes rhéteurs du dix-huitième siècle.

La panspermie localisée, que M. Pasteur a voulu lui sub-/ stituer, n'est pas plus rationnelle.

Par de nombreuses expériences, nous avons démontré que ce n'était encore qu'une impuissante hypothèse.

L'air pris par nous sur les montagnes, dans les cavernes ou en pleine mer, nous a montré partout la même fécondité, et jamais le microscope n'y a découvert ni un seul œuf, ni une seule spore.

La chimie et la physique ont toujours été impuissantes pour trouver les moindres vestiges de ces mêmes corps reproducteurs dans un décimètre cube d'air. Et celui-ci, cependant, partout, strictement partout, je l'affirme, est prodigieusement fécond, et produit des millions d'organismes animaux ou végétaux. Je l'ai prouvé par des expériences aussi nombreuses que variées.

Si les corps reproducteurs de ceux-ci remplissaient réellement l'atmosphère, la science a acquis aujourd'hui trop de rectitude pour que quiconque le prétendra ne perde pas immédiatement sa cause dès l'instant où on ne pourra en donner la preuve tangible.

Tout dernièrement, un élève de M. Pasteur a annoncé à l'Académie des sciences qu'en coerçant sous le microscope des corpuscules de l'air, il voyait des spores germer parmi ceux-ci. Cette observation est absolument insignifiante. 11 suffirait de montrer ces spores dans un petit volume d'air,

(4) Depuis que ces lignes ont été écrites, les expériences faites en Amérique par le professeur J. Wyman, avec l'air calciné et dans des appareils aussi simples que précis, sont encore venues renverser, mais sans conteste, les prétendus ensemencements de M. Pasteur et tout ce qu'il a dit sur l'infection du mercure.

si réellement on en recueille, et il devrait y en avoir immensément, si lapanspermie est un fait. Voir des organismes se produire dans des débris de corps organisés, c'est voir la genèse spontanée s'y manifester; et c'est continuer indéfiniment les errements des chimistes, toujours montrant de prétendus produits et jamais les corps reproducteurs.

On connaît et on voit les spores et les œufs, il faut les montrer, et ostensiblement les montrer, partout et en grand nombre, dans un décimètre cube d'air; car partout, je le répète, cemême volume d'air est d'une prodigieuse fécondité.

Micrographie atmosphérique. — J'ai, je pense, fait faire un grand pas à la micrographie de l'air.

J'ai recueilli les corpuscules invisibles qui flottent dans l'atmosphère, soit dans la neige, qui les récolte admirablement, soit dans les organes respiratoires des animaux, soit enfin à l'aide de mon aéroscope et de divers autres instruments, qui les concentrent sans en laisser égarer aucun.

Des observations, en nombre considérable, m'ont démontré que l'atmosphère était le réceptacle de vestiges microscopiques de tous les produits répandus à la surface de la terre, ou de tout ce que la civilisation emploie pour nos besoins ou nos plaisirs.

La micrographie atmosphérique a surtout démontré deux faits : d'abord, que dans tous les lieux habités par l'homme il flotte dans l'air une abondance de grains de fécule de blé, de toutes les grosseurs, normale ou ayant subi la cuisson ; ensuite, que dans ce même air les œufs ou les spores sont d'une immense rareté, et que jamais, normalement, on n'en découvre, même un seul, dans un décimètre cube de ce gaz.

Nous avons aussi démontré que ce que l'on avait pris pour desœufs, lorsqu'on examinaitdes pluies d'orages, ce n'étaient que de fins grains de cette même fécule ou de très-petites parcelles de silice.

Enfin, nous avons vu aussi que mon aéroscope a une telle précision pour les recherches auxquelles il est destiné, que certains médecins ont même pu l'employer, avec succès, pour trouver dans l'air le germe de quelques maladies contagieuses.

J'ai démontré ce fait anatomiquement, biologiquement, mathématiquement, chimiquement et géologiquement.

Démonstration anatomique. — J'ai démontré, le premier, que la génération des grands Infusoires est précédée d'une création de petites espèces de Monades et de Vibrions, dont les cadavres, ressemblant à autant de granules, forment une membrane spéciale; et c'est dans cette véritable membrane proligère ou Stroma improvisé qu'apparaissent les œufs des Microzoaires ciliés.

J'ai observé et dessiné toutes les phases de l'œuf spontané de ceux-ci. On le voit se former de toutes pièces. Il commence par un groupement des cadavres ou granules organiques dont il vient d'être question, et qui rappelle le groupement de la matière cosmique de certaines nébuleuses. Plus tard, l'œuf se circonscrit. Bientôt on y discerne la gy ration du vitellus, ensuite les mouvements du punctum saliens, enfin, les mouvements embryonnaires, puis on voit éclore le jeune produit.

Déjà ce que j'avance ici avait été en partie reconnu par M. Pineau; je n'ai fait qu'ajouter une plus grande précision à ce qu'avait vu cet observateur. Depuis lors, les mêmes faits ont été reconnus par MM. Nicolet, Joly, Musset et Schaaffhausen.

Et quand six observateurs ont pu voir ainsi se dérouler, sous leurs yeux, toutes les phases de l'embryogénie spontanée; quand mutuellement ils ont pu vérifier et contrôler

leurs travaux, toutes les expériences chimiques du monde ne renverseront jamais de tels faits, et prétendre les y employer est une œuvre qui tient du délire.

