XI V PRÉFACE
L'entente parfaite qui régnait entre de tels athlètes aurait pu m'ébranler, si je n'avais eu, de mon côté, de si sérieuses études. Mais ces adversaires, quelque illustres qu'ils fussent, étaient mal préparés pour cette lutte, et, après ma réponse, toute la presse scientifique sentit parfaitement que le sujet se présentait sous un jour nouveau.
Les théories surannées de Spallanzani et de Bonnet avaient fait leur temps; et les expériences de Schultzeet de Schwann, que j'attaquais, et à l'aide desquelles on les avait ravivées, n'étaient réellement plus soutenables. Enfin, d'un accord unanime, on demandait une révision de la question. L'Académie proposa un prix.
Les commissaires nommés étaient MM. I. Geoffroy Saint- Hilaire, Serres, Milne-Edwards, Brongniartet Flourens.
Quoique parmi ceux-ci, les adversaires de l'hétérogénie fussent en majorité, je ne me décourageai pas : je pensais qu'en offrant un travail sérieux et rempli de recherches consciencieuses, il serait défendu avec succès par MM. 1. Geoffroy Saint-Hilaire et Serres, qui seuls n'avaient point de parti pris.
I. Geoffroy mourut, et il ne me restait plus que M. Serres, qui m'annonçait que, sans nul doute, on le remplacerait. Je ne croyais pas la chose possible ; elle eut cependant lieu.
MM. Coste et Cl. Bernard entrèrent dans la Commission, où, par conséquent, l'hétérogénie ne comptait plus que des adversaires.
Je n'en persistai pas moins dans ma résolution; mais, dans une visite que j'eus l'honneur de lui faire, M. Milnelidwards me dit carrément : Je donne le prix à M. Pasteur, parce que j'ai vu ses expériences et qu'elles m'ont parfaitement convaincu. Cette manière de procéder frappait d'un seul coup toute la province d'ostracisme. J'annonçai immédiatement à l'illustre zoologiste que je me retirais du concours.