CITÉES DANS CET OUVRAGE ET EXPOSEES DANS LEURS PRINCIPAUX DÉTAILS
1° NULLITÉ DES EXPÉRIENCES CHIMIQUES. — CONTRE-EXPÉRIENCES DE SCHULTZE ET DE SCHWANN, PAR M. POUCHET. — ORGANISMES DANS LES APPAREILS.
Si j'étais le seul qui, en répétant ces expériences anciennes, ail obtenu des résultats directement opposés à ces savants, on pourrait supposer que j'ai pu être induit en erreur. Mais quand on voit les professeurs de physiologie les plus éclairés des universités de Toulouse, de Pavie et de Cambridge, MM. Joly, Mantegazza et Wyman, arriver aux mêmes résultats; quand, de son côté, un botaniste ingénieux, M. Musset, y parvient également, vraiment il nous semble que le doute n'est plus permis.
Expérience A. — On fit, ainsi qu'il suit, une macération de Lin, linum v$itati$$imum % Linn. On mit, dans un litre d'eau de fontaine, 250 grammes de filaments textiles de cette plante et on les y laissa pendant six heures, par une température de 28°,5; ensuite on filtra le liquide.
100 centimètres cubes de cette macération furent introduits dans un ballon d'environ 300 centimètres cubes de capacité; et le col de celui-ci ayant été étiré, fut hermétiquement scellé par un trait de flamme.
100 centimètres cubes de la môme macération furent mis dans une petite éprouvette, que l'on recouvrit ensuite d'une cloche d'envi-
ron 300 centimètres cubes de capacité. Cette cloche plongeait dans du mercure qui avait été élevé à la température de 460°.
On examina le résultat de cette double expérience après huit jours, durant lesquels la température moyenne avait été de 23°, 5.
Dans le ballon, on n'observait aucune membrane proligère ; et, après l'avoir ouvert par un trait de lime, on reconnut que le liquide, qui était devenu trouble, ne contenait absolument que des Monades, de très-petits Vibrions et quelques Bactériums. Il n'y existait aucun Microzoaire cilié. L'air en ayant été analysé, fut reconnu contenir encore 0,17 d'oxygène.
Dans l'éprouvette, au contraire, il s'était formé une membrane proligère épaisse, qui contenait des œufs spontanés, et dans laquelle s'agitaient d'abondantes légions de Microzoaires ciliés , principalement des Paramécies et des Rolpodes.
Rien ne peut mieux démontrer que cette expérience comparative combien sont absolument nulles, pour débrouiller la question qui nous occupe, toutes les expériences tourmentées que les chimistes mettent à contribution. Leurs ballons hermétiquement fermés à la lampe sont naturellement si défectueux (que là, sans que les substances employées aient été dénaturées par l'ébullition ou la calcination, on voit une simple macération ne produire, dans un ballon, aucun Infusoire cilié, tandis qu'avec le même volume d'air elle en produit sous une cloche.
11 n'y a donc pas à arguer ici de l'altération de l'air, de l'épuisement de l'oxygène par une première génération, puisque l'on trouve des animalcules ciliés dans l'éprouvette qui était séquestrée dans une atmosphère qui n'avait pas plus de volume que celle du ballon. Et d'ailleurs l'analyse de l'air prouve qu'il contenait encore beaucoup plus d'oxygène qu'il n'en faut pour la vie des Microzoaires ciliés.
M. Pasteur dit à la page 57 de son Mémoire sur les corpuscules atmosphériques : « Si M. Pouchet connaît une liqueur qui, après avoir subi la température de l'ébullition à 400°, donne naissance, après deux ou trois jours seulement, à de gros lnfusoires, lorsqu'elle est exposée à l'air libre, j'affirme que je pourrai faire naître ces mêmes gros lnfusoires en opérant dans des ballons, au contact de l'air chauffé et par la seule influence des poussières qui sont en suspension dans l'air. » J'ai répondu à ce sujet au savant chimiste; mais ici je démontre, en me servant même d'une simple macération, et non d'une décoction , que toutes ses assertions sont aussi audacieuses qu'erronées.
Cette expérience a été répétée par moi un assez grand nombre de fois, et toujours avec ie môme résultat. Je l'ai faite avec des macérations d'ivraie, de chanvre, de belladone et de trèfle.