Démonstration biologique. — 1° Par voie d'élimination, on reconnaît que dans des corps absolument expurgés de tout vestige d'organisme vivant, il se produit des Microzoaires et des Microphytes,

Soit avec un corps putrescible chauffé de 100° à 200°;

Soit avec de l'eau qui a subi une ébullition de plusieurs heures, ou même avec de l'eau artificielle ;

Soit enfin, avec de l'air calciné au rouge blanc, ou avec de l'air artificiel et même de l'oxygène.

Par conséquent, ni le corps putrescible, ni l'eau, ni l'air, ne contiennent les œufs ou les semences des animaux ou des plantes qui apparaissent durant les expériences d'hétérogénie.

2° En expérimentant simultanément avec de l'air calciné, avec un corps chauffé à 200° et de l'eau qui a subi l'ébullition, on obtient aussi des proto-organismes animaux ou végétaux.

Ainsi donc, comme il est impossible qu'aucun des corps employés dans l'expérience y apporte des œufs ou des spores, conséquemment, les proto-organismes qui apparaissent durant celle-ci ne peuvent dériver que de la génération spontanée.

La synthèse parvient à démontrer les mêmes faits. Par des expériences neuves et capitales, j'ai mis hors de doute que des animaux et des plantes se développent dans des circonstances où toutes les ressources de l'intelligence humaine ne peuvent expliquer l'introduction de leurs œufs ou de leurs semences.

C'est en m'appuyant sur ces expériences physiologiques rationnelles, que j'ai pu tracer les lois de la genèse spontanée, avec une précision mathématique, et dire, sans craindre au-

cun démenti, que la production des Microzoaires ciliés est en raison inverse du carré de la surface des liquides fermentescibles, et que la production des Monadaires est en raison directe du cube delà masse de ce même liquide.

Nous avons aussi prouvé que la reproduction normale et la scissiparité ne jouaient aucun rôle dans ces expériences.

Démonstration mathématique. — En supputant le chiffre du produit que fournit, dans certaines circonstances, la genèse spontanée, et en le comparant à celui que doivent représenter nécessairement les corps reproducteurs, nous avons reconnu qu'il était impossible qu'aucun vestige de ceux-ci se trouvât dans les facteurs de l'expérimentation, et que par conséquent il fallait bien qu'il y eût formation de toutes pièces des organismes qu'on voit apparaître.

Démonstration chimique. — Relativement à celle-ci, nous avons encore ouvert une voie nouvelle pour la science, en étudiant les phénomènes biologiques des fermentations; phénomènes qui avaient été absolument négligés par les chimistes.

Le premier aussi, nous avons découvert que la levure, signalée par eux comme un végétal parfait, n'était, au contraire, qu'une simple semence, une spore spontanée.

Nous avons prouvé ceci en suivant toutes les phases du développement des spores de levure, depuis leur apparition jusqu'à leur germination et à la fructification des plantes quelles produisent.

Nous avons prouvé aussi que chaque fermentation produisait des spores spéciales et une végétation particulière.

A l'aide d'expériences que j'ai instituées, et que jamais encore la critique n'a attaquées, j'ai prouvé que la spore qu'on nomme levure avait une origine spontanée.

Humboldt, Cl. Bernard, Robin, Regnault et d'autres l'a-

vaient déjà avancé. M. Pasteur le prétendait naguère. C'est moi qui, le premier, ai donné la preuve expérimentale de ce grand fait, qui est aussi admis par Joly et Musset, Kûtzing et Schaaffhausen(l).

Tout ce qui concerne ce sujet a été de ma part l'objet de nombreuses et irréprochables expériences, ou de dessins et d'études que rien ne pourrait anéantir.

L examen attentif des phénomènes biologiques de la levure m'a fait réformer quelques erreurs commises par tous les chimistes.

Ainsi, j'ai prouvé que ce qu'ils disent sur la gemmation de la levure était une grande erreur; une semence ne peut se multiplier ainsi : on a pris pour une gemmation un simple accolement des spores ou le commencement de leur germination.

Les ferments vivants doivent être relégués au rang des hypothèses qui séduisent, mais n'ont aucun fondement. Tous les ferments sont des agents morts, et leur action est même d'autant plus active que leur altération est plus prononcée. Seulement il est évident que, dans la plupart des cas, la vie coïncide avec la fermentation.

Démonstration géologique. — Enfin, nous avons mis aussi la géologie à contribution pour prouver le grand fait des générations spontanées.

Tous les géologues admettent qu'à son origine le globe était incandescent, et que ce ne fut conséquemment qu'a* près son refroidissement, qu'on vit apparaître à sa surface les premiers animaux et les plantes. Tous admettent aussi qu'il se produisait de nouvelles créations après chacun des cataclysmes qui en remanièrent Técorce, et que celles-ci furent nombreuses, successives et temporaires.

(I) Schaaffhausen, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LIV, p. 1046.

H résulte donc de là que, si sous l'empire d'une force initiale suprême, de nombreuses générations organiques se sont succédé à la surface du globe, il est logique d'admettre que la même force peut encore agir et donner naissance à quelques infimes organismes. La philosophie l'indique, l'observation le prouve et l'expérience le démontre.

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