‹ Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitaleChapitre 32 sur 39 · EXPÉRIENCES SUR LA RÉSISTANCE VITALE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LA RÉSISTANCE VITALE

8 mt expérience. — Des groseilles rouges (ribes rubrum) ayant été broyées et pressurées, le liquide qu'on en obtint fut filtré. La moitié de ce liquide fut conservée à une température moyenne de 18°,5. L'autre moitié fut chauffée à 80* pendant cinq minutes. Le critérium fermenta rapidement, se troubla, dégagea des gaz, et produisit une notable quantité de levure; la liqueur chauffée, au contraire, conserva sa température et ne produisit aucune levure pendant plus d'un mois que dura l'observation.

Cette expérience démontre donc que la résistance vitale des prétendus germes de levure s'anéantit au-dessous de 80°.

y me expérience. — Une macération de foin, faite depuis quarantehuit heures, fut versée dans un grand ballon, et chauffée avec une lampe à esprit-de-vin. Un thermomètre était placé dans ce liquide, et à compter de 50°, et jusqu'à 100°, à mesure que celui-ci s'élevait de 5°, on prenait plein un verre de la macération en expérience, et on le plaçait sous une cloche. Après huit jours d'une température moyenne de 23°, et de m ,75i de pression, on examina tous les verres. Un critérium de la macération non chauffée fut d'abord examiné, et on le trouva rempli d'une extraordinaire quantité de grands Microzoaires ciliés, de grands Vibrions et de Monades. Dans la macération chauffée seulement à 50*, il n'existe aucun Microzoaire cilié, mais on y observe de grands Vibrions parfaitement vivants. Dans celle soumise à 60°, les grands Vibrions n'existent plus, il n'y a que des

Monades. Il résulte donc de cette expérience que, s'il y a des œufs pour produire ces animalcules, ceux des Microzoaires ciliés ne résistent pas à 50°, et ceux des grands Vibrions à 60°.

iO -8 expérience. — On chauffa une macération de foin jusqu'à 1 00°, et en en enlevant successivement des portions de 5 en 5°. Après cette opération, on abandonna toutes ces portions sous une grande cloche en verre, pour qu'elles fussent toutes soumises aux mômes influences ; elles étaient dans des vases pareils et en quantité égale. Après huit jours, les macérations chauffées à 40, 50 et 55% avaient à leur surface une pellicule générale formée d'une grosse levure particulière, remplie de granulations. Les portions de macération chauffées au-dessus de 60° n'en présentaient pas. Il est donc évident que, pour cette levure, remarquable par sa forme et n'ayant que des vésicules peu apparentes, je ne dis pas sa résistance vitale, car certainement elle n'existe pas dans le liquide, mais la modification chimique indispensable pour sa genèse, se détruit avant 60°.

ii mt expérience. — Deux moutons affectés de tournis sont tués. On ouvre leur tête quarante-huit heures après, une température de 9°,5 ayant régné en moyenne depuis leur mort. Dans le cerveau de l'un et de l'autre, on trouva une vésicule de la grosseur d'un œuf de pigeon, dont la surface était couverte d'un grand nombre de Cœnures (Cœnurus cerebralis, Rud.). Tous ces Helminthes sont absolument morts, aucun d'eux ne donne de signe de vie sous l'influence des excitants les plus variés, la titillation, les acides, l'électricité. On a donc exagéré la vitalité de ces vers intestinaux.

12 me expérience. — En été, après le môme laps de temps, je n'ai pas été plus heureux. Une vésicule remplie de Cœnures bien développés, extraite du cerveau d'un mouton le lendemain du jour où il fut tué, par une température de 25°, ne me présenta aucun Cœnure vivant.

i3 mm expérience. — Une macération de foin contenant des Microzoaires d'espèces très-variées, fut placée dans une bassine en porcelaine, dans laquelle plongeait un thermomètre; la pression était deO n ,74i.

Ensuite la température du liquide fut successivement élevée à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin.

A 40°, le Spirillum undula (Ehr.), le Vibrio granifer (Nob.), les Kolpodes, les Kérones, les Bactériums, commencent à périr; à 45°, beaucoup de ces Microzoaires sont déjà morts. Quelques petites Paramécies et quelques grands Vibrions résistent seuls à 50°. Après

cinq minutes, tout est mort à 55°; les œufs spontanés des Paramécies en gyration sont aussi absolument morts.