4" expérience. — L'expérience de Schultze échoue chaque fois qu'on l'exécute rationnellement, même sans prendre la précaution de renouveler l'air dans l'appareil.
Le 35 mars 1862, dans l'un de mes appareils figuré page 44, dont le ballon avait une capacité de 600 centimètres cubes, j'ai introduit 450 centimètres cubes d'un mélange d'urine et de moût de bière, à parties égales ; et, après l'avoir fait bouillir dix minutes , on boucha le ballon avec son bouchon en cristal rodé à l'émeri , et dont les jointures avaient été silicatisées ; on fit de nouveau bouillir cette liqueur dans l'appareil, pendant cinq minutes, à l'aide d'une lampe à l'esprit-de-vin.
L'air s'est précipité à l'extérieur, et est ensuite rentré lentement en traversant les boules remplies d'acide sulfurique et en se lavant dans celui-ci.
Un mois après, par une température moyenne de 43°,5, dans ce ballon, qui avait été placé à l'ombre , toute la surface du liquide était recouverte de Pénicilliums analogues au Pénicillium glaucum.
2" e expérience. — On démontre encore mieux l'inexactitude de l'expérience de Schultze en faisant bouillir plusieurs fois le liquide fermentescible dans le ballon qui le renferme.
Dans un ballon d'environ 600 centimètres cubes de capacité, bouché à l'émeri , et dont le bouchon de cristal était traversé par l'un de mes tubes laveurs, on introduisit 430 centimètres cubes d'un mélange à parties égales d'urine et de moût de bière filtrés ; on fit bouillir ce mélange pendant dix minutes dans ce ballon ; huit jours après, on le soumit à la môme opération pendant cinq minutes; enfin, huit jours après, on fit encore-bouillir ce liquide pendant cinq minutes.
Après avoir subi ainsi trois ébullitions à huit jours d'intervalle, deux mois après la dernière, il apparaissait à la surface de ce liquide trois grands îlots d'un pénicillium particulier, glauque au centre et d'un beau blanc sur les bords.
3* e expérience. — La môme contre-expérience de Schultze a été faite de nouveau par moi, en prenant encore de plus grandes précautions pour la destruction des Spores ou des œufs qui pourraient flotter dans l'air.
Dans un ballon de la môme grandeur que dans l'expérience pré-
cédente, et dont le tube laveur était rempli d'acide sulfurigue, j'ai introduit le 1 er mai 1862, 100 centimètres cubes d'un mélange à parties égales de bière et d'urine; le liquide a été porté à l'ébullition pendant cinq minutes, et l'air, après avoir été expulsé, est rentré en se lavant amplement dans l'acide.
Quatre jours après, on a de nouveau porté le liquide à l'ébullitioo; et le huitième jour, cette opération a été recommencée encore ; de manière qu'en huit jours le mélange d'urine et de bière avait bouilli trois fois dans l'appareil.
Le M mai, on a commencé à voir poindre une douzaine de touffes de Pénicilliums à la surface du liquide. Jusqu'au 1" août, toutes ces touffes n'ont cessé de s'accroître et de végéter avec l'apparence d'une excellente santé.
A mo expérience. — A l'aide de l'appareil représenté ici , on démontre d'un seul coup que les expériences de Schultze, de Schrœder, de Dusch et de M. Pasteur, sont absolument erronées.
On prit une grosse racine de réglisse, glycyrrhiza glabra, déjà desséchée au four, chez un pharmacien. On la décortiqua et on la déchira en lanières fines qui furent introduites dans un tube de 5 centimètres de longueur et de 2 de diamètre, clos à l'une de ses extrémités et pouvant être fermé à l'autre à l'aide d'un opercule rodé à l'émeri. Ce tube étant rempli de lanières de cette racine fut placé ouvert pendant deux jours dans une étuve portée à la température de 98°. Pendant qu'il était encore chaud, on le ferma hermétiquement en lutant son opercule avec une couche de gomme que l'on recouvrit d'une calotte de baudruche enduite de gélatine. Ce tube fut ensuite placé dans une étuve d'une température de 110°, et il y resta trois heures.
