EXPÉRIENCES DÉMONTRANT L'INANITÉ DES ENSEMENCEMENTS AÉRIENS
33 me expérience. — On prit trois grands verres à expérience ; l'un d'eux fut rempli de cidre, le second d'urine , et le troisième d'un mélange à parties égales du même cidre et de la même urine. Les trois verres furent ensuite abandonnés sous une grande cloche qui plongeait dans l'eau; l'expérience eut lieu par une température moyenne de 48°,5.
Le quatrième jour, il était déjà évident que la surface de ces trois verres était occupée par une végétation cryptogamique absolument différente pour chacun d'eux.
Le huitième jour, le verre d'urine offrait une pellicule d'une minceur excessive, incolore, formée de spores spontanées, globuleuses, de BB ,0084 de diamètre. Le verre de cidre présentait une pellicule plus épaisse, incolore, lisse, composée de spores maliques acuminées. Enfin, le verre renfermant un liquide mixte offrait une pellicule absolument différente des deux autres, très-épaisse, d'un blanc tranché, et composée de grosses rides à sa surface. Elle était formée de spores ovoïdes.
La végétation qui commence déjà à envahir ces trois liquides offre aussi de notables différences. Le cidre a sa surface à moitié occupée par des Pénicilliums; l'urine offre seulement quelques touffes d'un autre Pénicillium; tandis que le mélange hybride n'est encore envahi par aucune plante.
Cette remarquable expérience, faite déjà parTreviranus, avait été niée par certains physiologistes qui réfutent, sans vérification, tout ce qui gêne leurs doctrines.
34 me expérience. — 500 grammes de cidre remplissant un grand verre à expérience, sont placés dans une atmosphère d'un décimètre cube d'air, sous une cloche à mercure qui avait été préalablement chauffé.
Après dix jours, on trouve au fond du verre 451 milligrammes de spores maliques. D'un autre côté, l'atmosphère examinée à l'aéroscope et lavée dans l'eau, n'offrit aucun indice de levure. Si c'était cette atmosphère cependant qui eût fourni une telle masse d'organismes, ceux-ci ne pourraient échapper à l'observation. En admettant même l'hypothèse des chimistes, la gemmation ne produisant que cinq fois plus que l'ensemencement, il faudrait donc qu'au minimum le décimètre cube d'air contint 30 milligrammes de levure; ce qui serait facile à reconnaître. Et cependant aucun moyen physique, aucun moyen chimique ne parvient à surprendre, dans ce décimètre cube d'air, une seule spore de levure. Or, il faut donc que celle-ci se soit engendrée spontanément.
35 me expérience. — Le 5 février, par une température assez basse, + 44°,5, on prit un flacou de moût de bière anglaise, qui venait de subir l'ébullition, et celui-ci fut bouché hermétiquement et abandonné dans mon laboratoire. Au bout d'un mois, on l'examina et l'on reconnut qu'il s'était déposé au fond une abondance de levure. Celleci, examinée au microscope, fut reconnue par sa forme et son diamètre pour de la levure de bière parfaitement caractérisée. Toutes les spores étaient isolées; on ne rencontrait parmi elles aucune levure lactique, aucun cristal.
36 me expérience. — 500 grammes de moût de bière, qui avaient été pris dans une cuve, après une ébuliition de cinq heures, furent mêlés avec 5 grammes de levure de bière nouvelle; ensuite, ce mélange fut filtré quatre fois, et sortit du dernier filtre parfaitement limpide; le microscope prouva qu'aucune spore de levure n'avait traversé les filtres. L'expérience fut commencée le 23 juin, et pendant sa durée la température fut en moyenne de 22°,5.
Le 1 er juillet, on aperçoit, à la simple vue, qu'il s'est formé au fond du vase et sur ses parois une énorme quantité de levure.
Le microscope fait reconnaître que celle-ci est de la levure céréviskjue.
37 me expérience. — 500 grammes de moût de bière qui venait de subir une ébullition de cinq heures, furent mis dans un grand verre à expérience, puis on ajouta 2 grammes de levure de bière anglaise, sèche, exposée au soleil depuis six mois, et que Ton venait d'abandonner durant six heures dans une étuve à 100°. Ce verre fut recouvert d'une cloche. La température était de 25°.