44" 10 expérience. — Du terreau contenant des Rotifères, des Tardigrades et des Anguillules, fut placé dans le vide sec de la machine pneumatique, avec de l'acide sulfurique pur et concentré. Le récipient était situé dans mon laboratoire, qui est très-chaud et reçoit ïe soleil une partie de la journée, et le vide fut maintenu à O^OOâ. On commença l'expérience le 1 er juin et on la termina le I er septembre; alors il n'existait aucun animalcule vivant dans le terreau.

Ainsi donc, en été, la dessiccation et la mort des animalcules pseudo-ressuscitants se produisent en trois mois dans le vide sec.

On prit toutes les précautions possibles pour opérer méthodiquement l'humectation. On peut voir celles-ci exposées en détail dans mes recherches sur les animaux pseudo-ressuscitants.

15 me expérience. — Ayant mis dans de l'eau des spores d'un Ascophore à tête noire recueillies à la surface «d'une fermentation de jus de groseille, et ayant porté cette eau à l'ébullition, on reconnut qu'au bout de trois secondes, déjà presque toutes étaient déformées à l'extérieur, et, au bout d'une minute, toutes étaient totalement désorganisées à l'intérieur.

A l'état normal, elles sont ovoïdes, et offrent de O mBI ,OI40 à m,n ,0l60 môme de diamètre; par cette courte ébullition, elles deviennent plus petites, anguleuses et d'un jaune foncé; leurs granulations, très-fines à l'état frais, se colorent et se concentrent au milieu sous l'influence de cette température, en môme temps que l'épisperme devient plus distinct.

16 me expérience. — De la levure de bière mise dans de l'eau fut placée dans un ballon; on porta cette eau à l'ébullition, et, après cinq minutes que dura celle-ci, cette levure fut examinée.

On reconnaît alors que son diamètre est un peu diminué, et que sa forme a perdu de sa régularité : elle est devenue jaune, et ses granules se sont concentrés ; enfin, elle est absolument désorganisée. 11 est évident, d'après cela, que quand on obtient de la levure dans les expériences où les liquides ont été portés à l'ébullition, on ne peut prétendre que celle-ci ou ses corps reproducteurs ont pu survivre à une telle épreuve.

47 me expérience. — On avait placé, depuis un mois, dans le vide sec delà machine pneumatique, du terreau très-riche en animalcules pseudo-reviviscents. Chaque 2 décigrammes contenait en moyenne 40 Rotifères et 10 ïardigrades.

On enleva subitement du récipient de la machine pneumatique â décigrammes de ce terreau, et on les plaça dans un tube en U avec de grandes précautions et en mettant des deux côtés un peu de coton près du fond , pour être bien certain qu'aucun animalcule ne se dérobait à l'action de la chaleur et n'était enlevé par le courant d'air.

Ce tube, qui contenait donc environ 40 Rotifères et 40 Tardigrades, fut plongé dans un bain-marie, et articulé d'un côté avec un tube qui communiquait avec deux flacons (n 0i 2 et 3) remplis de

Fig. 22.

chaux, et de l'autre avec un flacon (n° A) également rempli de chaux, et suivi d'un aspirateur. Un thermomètre plongeait dans l'eau.

Celle-ci fut chauffée avec lenteur, sur un fourneau dont on mode* rait à volonté la èombustion.

La température fut élevée successivement et avec une extrême lenteur, de 1°,25 par quinze minutes, ou 5° à l'heure ; de manière que l'on mit dix heures à franchir les températures de 50° à 400°, l'appareil marchant presque avec la régularité d'une horloge.

Lorsque celui-ci eut atteint 400°. on le maintint à cette température pendant trente minutes; après, on éteignit le feu, et l'appareil se refroidit lentement.

Pendant toute la durée de l'expérience, un courant d'air sec passa à travers l'appareil, pour enlever le peu de vapeur d'eau qui pouVait s'engendrer; et sa rapidité fut réglée en raison inverse de l'accroissement de la température.

Ensuite, ce terreau fut exposé sous la cloche humide pendant toute une nuit, et enfin on le plaça dans de l'eau, où il resta durant

vingt-quatre heures. Après ce temps, on l'examina au microscope, et Ton reconnut que tous les animalcules étaient morts. On compta 37 cadavres de Rotifères et 6 cadavres de Tardigrades.

On prolongea ensuite l'hydratation, et celle-ci ne démontra que mieux que tous les animalcules pseudo-ressuscitants étaient strictement morts, et qu'aucun ne pouvait braver une température de 100°.