Après, on introduisit ce tube encore brûlant, dans le col du ballon couché horizontalement. Cela s'opéra par son robinet qui, en se dévissant, offrait une large ouverture. Ce robinet ayant été revissé et luté, on chauffa l'eau à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin. Cette eau fut portée à l'ébullition pendant trente minutes, afin qu'il fût bien certain que toute la paroi intérieure de l'appareil avait été élevée presqu'à sa température. Alors on articula avec le robinet, à l'aide d'un tube en caoutchouc, trois tubes en U, dont le premier contenait de la ponce sulfurique , le second de la potasse caustique , et le troisième du coton cardé. A la suite de ce dernier se trouvaient des boules de Liebig remplies d'acide sulfurique.
L'ébullition continuant, bientôt la vapeur envahit tout l'appareil,
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et sortît par l'extrémité du tube à boules. Après l'avoir encore maintenue pendant cinq minutes, on éteignit la lampe, et l'air rentra dans te ballon lentement et en traversant successivement de l'acide sulfu-
Fig. 19.
rique, du coton, de la potasse caustique et de la ponce sulfurique.
Quand l'eau fut totalement refroidie, on ferma le robinet, et, en relevant le col du ballon , on fit tomber le tube dans le liquide. Le surlendemain, la gélatine et la gomme, qui lutaient l'opercule, avaient été dissoutes, et le tube ayant été ouvert, l'eau avait pénétré dans son intérieur, et la macération commençait à se produire et à se colorer.
Après avoir été limpide pendant deux jours, cette macération commença à se troubler; et, au bout de dix jours, par une température moyenne de 21°, l'état du liquide, devenu très-trouble, indiquait évidemment qu'il devait être rempli d'animalcules. Alors, on ouvrit l'appareil; et, en effet, on reconnut que la macération était peuplée d'innombrables légions de Monades et de Vibrions.
Cette expérience, que j'ai répétée un certain nombre de fois avec des substances variées et qui réussit constamment, vient donc démontrer avec une incontestable évidence : 1° que l'expérience de Schultze est tout à fait fausse ; 2° qu'il en est de môme de celles de Schrceder et de Dusch; car là, non-seulement l'air en rentrant a traversé du coton, mais encore de l'acide sulfurique et de tapotasse; enfin, 3°, que celle de M. Pasteur, avec ses tubes recourbés, est aussi absolument erronée; car ici, non-seulement nous avons trois tubes recourbés en U , qui devraient arrêter les prétendus œufs de l'atmosphère, mais, en outre, l'air s'épure en plus dans du coton, de la potasse et de l'acide sulfurique.
En faut-il plus pour démontrer combien sont futiles les diverses expériences que les chimistes opposent à l'hétérogénie ? Quand Schultze, Schrœder, Dusch et M. Pasteur n'offrent qu'une simple barrière à leurs prétendus œufs et à leurs semences atmosphériques, nous, plus audacieux, nous en offrons trois à la fois, et nous n'arrêtons rien !
4 mt Çb\$) expérience. — Dans un ballon d'un demi-litre de capacité, on introduisit 400 centimètres cubes d'eau, et ensuite une assez grande quantité de fragments de noix de galle, pour que ceux-ci s'élevassent au-dessus du niveau du liquide. Le ballon fut ensuite hermétiquement fermé par un bouchon en cristal, rodé à Pémeri, et que traversait un de mes tubes laveurs rempli d'acide sulfurique. Pour surcroît de précaution, les jointures du tube à l'intérieur
Fig. 20.
avaient été silicatisées, et à l'extérieur une couche de vernis et de vermillon rendait l'appareil hermétiquement fermé.
Ce ballon, ainsi fermé, fut placé sur une lampe à esprit-de-vin, et le liquide qu'il contenait fjit porté à l'ébullition pendant dix minutes. Après, l'air rentra peu à peu en traversant l'acide sulfurique.
L'expérience fut faite le 25 avril , et ce ne fut que le 1 er août que Ton commença avoir se développer de larges touffes de Pénicilliums.
Cette expérience, qui n'est que celle de Schultze rendue infiniment plus rigoureuse, prouve que souvent les physiologistes ont conclu trop prématurément que leurs décoctions ne produisaient aucun organisme.
5" e expérience. — J'ai fait la môme expérience en ajoutant à l'eau une très-petite quantité de sulfate de fer, qui rendit la noix de galle d'un beau noir. Cette fois, le ballon fut porté à l'ébullition pendant un quart d'heure et ensuite abandonné.