Le lendemain, fermentation énergique, avec grand dégagement d'acide carbonique, et formation d'une abondance de levure nouvelle. Celle-ci, examinée au microscope, est évidemment composée de spores cérévisiques. Outre la levure ordinaire, on distinguait très-bien au microscope les spores de levure sèche qu'on avait introduites dans le liquide; elles étaient désorganisées par la dessiccation; il ne peut y avoir de doute, elles étaient mortes. Dans cette expérience, celles-ci n'ont donc pu agir comme corps vivants, comme ferments vivants.
38 me expérience. — Ayant pris de la colle de blé, bouillante, et l'ayant déposée dans une petite bassine plate de porcelaine, elle fut isolée dans un décimètre cube d'air.
Au bout de six jours, par une température de 18° en moyenne, toute sa surface s'était, en même temps, couverte d'une végétation cryptogamique spontanée; c'était un Pénicillium voisin du glaucum.
Lorsque l'on commença cette expérience, dans la môme atmosphère on employa plusieurs heures à faire passer 1,000 décimètres cubes d'air à travers du colon; et 1,000 autres décimètres à travers 2 centimètres cubes d'eau qu'on avait introduits dans un tube enU.
Ensuite, l'examen prouva que ni dans ce coton, ni dans cette eau, il n'existait aucune spore. Celles-ci n'ayant pu résister à l'ébullition de la colle, et ne présentant aucune d'elles dans un volume d'air mille fois plus considérable, il a donc bien fallu que les Pénicilliums qui ont envahi cette colle y soient nés spontanément.
39 me expérience. — Ayant pris deux verres contenant du cidre de pommes douces nouvellement extrait, la surface de l'un d'eux, à l'aide d'un tamis de soie, fut ensemencée avec de la poussière du Muséum d'histoire naturelle, de manière à n'y répandre qu'une
couche excessivement mince de corpuscules. L'autre verre, considéré comme critérium différentiel, ne subit aucun ensemencement.
Chacun de ces verres fut mis sous une cloche séparée, et soumis absolument aux mômes circonstances.
Après quinze jours, les deux verres ayant été confrontés ensemble, offraient la môme végétation cryptogamique à leur surface. Celui qui avait été ensemencé n'offrait rien de plus que celui qui ne l'avait point été.
Cette expérience n'est-elle pas une preuve, sans réplique, de la nullité des prétendus ensemencements dont il a été récemment tant parlé. Le vase non ensemencé est tout à fait aussi fécond que celui sur lequel on a répandu de cette poussière si faussement considérée comme le réceptacle des œufs et des spores.
39»e.i expérience. — Dans un ballon d'un demi-litre de capacité, on mit 400 centimètres cubes d'une macération de foin filtrée. Ce ballon étant rempli d'air atmosphérique normal fut ensuite fermé à la lampe. Il ne se forma aucune membrane proligère h sa surface, et jamais aucune mucédinée n'y apparut durant six mois d'été que dura l'expérience en 1861.
L'oxygène, cependant, ne manquait pas, car, quand on ouvrit le ballon, on analysa l'air, il contenait encore 10 p. 400 de ce gaz.
39 me - 9 expérience. — Un autre ballon, dans les mômes circonstances, présente seulement 8 p. 100 d'oxygène, et pas plus que le précédent n'offrit ni membrane proligère ni mucédinées.
Ces deux expériences, ainsi que beaucoup d'autres que j'ai faites dans la môme direction, démontreront combien sont défectueuses les expériences à vaisseaux bouchés à la lampe. Là, si les ensemencements atmosphériques étaient un fait, on aurait dû voir des végétaux se développer, car on avait de l'air pris sans précaution et qui devait contenir des œufs et des spores ; si aucun organisme ne s'est produit, c'est que les conditions sont essentiellement contraires à leur développement.
40 me expérience. — Dans 500 grammes d'eau, on mit macérer 100 grammes de foin, pendant une heure; ensuite on filtra cette macération.
150 centimètres cubes de cette macération furent introduits dans un ballon de 300 centimètres de capacité, dont la moitié resta occupée par de l'air atmosphérique, et ensuite on ferma ce ballon à la lampe d'éraailleur.
150 centimètres de la môme macération furent placés dans une
éprouvette, et mis sous une cloche à expérience de 400 centimètres cubes de capacité, et dont le pied plongeait dans l'eau afin de confiner l'air qu'elle contenait.
Enfin, 150 centimètres du môme liquide furent abandonnés à l'air libre pour servir de critérium.
Le dixième jour on observa les résultats de l'expérience.