Voir pour les détails que comportent les expériences sur la reviviscence, Actes du Muséum d'histoire naturelle de Rouen, p. 16.

i$ n * expérience. — J'avais constamment prétendu que plus on opérait la dessiccation des animaux pseudo-ressuscitants, et plus aussi leur reviviscence était compromise.

Exposés sur des plaques de verre , en couches très-minces, en moins de quelques semaines, j'ai démontré que leur reviviscence s'anéantit graduellement et finit par disparaître absolument. Les expérimentateurs de la Société de biologie sont tombés d'accord avec moi sur ce fait; mais quelques-uns ont pensé que ce résultat tenait, non à la dessiccation elle-même , mais aux transitions hygroscopiques que subissaient les animalcules. L'expérience suivante et celles qui se trouvent mentionnées après, prouvent que la mort définitive ' est réellement due à la dessiccation elle-même, contrairement à ce que l'on a avancé sur ce sujet.

Un gramme de terreau, riche en animalcules (il contenait, en moyenne, 70 Rotifères et 42 Tardigrades par 2 décigrammes), fut mis sous le récipient de la machine pneumatique avec quelques fragments de chaux, placés dans une capsule au-dessous de ce terreau. Le vide fut maintenu à B ,002 pendant trois mois d'été : juin, juillet et août; la machine était placée dans mon laboratoire, qui est trèschaud.

Après ce temps, on examina le terreau avec toutes les précautions possibles; la plus longue humectation démontra que pas un animalcule n'était reviviscent. On humecta d'abord douze heures sous la cloche humide, et deux jours dans l'eau.

Ainsi donc, le vide sec de la machine pneumatique tue les animalcules pseudo-reviviscents, au lieu de les conserver.

i9 m * expérience. — La même expérience que la précédente a été faite dans la machine pneumatique, mais avec de l'acide sulfurique pur, et elle a donné, après le même laps de temps , absolument les mêmes résultats. Aucun animalcule ne put être ranimé.

20"* expérience. — En employant un tamis de soie, on étala en

une couche mince sur une plaque de vtrre de B ,i carré, 2 décigrammes de terreau, riche en animalcules pseudo- ressuscitants (il contenait en moyenne, pour chaque décigramme, 35 Rotifères et 5 à 6 Tardigrades). Cette plaque fut recouverte d'une cloche qui plongeait dans le mercure, et placée dans un lieu sec, recevant le soleil quelques heures par jour.

Après trois mois d'été, juin, juillet et août, ce terreau ne présentait plus un seul animalcule reviviscible. Après douze heures d'exposition sous la cloche humide et trente-six heures d'humectation, aucun même ne s'endosmosait, ce qui annonçait une mort assez ancienne. 24 me expérience. — Ayant pris six tubes d'environ 0",3 de longueur et de BB ,008 de diamètre, soudés par l'une de leurs extrémités et parfaitement desséchés à Tétuve, on introduisit dans chacun 2 décigrammes de terreau abondant en animalcules pseudo-ressuscitants (chacun d'eux contenait environ 60 à 70 Rotifères et 8 à 10 Tardigrades). Ces tubes furent ensuite fermés à la lampe d'émailleur, et attachés sur une planche peinte en noir qui fut exposée sur un toit regardant le midi. Ils restèrent là durant les six mois les plus chauds de l'année.

Quand on brisa ces tubes, dans quatre, tous les animalcules étaient morts ; dans deux, il en restait encore un de vivant dans l'un, et trois dans l'autre.

Les quatre animalcules reviviscents que l'on a retrouvés dans cette expérience, loin d'en affaiblir la portée, lui donnent, au contraire, plus de valeur; car ils attestent qu'il n'y a eu là aucune cause active perturbatrice de la vie, et que la mort n'a été que le résultat d'une lente dessiccation. En effet, si, sur environ 450 animalcules, 4 seulement ont résisté, cela indique qu'il ne s'agit ici que d'une question de temps, et que quelques jours de plus eussent amené infailliblement la mort des survivants.

Et quand, après avoir abandonné à l'air, dans les combles de l'École de médecine, plusieurs milliers d'animalcules pseudo-reviviscents, vn seul se ranimait, et que je voyais noter attentivement ce fait par les partisans de la doctrine de la reviviscence, c'était un grand tort; car la présence de cet animalcule resté seul vivant au milieu de tant de cadavres, loin de parler contre l'expérience, lui donnait encore plus d'autorité. Ce seul survivant attestait aussi qu'aucune cause active ne s'était ajoutée à la dessiccation lente, et que si l'on avait prolongé l'expérience quelques jours de plus, il devait nécessairement périr.

