EXPÉRIENCES PHYSIOLOGIQUES
45 me expérience. — On mit macérer, pendant deux heures, une poignée de Loliumperenne, L. dans un peu plus d'un litre d'eau de fontaine. La température était de 17°. On filtra ensuite cette macération, qui était colorée en jaune très-pâle, et parfaitement diaphane ; on en prit 4,000 centimètres cubes, qui furent placés dans un bocal de 12 centimètres de diamètre.
Ensuite, on prit uns eul centimètre cube de cette même macération, et on .le plaça dans une petite capsule de cristal à fond plat, que Ton mit flotter au milieu du liquide du bocal ; le tout fut recouvert d'une cloche plongeant dans l'eau, dans le seul but d'éviter l'évaporation.
Au bout de huit jours, par une température moyenne de 18°,5, il s'était formé, à la surface du liquide du bocal, une membrane proligère extrêmement épaisse, dans laquelle le microscope découvrait d'innombrables légions d'Infusoires ciliés, de grosses Paramécies et un nombre immense d'œufs spontanés de celles-ci, tous du même diamètre; les uns en gyration, les autres ayant déjà \e punctum $aliens apparent, ^'autres remplis d'embryons.
Au contraire, le centimètre cube du même liquide contenu dans la capsule n'offrait, à sa surface, aucune membrane proligère, et l'examen microscopique le plus attentif n'y fit découvrir aucun Microzoaire cilié, ni aucun œuf spontané de ces animalcules. On y rencontra seulement quelques Monades, ainsi que cela devait avoir lieu.
Cette expérience, qui est d'une extrême simplicité, est l'une de celles qui démontrent avec le plus d'évidence toute l'inanité des théories des panspermistes. Et jamais, jusqu'à ce moment, tous les savants devant lesquels je l'ai exécutée, n'ont pu lui faire la moindre objection.
Il est évident, et elle le prouve, qu'il n'y a point d'œufs flottants dans l'atmosphère; car si cela était, toutes les ressources de l'intelligence ne pourraient expliquer comment jamais il ne tombe d'œufs d'Infusoires ciliés dans la petite capsule du milieu, tandis que toujours ils abondent dans l'infusion qui l'entoure.
En me basant sur les lois bien connues de la genèse organique, j'avais conçu cette expérience, en en prévoyant à priori le résultat. J'invitai M. Joly à la faire de son côté, en même temps que je la
commençais du mien. Nos lettres, qui s'entre-croisèrent, annonçaient réciproquement que nous avions obtenu l'un et l'autre ce qui était prévu.
46 me expérience. — Par un temps plus chaud, j'ai encore répété l'expérience précédente, et elle m'a donné des résultats absolument identiques. Après cinq jours, la membrane proligère était épaisse et remplie de Paramécies dans le bocal ; et, au contraire, il n'y avait pas la moindre trace de Microzoaires ciliés dans le centimètre cube de liquide.
47 me expérience. — Cette expérience, qui n'est qu'une interversion des deux précédentes, concourt à leur donner une nouvelle force, et démontre jusqu'à quel point sont précises les lois de la genèse spontanée, formulées par nous dans le deuxième chapitre.
Ici, c'est la masse du liquide que l'on concentre au milieu, pour y obtenir des animalcules ciliés, tandis que tout autour on l'étalé sur une très- large surface où ceux-ci font défaut.
Après avoir fait macérer une poignée de trèfle incarnat sec dans 600 grammes d'eau, pendant deux heures, on filtra celle-ci, et l'on obtint un liquide très-limpide et d'une teinte jaune clair.
400 grammes de cette macération furent introduits dans une éprouvette, que l'on plaça au milieu d'une grande cuvette de cristal de 25 centimètres de diamètre.
100 grammes de cette macération furent mis dans cette cuvette, placée bien horizontalement, où ils ne formèrent qu'une couche à peine de 5 millimètres de profondeur.
Le tout fut recouvert d'une cloche, dont le pied plongeait dans l'eau d'une plus grande cuvette, qui avait reçu la première, et cela, dans le seul but d'empêcher la macération étendue en surface de s'évaporer pendant la durée de l'expérience (fig, 23).
Le huitième jour, une température de 23°, en moyenne, ayant régné dans le laboratoire, on examina les macérations.
La macération contenue dans l'éprouvette avait sa surface recouverte d'une membrane proligère épaisse, et offrait une énorme quantité de Microzoaires ciliés, principalement des Kolpodes et des Paramécies.
La macération étendue tout autour, dans le fond de la grande cuvette, n'offrait, au contraire, qu'une membrane proligère excessivement mince, arachnoïde, et ne présentait que des Monades ; on n'y rencontra pas un seul Microzoaire cilié.
Rien peut-il mieux que cette expérience, démontrer encore l'absence des œufs atmosphériques et de la panspermie?
