X PRÉFACE
morale à l'emprisonnement, et lancer l'anathème contre les novateurs courageux qui s'efforcent d'étendre les pacifiques conquêtes de l'intelligence.
A ce sujet, il s'est produit un fait inouï jusqu'alors dans les annales de l'Académie des sciences. Du haut de la chaire apostolique, un prédicateur l'a félicitée sur l'orthodoxie de ses doctrines! Touchant accord de la religion et de la science. Les grandes ombres des d'Alembert, des Laplace, des Arago et des Geoffroy Saint-Hilaire, qui planent glorieusement au-dessus des portiques de l'Institut, auront dû tressaillir de bonheur.
Cependant, si à l'Académie des sciences, quelques savants ferment la porte aux générations spontanées, d'autres la leur ouvrent à la Société royale de Londres; et l'on ne pense pas tout à fait de même au British Muséum et au Jardin des Plantes de Paris. Enfin, si à la Sorbonne on condamne l'hétérogénie, celle-ci compte d'ardents défenseurs parmi les plus illustres professeurs de nos Facultés provinciales, à Toulouse, à Strasbourg, à Bordeaux, à Caen et à Clermont. A l'étranger, cette doctrine est en honneur dans plusieurs universités célèbres, celles de Pavie, de Bonn, de Cambridge et de Genève.
Une doctrine placée sous la tutelle de semblables sympathies, et qui compte pour elle tout ce que l'Allemagne a fourni de physiologistes illustres, peut bien prétendre conquérir le droit de cité en France. Le maître près duquel je me suis formé, de Blainville, grand par le savoir et puissant par la parole, disait à Cuvier : « Je m'assiérai un jour à « l'Institut et au Jardin des Plantes, devant vous et malgré « vous! » Il tint parole. Dans un avenir peu éloigné, l'hétérogénie pourra en faire autant, nonobstant les critiques incessantes dont elle est aujourd'hui l'objet.
Si les physiologistes de l'Académie des sciences repoussent systématiquement l'hétérogénie, celle-ci est en faveur