3£ me expérience. — Dans une môme expérience, six autres tubes placés à côté des précédents, mais qui, en plus, passèrent six mois d'hiver dans mon laboratoire, n'offraient aucun animalcule reviviscent quand on les brisa.

23 mt expérience. — La môme expérience fut exécutée parallèlement en mettant de petits fragments de chaux dans chacun des six tubes, et en les séparant des animalcules par un peu de coton.

Après avoir passé six mois d'été sur le toit, aucun de ces tubes n'offrait d'animalcules reviviscents, ce qui fut dû sans doute à la plus grande sécheresse qui régna à l'intérieur.

24 me expérience. — Six tubes disposés comme dans les deux expériences précédentes furent placés dans une des serres chaudes du Jardin botanique de Rouen. Quatre d'entre eux contenaient un peu de chaux; les deux autres ne contenaient que de l'air et du terreau.

Ces tubes restèrent une année dans cette serre.

Après ce laps de temps, tous les animalcules qu'ils contenaient étaient morts et contractés. Aucun d'eux ne s'endosmosait, môme par la plus longue humectation. Ainsi donc, indépendamment des variations hygrométriques, le temps seul et la dessiccation amènent assez rapidement la mort absolue des animalcules pseudo-ressuscitants ; c'est un fait incontestable.

25 me expérience. — Six tubes remplis de Rotifères et de Tardigrades, comme ceux dont on s'est servi dans les expériences que nous avons citées, et qui avaient passé six mois sur les toits , furent de nouveau examinés au laboratoire en septembre 1862.

Dans tous ces tubes, il n'existait aucun animalcule vivant, tous étaient contractés ; aucun ne s'endosmosa, ce qui prouve qu'ils étaient morts depuis longtemps.

26 me expérience. — Durant une température de — 7°, dans mon laboratoire, une grenouille fut placée dans de l'eau que l'on abandonna à la congélation. Celle-ci, à cause de la température un peu plus élevée du lieu durant le jour, ne surprit que lentement le reptile; mais lorsqu'elle fut complète, le lendemain, on s'aperçut qu'elle l'avait dilacéré, car la glace, dans ses environs, était teinte de sang.

Le surlendemain, on fit dégeler très-lentement l'animal, et l'on ne trouva plus qu'un cadavre flasque. J'ai répété cette expérience un certain nombre de fois, et aussi en faisant congeler ces animaux, ainsi que des crapauds, à l'air libre. J'ai toujours obtenu le môme résultat.

27 me expérience. — Dix sangsues ayant été placées dans les mômes circonstances que la grenouille , présentèrent absolument le môme résultat.

La glace n'était pas devenue sanglante; mais, par la congélation, ces animaux avaient aussi été dilacérés. En les dégelant lentement, l'eau qui s'écoula par les entonnoirs était remplie de sang; leurs cadavres étaient flasques.

28 me expérience. — Des écrevisses au nombre de six, que Ton fit congeler soit dans l'eau, soit à l'air libre, moururent toutes aussitôt que la congélation eut atteint les viscères indispensables à la vie.

29 me expérience. — Une éprouvette remplie de Rolpodes et de Kérones fut placée, le 5 août, sous le récipient d'une machine pneumatique. Le vide fut maintenu d'un à deux millimètres pendant trois jours. A ce moment, quand on rendit l'air, tous les animalcules étaient encore dans le plus parfait état de santé.

3° MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE.

SO" 6 expérience. — Les expériences que j'ai faites avec les poussières recueillies sur le Parthénon m'ont présenté la môme pénurie de corps organisés que celles de la tour de Pise. J'y ai observé trèspeu de fécule : il y en avait cependant ; il va sans dire qu'aucun œuf ni aucune spore n'y furent découverts.

De ce que dans toutes mes observations, je n'ai eu ni œufs ni spores, il ne faut pas conclure qu'il n'en existe point dans l'air; cela signifie tout simplement qu'ils y sont d'une incommensurable rareté, car nécessairement il doit s'en trouver avec les poussières que dépose l'air; mais ceux qu'on y observe ne doivent même pas entrer en ligne de compte, car un dépôt de poussière qui offre une ou deux spores représente parfois le dépôt de plus de cent mille mètres cubes d'atmosphère , de cent millions peut-être, tandis qu'avec un simple décimètre d'air on a toujours la possibilité de produire des milliards de proto-organismes.

