‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 11 sur 87 · Ms. essaussé · texte numérisé non relu

Ms. essaussé

gner et devers le roy aler avecques elle. Très honnestement se ordonna. Vint devers le roy Claudin, qui oyoît messe. Quant le roy Teustoye, devant luy Ysmarie s'agenouUa et dist : « Très redoublé seigneur, Dieu vous doint joye, grâce et honneur, pource qu'estes droitturier. A vouB me plaings d'ung vostre conseiller et chevalier, nommé Engerran, lequel, comme il vous a dit, et comme par mon frère m*a esté relaté, qu'il m'a veue toute nue, manyee et charnelment congneue ; aultre preuve ne convient que luy. Pourquoy a vous me plaing et reclain de ce qu'il vous informe; je dis, que s'a esté par force et malgré moy, si vous en requier raison et justice. » Quant elle ot ainsy parlé, au roy en print très grande pitié, et se seigna, et en regardant messire Enguerran, qui laestoit, luy dist : « Or sus, tost respondez, car vous estes en faiz contraires. Vous m'aviez dit que c'estoit de son bon gré, et elle me dit aultrement; si m'en dittes tost le vray, ou je vous jure ma foy que, se ne le fait tes, par raison y pourvoyeray. »> Quant il vist qu'on le vouloit emprisonner, et qu'il avoit mauvaise cause, au roy et a elle mercy cria; tout le vray luy recita, comme dessus est spécifié; pourquoy le roy le volt faire mourir. Lors la bonne et belle damoiselle devant le roy s'agcnoulla ; par humilité son pié baisa ; luy requis t que pour l'amour de Jhesu Crist son mesfait luy pardonnast, et que tant fist que son frère lui ramenas t. Le roy a très grant paine et en vis sa requeste luy acorda ; car il vouloit que justice fut faitte du chevalier ; le quel humblement mercy a la damoiselle et le roy de la grâce que faitte on luy avoit, promettant que jamais ne fineroit tant que son frère trouvé aroit, et le ramenroit sain et sauf. A tant il se party pour aler quérir ce frère et en ot mainte paine ; car il avoit changié son nom, comme dit est.

Après elle mercia le roy de sa bonne justice en pre-

nant congié. Si luy dist le roy : « Belle et bonne damoiselle, pas ainsy nem'eschapperez, car vostre frere m'avoit ditte vérité, bien le ay expérimenté et trouvé. Je vous requier que ma femme soiez. » Elle très humblement s'i acorda et a luy se donna ; i Tespousa et a merveilles Tayma, car bonne et belle la trouva.

Jaques fut quis en maint païs; tant que messire Enguerran a Rodes arriva et fort le demanda, mais on ne sa voit qui estoit Jaques de Voisines. Mais il congneut bien messire Enguerran, fist enquérir ou il aloit ne qu'il demandoit ou queroit. Il luy en dist tout le vray, pourquoy il se fist congnoistrea luy. Messire Enguerran luy cria mercy et l'amena devers le roy, qui le fist ung très grant seigneur, et le mist en grant honneur, comme son frere.

Les versions de ce conte sont extrêmement nombreuses ; G. Paris en a réuni une quarantaine, sous le titre de Cycle de la Gageure (Romania, XXXII, p. 48i-55o). Dans le classement de G. Paris, la version que je publie forme un groupe à part (B'), avec le texte encore inédit d'un manuscrit de Tours, le roman de Guillaume de Dole et une comédie de Lopc de Rueda, Eufemia. Malgré les rapprochements qu'on pourrait établir entre ces quatre rédactions, celle du manuscrit du Vatican ne procède d'aucune des trois autres ; à chacune de celles-ci manquent des traits traditionnels qu'elle a gardés. Sa source immédiate m'est inconnue, et peut-être a-t-clle à jamais disparu; si c'était un poème, comme celle des récits qui suivent dans le manuscrit, et qui laissent mieux reconnaître les procédés d écriture de l'auteur, la versification de l'original a été trop soigneusement dissimulée pour qu'on puisse en signaler aucun vestige sans risquer d'être dupe d'une illusion. Le prosateur a dû suivre fidèlement son modèle, mais c'est lui qui a donné kurs noms aux personnages.

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