L'expérience fut faite le 12 août, et des organismes végétaux, des Ascophores et des Pénicilliums, apparurent le 4 5 septembre suivant.
6 ne expérience. — Dans un ballon d'un demi-litre de capacité environ, j'introduisis 100 centimètres cubes de bière sortant de la cuve, et n'ayant pas encore été houblonnée.
Le ballon fut ensuite bouché hermétiquement avec son bouchon rodé à l'émeri , et traversé par un de mes tubes laveurs, qui y avait été intimement luté et dont le lut était silicatisé. L'orifice fut ensuite enduit de vermillon et de vernis. On fit bouillir le liquide dans l'appareil pendant quinze minutes; ensuite l'air rentra dans le ballon en traversant l'acide sulfurique.
Six semaines après, par une température moyenne de 21°, la surface du liquide était recouverte de six Ilots flottants de Pénicilliums.
ô^fbis) expérience. — Dans un ballon d'un litre de capacité, on mit 150 centimètres cubes de moût de bière bouillant, qui venait de subir une ébullition de six heures. Ce ballon ayant été hermétiquement bouché avec son bouchon de cristal rodé à l'émeri, et muni d'un de mes tubes laveurs, dont le lut était silicatisé, on porta la liqueur à l'ébullition pendant vingt minutes, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin. Une ample quantité de vapeur s'échappa par le tube, et le liquide diminua. Lorsque l'appareil fut échauffé, on remplit les boules d'acide sulfurique concentré, et ensuite on éteignit la lampe.
L'air rentra peu à peu en traversant l'acide.
Cette expérience fut faite le 15 septembre. L'appareil fut abandonné à l'ombre sur une planche, tout l'hiver, et rien ne s'y montra pendant plus de cinq mois; mais vers la fin de février seulement une végétation cryptogamique parut se produire tout autour du ballon au niveau du liquide.
Mais ce ne fut que dans les premiers jours d'avril que celle-ci devint fort apparente, môme à l'œil. Elle se composait de fines arborisations articulées et d'un beau noir, qui formaient une ceinture tout autour du ballon.
Cette végétation, examinée au microscope, était une espèce toute particulière que nous avons représentée dans notre planche flg. 4.
Dans cette expérience, voici donc des organismes qui se manifestent après une ébullition de six heures vingt minutes. Osera-t-on encore dire que les spores de ce végétal ont résisté à cette épreuve? Ce serait à désespérer de la science. Il est aussi à remarquer que c'est un végétal inconnu que l'on trouve, et fort singulier. Enfin, il n'apparaît qu'après cinq mois, ce qui indique que les expérimentateurs se sont souvent trop pressés de conclure de la virginité de leurs ballons; en attendant plus, il y fût né des organismes.
7" # expérience. — J'ai démontré, à l'aide de l'appareil figuré ici, et qui offre une plus grande précision que celui de Schwann, que l'expérience exécutée à l'aide de l'air calciné était absolument erronée.
Un tube ayant été rempli de tiges de douce-amère, avec les pré-
Fig. 21.
cautions indiquées dans l'expérience 4 B,e , fut aussi introduit dans le col d'un ballon placé horizontalement, et contenant de l'eau. On chauffa celle-ci avec une lampe , comme dans le cas qui a été cité, puis on luta le robinet avec un tube de porcelaine rougi à blanc et rempli de fragments de la môme substance. Ce tube était terminé par des boules de Liebig remplies d'acide sulfurique. Après que la vapeur fut sortie abondamment par le tube de Liebig,
on éloigna un peu la lampe du ballon afin de le laisser refroidir lentement; l'air extérieur rentra avec lenteur dans ce ballon, après avoir traversé l'acide sulfurique et s'être calciné en franchissant le labyrinthe de morceaux de porcelaine rougis à blanc.
Quand l'appareil fut tout à fait refroidi, pendant qu'on maintenait encore le tube de porcelaine à la température rouge, on ferma le robinet, et, en relevant le col du ballon, on fit tomber le tube de verre dans celui-ci. Après, on renversa le ballon, et, pour s'assurer qu'il restait hermétiquement fermé, on plongea son robinet dans de l'huile qui avait été portée à l'ébullition.
Quinze jours après, par une température moyenne de 19°,5, on trouva dans le ballon un liquide trouble, rempli de myriades de Bactéries, de Vibrions et de Monades.