30" # (bis) expérience. — Au milieu de la Méditerranée, entre l'espace qui sépare Marseille des bouches du Bonifacio, avec toutes les précautions nécessaires, j'introduisis dans un flacon, qui avait été rempli d'eau bouillante, 40 grammes de lin chauffé à 400° pendant deux jours, et un décimètre cube d'air. Cette prise d'air s'obtint

simplement en vidant une portion du liquide que contenait ce flacon; puis ensuite on le boucha hermétiquement.

J'examinai le liquide trois jours après, à Messine, la température étant de 29° en moyenne ; je le trouvai rempli d'un nombre considérable de Microzoaires. Et ce qui est fort remarquable, c'est que dans cet air pur de la mer il s'était formé de plus abondantes légions d'animalcules que dans d'autre air pris à Marseille, et que j'avais emporté sur le navire. Ainsi donc voici l'air pur de la mer plus fécond ici que l'air des grandes villes, surchargé de corpuscules divers.

3i me expérience. — Observation faite en pleine mer, au milieu de la mer Ionienne, entre le cap Spartivento et le cap Matapan.

Le temps était parfaitement calme, l'air pur, et la température de 28° à l'ombre. L'observation fut faite à l'arrière du bâtiment, la brise, à peine sensible, soufflait par son travers ; on opéra avec l'aéroscope sur 40 centimètres cubes d'air. Les dix taches sont à peine sensibles à la loupe, et les corpuscules qui les forment sont d'une extrême finesse. Ceux-ci ne sont presque entièrement que des grains de silice d'une telle ténuité, qu'ils se rapprochent tous de la forme sphéroïdale ; un seul est gros et anguleux ; 3 corpuscules de nature végétale verts ; un grain de pollen déformé, et quelques parcelles de goudron. Assurément aucune spore, aucun œuf de Microzoaire cilié, et point de fécule. Avec le même air pur, nous avons cependant obtenu des animalcules en nombre considérable.

32 me expérience. — Air de la mer Tyrrhénienne, pris entre les bouches du Bonifacio et la Sicile. L'air est d'un calme profond, l'observation est faite à l'arrière du navire. L'aéroscope ne recueille qu'un nombre infiniment petit de corpuscules ; on n'aperçoit ses taches sur la glace qu'à l'aide de la loupe.

Celles-ci sont formées de grains de silice d'une immense finesse et fort peu nombreux. On y trouve, en outre, des débris de voiles, des filaments de laine blanche , deux grains de fécule de blé normale et six grains de fécule panifiée. On n'observe aucune spore végétale, aucun œuf de Microzoaire. Tout ce qui est relaté ici s'explique fort bien par la marche du bâtiment, à l'avant duquel est la boulangerie et où mange tout l'équipage.

32 me - 1 expérience. — On prit un flacon d'un demi-litre de contenance, à goulot étroit, et bouchant à l'émeri. Après l'avoir rempli d'une macération de luzerne, on le plongea dans un vase en terre assez profond, pour que le môme liquide dont on l'avait également rempli, dépassât un peu l'ouverture du flacon restée béante. On plaça

ensuite ce vase sur le feu, et la macération fut portée lentement à Pébullition.

Lorsque celle-ci fut obtenue, on continua pendant vingt minutes, pour être certain que le liquide de l'intérieur du vase était bien parvenu lui-môme à la température de 100°.

Le feu ayant alors été éteint, on boucha fortement le vase sous le liquide, avec son bouchon qu'on avait préalablement plongé dans l'eau bouillante. Après avoir retiré le flacon de son bain encore brûlant, le contour de l'ouverture fut enduit avec le plus grand soin de lut et de vernis, pour éviter qu'il ne pût s'y introduire la moindre parcelle d'air extérieur.

Le lendemain, ce flacon fut transporté au sommet du clocher de la cathédrale de Rouen , et là on le déboucha et Ton renversa la moitié de la décoction qu'il contenait, qui fut remplacée par l'air ambiant qui y rentrait à mesure que celle-ci s'écoulait. Quand environ 250 centimètres cubes d'air furent rentrés, on boucha de nouveau le flacon et l'on en luta avec le plus grand soin le contour du goulot.

Dix jours après, la décoction s'était troublée, et le flacon ayant été débouché, on reconnut au microscope qu'elle contenait une abondante population de Vibrions et de grosses Monades parfaitement vivants.

