VIII PRÉFACE
« tends mieux, dit-il, à manier l'épée pour la défense de la « France qu'à fouiller les détails de son industrie; mais je « vais charger l'un des plus savants promoteurs de celle-ci, « du soin de la rehausser à vos yeux. »
C'était mon père que le chef de l'État désignait ainsi. Par son ordre, on l'enleva à un groupe où il conversait avec Monge et quelques autres de ses amis, pour lui confier la défense de notre industrie nationale contre l'un des plus grands orateurs des temps modernes.
Maintenant que j'ai restitué à mon père ce qui ne peut lui être contesté, arrivons à l'objet de ce livre.
Si j'eus le bonheur de voir mes travaux sur ïovulation spontanée, acceptés immédiatement dans toutes les écoles de l'Europe, c'est que ceux-ci ne renversaient que des hypothèses surannées, que tous les physiologistes professaient, il est vrai, mais pour la défense desquelles personne n'était engagé.
Il devait en être autrement à l'égard de la génération spontanée; quelques-uns de nos savants de premier ordre ayant récemment pris fait et cause contre elle, le triomphe de cette thèse pouvait blesser un amour-propre mal entendu. De là, les encouragements de toute nature et les éloges si splendidement accordés aux rares athlètes qui s'enrôlèrent pour nous combattre.
Pour nous, nous n'avons connu que l'abnégation et les sacrifices, le travail et l'abandon.
Si quelque chose seulement a pu nous consoler au milieu de tant d'efforts et de tant de combats énervants, ce sont les marques d'estime dont nous avons été l'objet de toutes parts, à l'étranger comme en France. Et enfin, c'est de voir que cette doctrine, malgré les orages qu'elle a suscités, s'avance et progresse chaque jour dans toute l'Europe savante.
Mais si l'hétérogénie a dû subir de si inattendues atta-
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ques, c'est un Ministre de l'instruction publique et des cultes, je dois le proclamer à son honneur, qui a pris soin de la venger. Dans un acte qui attestera à l'avenir sa noble indépendance, M. Rouland annonçait au congrès de la Sorbonne qu'il avait accordé à M. Joly une certaine somme, afin qu'il continuât ses expériences sur les générations spontanées. On lit dans la lettre qu'il écrivait, à ce sujet, au savant de Toulouse : « Je désire que vous puissiez trouver « dans cette décision un encouragement à vos travaux et un « témoignage de la sympathie qu'ils m'inspirent. »
Nous sommes heureux de pouvoir citer de telles paroles, et d'ajouter que ce même ministre, dans son inébranlable équité, dominant toutes les influences intéressées qui s'agitaient autour de lui, voulait que, dans chaque camp, les encouragements fussent distribués avec la même libéralité, laissant à l'avenir, plus calme, le soin de juger de quel côté résident la lumière et la vérité.
Quelques esprits plus timorés qu'instruits, ont vu dans les générations spontanées une flagrante protestation contre les traditions bibliques. La presse et les gens sensés ont largement fait justice de cette accusation, et tout dernièrement encore, M. G. Arnoult s'exprimait ainsi dans un discours académique : « Des hommes dont on voudrait n'avoir jamais a à louer que le talent oratoire et les vertus évangéliques, « sont venus, en ce débat exclusivement scientifique et ra- « tionnel, jeter les mots de religion et de foi, essayer de « contenir dans les étroites limites d'un dogme pseudonyme a les vastes élans de la discussion, et continuer au xix e siècle, « en France, la tradition des juges de Galilée. »
Ce grand nom que, depuis nos récents débats, les adversaires de l'hétérogénie ont eu l'imprudence de faire tant de fois évoquer ! Mais si la gueule béante des cachots d'Oxford et du Vatican n'étouffe plus le génie et la pensée comme au xm e et au xvi e siècle, il ne faut pas substituer la torture