Si les œufs des Microzoaires ciliés étaient en suspension dans l'air, il n'y aurait pas de raison au monde qui pût empêcher qu'il n'en
Fig. 23.
tombât aussi bien dans la cuvette que dans l'éprouvette ; et la première en devrait môme recevoir d'autant plus, qu'elle offre une bien plus ample surface. £t c'est elle qui, au contraire, n'en présente pas un seul, parce que, proportionnellement à sa surface, les Monadaires n'ont pu former, en expirant, une membrane proligère capable de s'élever à la puissance d'un stroma ovigère.
Cette expérience si simple, faite en quelque sorte à l'air libre, car on ne met une cloche que pour éviter l 'évapora tion, a porté la conviction chez tous ceux qui l'ont vu exécuter.
On peut même la renverser, et l'on obtient des résultais absolument opposés. Mettez beaucoup de liquide dans la cuvette,' et au contraire, mettez-en très-peu dans l'éprouvette du centre : alors vous n'avez plus d'animalcules ciliés dans celle-ci, et, au contraire, ils abondent dans la cuvette où il s'est développé une épaisse membrane ovigère (fig. 24).
Est-il possible de substituer des expériences plus simples, et plus claires à tout cet attirail expérimental, à toutes ces expériences tourmentées, qu'on nous présentait comme l'ultimatum de la science, et qui, malgré leurs inutiles complications, ne signifient absolument rien par rapport à la question ?
47 mt bis expérience. — Des œufs de couleuvre, en macération depuis quatre jours, par une température de 2^° en moyenne, offrent à la surface du liquide une énorme quantité de Vorticelles ; et jamais, par la suite, cette macération n'a présenté que ces Infusoires.
Fig. 24.
Alors on filtra une partie du liquide. C'était le 17 juillet 1862.
Le 30 du môme mois, on observe le liquide filtré. Celui-ci ne présente qu'une membrane proligère arachnoïde et d'une extrême ténuité ; on n'y découvre aucune Yorticelle, ni aucun autre Infusoire cilié.
Le 30 août, l'observation est encore répétée; il n'existe aucun animalcule dans la liqueur, qui est limpide.
Le liquide conservé comme critérium est toujours peuplé de Vorticelles.
Si les œufs de celles-ci tombaient de l'air dans les macérations, est-ce qu'il n'y en aurait pas eu autant dans le liquide filtré que dans l'autre, après un certain nombre de jours ? On ne peut même pas arguer ici du changement d'état introduit par le temps dans le liquide filtré, puisque le critérium reste animé d'une nombreuse population vivante.
Cette expérience s'ajoute à tant et tant d'autres, pour démontrer la fausseté de la vieille hypothèse de la panspermie.
48 me expérience. — On prit deux éprouvettes; l'on mit dans chacune d'elles 500 grammes d'une décoction de lin, obtenue à l'aide de 20 grammes de filaments textiles de cette plante sur 1,200 grammes
d'eau, à laquelle on fit subir une ébullition de 15 minutes. Une des éprouvettes fut confinée dans un décimètre cube d'air atmosphérique; l'autre fut placée sous une vaste cloche contenant environ 500 décimètres cubes d'air.
Fig. 25.
Fig. 26.
Les deux éprouvettes furent abandonnées ainsi pendant quinze jours, sous Pinfluence d'une température de 18°,5, en moyenne.
Quand on les examina, toutes les deux étaient remplies de Kolpodes vivants, et de cadavres de Rolpodes et de Monades. On filtra séparément le liquide de chacune de ces éprouvettes, sur des filtres parfaitement desséchés à l'étuve, et dont le poids avait été préalablement noté. Après cela, ces filtres ayant de nouveau été desséchés,on reconnut que chacun d'eux avait arrêté un poids presque absolument égal de cadavres d'animalcules à sa surface : l'un en avait retenu 0«,5J , l'autre 0*,50.
II résulte donc, de cette expérience, que ce n'est pas l'air qui fournil les éléments de la genèse, car si cela était, un filtre eût dû contenir environ 500 lois plus d'animalcules que l'autre, et leur poids était presque égal.
49 me expérience. — On prit un ballon d'un décimètre cube de capacité, et l'on y mit 200 centimètres cubes de colle de farine, excessivement claire. Ce ballon fut ensuite adapté à un tube recourbé en bas et ensuite en haut, offrant dix renflements sur son trajet;
le liquide, qui avait été introduit bouillant, fut de nouveau porté à l'ébullition durant cinq minutes, au moyen d'un bain d'huile; ensuite on mit du coton à l'entrée du tube, et on s'arrangea pour que l'air ne rentrât que fort doucement dans l'appareil. Au bout de quinze jours, par une température de 18°,5, en moyenne, et une pression de (V^O, on vit la surface de la colle se revêtir d'une végétation cryptogamique abondante.
MM. Joly et Musset ont fait des expériences analogues à la nôtre, et ont eu des résultats semblables. Tout cela démontre donc, comme je l'ai dit plus haut, que les expériences de MM. Chevreul et Pasteur, avec des tubes recourbés, sont tout à fait inexactes, et qu'il en est de môme à l'égard de celles de Schrœder et de Dusch, exécutées avec du coton cardé.