C'est avec les mêmes précautions, que je note ici une fois pour toutes, que j'ai préparé les flacons qui m'ont servi à opérer des prises d'air dans les lieux les plus variés, soit sur les hautes montagnes, soit dans les cavernes, soit au milieu des cités populeuses, soit au sommet de leurs monuments les plus élevés. Et c'est ainsi que j'ai reconnu que la panspermie limitée de M. Pasteur, inventée pour soustraire sa théorie aux expériences accablantes qui la renversent, était absolument erronée. Partout, exactement partout, je trouve l'air fécond ; et, si ce chimiste l'a parfois trouvé stérile, il ne faut attribuer ce résultat qu'à la manière défectueuse dont il conduit ses expériences. .

32*«l* expérience. — Dans la caisse d'instruments avec laquelle je gravissais l'Etna, au mois de septembre 4860, j'avais placé deux flacons préparés comme il a été indiqué dans l'expérience qui précède et contenant une décoction de trèfle. Au sommet de la montagne, tout auprès de la casa inglese, par un temps calme et vers sept heures du matin, on vida la moitié du liquide que contenait chacun de ces flacons, et l'air ambiant se précipita à leur intérieur. Ils furent im-

médiatement rebouchés avec soin et replacés dans la caisse d'instruments pour opérer la descente.

Le quatrième jour, étant de retour à Messine, malgré l'agitation que le liquide avait éprouvée pendant la route , soit lors de la descente à cheval, soit lors du retour en voiture, je reconnus au microscope qu'il était rempli d'animalcules appartenant aux genres Mona$ f Bacterium, Vibrio et Spirillum.

32»o expérience. — On prit deux flacons préparés comme il est indiqué dans Tune des précédentes expériences, et qui étaient remplis d'une décoction d'ivraie. On les vida à moitié* sur le parvis de la cathédrale de Rouen, et ils furent rebouchés immédiatement.

Deux autres flacons pareils furent en partie vidés et rebouchés au niveau des combles de la cathédrale.

Enfin, deux derniers flacons furent en partie vidés au sommet du haut clocher de cette métropole.

Les six flacons furent rapportés au laboratoire du Muséum. Le cinquième jour, par une température de 26°,5 en moyenne, on reconnut que tous contenaient des animalcules appartenant aux genres Protée, Vibrion, Monade et Bacterium.

32»M expérience. — Deux flacons préparés comme dans les expériences précédentes, et contenant une décoction d'aster de la Chine, furent débouchés et à demi vidés sur le sommet de la montagne Sainte-Catherine, durant l'hiver-, et par un froid de — 2°, où elle était toute couverte de neige, au mois de janvier.

Huit jours après, ces flacons, qui avaient été placés dans un lieu où la température moyenne était de + 10°, étaient remplis d'animalcules appartenant tous aux groupes des Monadaires et des Yibrioniens.

32»«.ft expérience. — Dans une des plus solitaires et des plus profondes excavations des carrières de Caumont, près Rouen, je portai quatre flacons préparés comme précédemment, et contenant une décoction d'ivraie. Là, on les vida à moitié , et on les reboucha avec les précautions prescrites.

Six jours après, ces flacons, rentrés au laboratoire du Muséum, avaient tout leur liquide rempli de Microzoaires des ordres inférieurs; la température était de 24°.

32«e e expérience. — Deux flacons préparés comme précédemment furent à moitié remplis d'air dans le port de Marseille, et ensuite rebouchés.

Quatre jours après, à Messine, j'en fis l'ouverture, et les trouvai remplis d'Infusoires de l'ordre des Monadaires et des Yibrioniens.

32" 1 *- 7 expérience. — Dans le cloître très-calme de Sainte-Marie, à Rouen, je fis à de nombreuses reprises cette même expérience, en puisant l'air tantôt durant le jour, tantôt durant la nuit, et toujours j'obtins le même résultat.

3£ut g expérience. — Au milieu de l'archipel de la Gréée, un flacon préparé comme je l'ai exposé, fut à moitié vidé de b décoction qu'il contenait, et l'air remplaça ce qui était expulsé.

Huit jours après, à Constantinople, je trouvai tout ce liquide rempli d'Infusoires, de Bactériums et de Monades.

La même expérience fut faite à Constantinople, et eut le même résultat.

Ainsi, dans l'air pris partout, dans les villes populeuses et dans les cloîtres très-solitaires , sur les montagnes et sur la mer, dans les grottes ou au milieu des forêts; enfin, l'air pris partout sert à produire également et toujours des animalcules, jamais cela ne manque. N'est-ce pas démontrer, jusqu'à l'évidence, que la Panspermie locale de M. Pasteur est une pure invention produite pour défendre une doctrine qui succombe de toutes parts ?

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