Dans le ballon, le liquide avait perdu sa transparence et sa teinte fauve; il était devenu d'une couleur jaune, trouble, analogue à de vieilles urines; il était d'une repoussante fétidité, et sa surface n'offrait qu'une pellicule extrêmement mince ; on n'y rencontrait aucun animalcule vivant ; mais la pellicule superficielle était évidemment formée de cadavres de monades. Aucun microzoaire cilié n'a jamais vécu dans ce liquide, car on n'y rencontre les cadavres d'aucun d'eux.
Au contraire, l'éprouvette placée sous la cloche renferme un liquide dont la teinte fauve a seulement pris de l'intensité, mais il n'a jamais perdu sa transparence; l'air de la cloche a une odeur agréable, qui rappelle l'arôme du foin; il existe une épaisse pellicule proligère à la surface du liquide, et dans celle-ci nagent une abondance de Paramécies, de Vorticelles et de Monades. Cette pellicule proligère contient en outre un grand nombre d'œufs spontanés.
Le critérium abandonné au contact de l'air offre le môme état, seulement la pellicule proligère présente plus d'épaisseur.
Cette expérience prouve donc que l'air confiné dans un ballon paralyse le développement des Microzoaires ciliés. Si les Monadaires seulement y apparaissent, c'est que, très-rapides à s'engendrer, elles se montrent avant l'altération de l'air, mais elles-mêmes n'y peuvent subsister longtemps.
41 e expérience. — On introduisit 200 grammes d'une macération de foin dans un ballon de 500 centimètres cubes de capacité ; le reste de l'espace resta occupé par de l'air ordinaire; on ferma ensuite à la lampe le col de ce ballon. Température moyenne, 24°,5, pendant toute la durée de l'expérience.
Huit jours après, le matras ayant été ouvert, on ne rencontra dans la macération qu'il contenait que quelques Vibrions vivants et pas un seul Infusoire cilié, pas un seul œuf de ceux-ci.
L'air de ce ballon ayant été analysé, on reconnut qu'il contenait 0,n d'oxygène.
42 me expérience. — Ayant rempli à moitié d'urine fraîche un ballon d'un décimètre cube de capacité, on adapta au col de celui-ci un
APPENDICE. î M
tube recourbé en bas, et offrant dix boules entre lesquelles il y avait autant de rétrécissements, disposition très-propre à arrêter tous les corps légers, les œufs ou les spores, qui tendraient à pénétrer dans l'appareil. L'urine fut portée à l'ébullition pendant cinq minutes, et l'air ne rentra ensuite dans le ballon qu'en traversant la route ascendante et tortueuse qui lui était offerte.
Après un mois, dont la température moyenne avait été de 20°,5, la surface de l'urine était envahie par des Mucorinées.
J'ai exécuté la môme expérience avec du lait et de la colle, et en faisant en plus traverser à l'air une masse de coton, et j'ai toujours obtenu le même résultat.
Les expériences de MM. Schrœder et Dusch sont donc erronées.
43 m * expérience. — Dans une expérience faite avec de la colle de farine portée à 100° dans le ballon, et dans les conditions prescrites dans l'expérience précédente, ce ne fut qu'après six mois que la colle fut envahie par des Pénicilliums.
Ainsi donc, les expériences dans lesquelles M. Pasteur assure arrêter les œufs et les semences qu'il prétend flotter dans l'air, en faisant rentrer celui-ci par des routes tortueuses ou déclives, sont absolument erronées ; et celles de MM. Joly et Musset sont parfaitement exactes.
44 me expérience. — On prit deux bassins plats en porcelaine, de 4 décimètres carrés de surface, et on les remplit de la même colle de farine bouillante. L'un fut abandonné à l'air libre ; l'autre fut recouvert d'une cloche de verre.
Après huit jours, par une température moyenne de 19°,5, la colle de ces deux bassins était totalement envahie par une végétation cryptogamique, tout aussi abondante dans l'un que dans l'autre.
Si l'air était réellement le véhicule des spores, la colle du bassin exposé sous la cloche aurait dû être immensément moins féconde que l'autre ; le contraire avait cependant lieu ; car, probablement à cause de la chaleur et de l'humidité plus considérables qui régnèrent sous la cloche, la végétation qui s'y manifesta fut un peu plus prompte à apparaître et était plus compacte.
On pourrait opposer aux panspermistes des milliers d'expériences analogues... C'est bien cependant à prendre en considération. Les prétendus ensemencements n'existent donc nullement