‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 18 sur 87 · Croire : voire, essaier : encombrier · texte numérisé non relu

Croire : voire, essaier : encombrier

t\. Dans la nouvelle italienne, comme dans le poème latin, Pirro donne k la chambrière trois raisons do son refus : « Lusca, io non posso credere che questo parole vengano dalla mia donna, e perciô guarda quel che tu parti ; e, se pure da lei venissero, non credo che con Tanimo dir te le faccia ; e, se pur con Tanimo dir le facesse, il mio signore mi fa più onore che io non vaglio : io non farei a lui si fatto oltraggio per la vita mia ; e perô guarda che tu più di si fatte cose non mi ragioni. » (Boccace).

5. « E turbatetta colle parole di Pirro, se ne tomô alla donna. » (Boccace). La chambrière de Mathieu n'éprouve pas cette honte. Elle s'éloigne en prononçant un long monologue de 80 vers sur l'infidélité des femmes, sur les profits que les serviteurs peuvent tirer des fautes de leurs maîtres, sur son nom de Lusca, sur ses propres aptitudes à l'amour.

6. Au contraire, dans la nouvelle italienne, comme dans le poème latin, c'est avec un accablement pénible que la dame apprend le refus du jeune homme. Mathieu la fait évanouir, Boccace dit : « udendole desiderô di morire ».

7. Suivant Boccace, ce n'est que « dopo alcun giorno » que Lidia en « reparlé alla cameriera ». Chez Mathieu, c'est aussitôt revenue de son évanouissement qu'elle renvoie Lusca vers Pyrrhus. L'accord sur ce point du texte français avec le i)oète latin n'est qu'une simple coïncidence.

ne il n'est pas que aucunnesfoiz on y faille, mais y continuer la fait ou fille bouter. Devers luy retournerez et de rechief le requerrez ^ et lui direz, quelque chose qu'il vous ait ditte, que oncques ne le pensay ne envers luy faulte ne feray. Et tout ce qu'il requerra feray pour luy et de parfait cuer TacompUray *. »

Voient bien fourny ce message ^ ; comme femme bien emparlee et sage *. Pourquoy Raymonnet luy dist : (( Se Madame veult faire ce que vous diray, de tout vous croiray, son vouloir acompliray ^ et seray son amy bon, loyal et secret. — Ores le dittes », fait Voient, « je croy qu'elle le fera, selon mon entente. » Lors luy dist Raymonnet : « Je vueil premièrement qu'elle tue en la présence de Monseigneur son bon esprevier mué qu'il a tant chier. Secondement que de sa bouche luy esrache une bonne et grosse dent et qu'elle par vous la m'envoye. Et tiercement qu'elle luy

I . Caille : faille^ continuer : bouter, retournerez : requerrez. 3. « Lusca, tu sai chc per lo primo colpo non cade la quercia : per che a me parc che tu da capo ritorni a colui che in mio prcgiudicio nuovamcnte vuol divenir lealc, e, prendcndo tempo convenevole, gli mostra intcramcnte il mio ardore, e in tutto t'ingcgna di far chc la cosa abbia effetto. » (Boccace).

Ergo precor subcas et adhuc cum milite fare.

Quid facit in silice stilla rotata semcl P Omen inest lions ; hcc est felicior illa ;

Hoc illo melius tempore tcmpus abit.

Sit color in verbis, blando sit risus in ore ;

Sic sta, sic loquere, sic tua verba loca.

Omnia promitte: promissis multa parantur;

AUudc : lucris gratins omnis amans. (Mathieu).

La dernière ligne du texte français semble rappeler le promitte omnia du texte latin, mais ici encore il n'y a qu'une coïncidence fortuite. Le proverbe que Boccace a substitué à celui de Mathieu existait en français :

Vos savez bien qu'au prumicr cop

Ne cope l'en mie le chcsne {Rom. de la Rose, v. 3/ji/j-i5).

3. Les paroles de la chambrière au jeune homme sont données par Boccace et par Mathieu. Dans la nouvelle italienne» Lusca développe longuement et cyniquement le mot de Mathieu : Allude.

h. Message : sage.

5. « Dove tre cose che io domanderô voglia fare a chiarezza di me, i)er certo niuna cosa mi comanderà poi che io prestamente non faccia. » (Boccace).

arrache ung toupet de sa barbe que vous m'apporterez. Se ces troiz choses fait, je seray son amy parfait, sans desfiance, et en elle mettray cuer, corps et entente ^ » Il sembla a Yolent chose monlt difficile a faire et comme impossible *, et que jamais sa maistresse ne le feroit. Quant a sa maistresse le compta, elle se print à rire et luy dist que tout Tacomplira et plus encore, car en la présence de son mary le baisera ^. Pour tout

1. « Primieramente chc in prescnza di Nicoslrato clla uccida il suo buono sparvicre ; appresso ch'ella mi mandi una ciocchetta dclla barba di Nicostrato ; e ultimamcnte un dente di quegli di lui medesimo de* migliori. » (Boccace).

Dux amat accipitrem, nec quid sibi carius illa ;

Alludit celebris bac ave cura ducis.

Hanc volo quod périmât ; banc si non vindicet ille,

Ne credat levlter fallere posse virum ; Et si quinque pllos barbe de vellere vellat,

Quem trahit his precibus vinctius illa trahet. Insuper excutiat quem vult de dentibus unum :

Si facit bec, faciet digna favore favor. (Mathieu).

Boccace a remplacé les quinque pihs par « una ciocchetta », en français (( un toupet » ; le quem vult de dentibus par « un dente dei migliori », en français « une bonne et grosse dent ». Cf. meliorem dentem quem habet maritus dans un sermon de Jacques de Vitry (The Exempta of Jacques de Vitry by T. F. Cranc, CGXLVlil. Londres, 1890, in-8°).

2. « Queste cose parvono alla Lusca gravi. » (Boccace). Au contraire, la Lusca de Mathieu considère ces épreuves comme déjà réalisées, dès qu'elles sont formulées :

Jamquc habcbit, habet mea Lydia, jamque jocatur...

Mais Boccace ajoute : a c alla donna gravissime », tandis que dans la nouvelle française, la dame « se print a rire », et que dans le poème latin, en apprenant la réponse du jeune homme, elle recouvre la joie et la santé. On pourrait croire qu'ici le texte français a été directement inspiré parle texte latin ; ce serait une erreur : d'une part, Mathieu fait dire à la dame : « sit licethoc gravius», d'autre part « elle se print a rire » de la nouvelle française correspond à « en print a soubsrire », noté précédemment (p. 2i, n. G).

3. Boccace annonce de même ici le quatrième exploit ; dans le poème latin, il n'en sera question qu'après l'accomplissement des trois autres. La nouvelle française ne montre pas pourquoi Fleurie s'impose cette nouvelle tâche; Boccace est plus clair : Lidia veut prouver au jeune homme que son maître n'est pas l'homme avisé qu'il n'ose pas tromper : u perciocchè egli cosi savio repu ta va Nicostrato, disse che in presenza di lui con Pirro si sollazzerebbe, e a Nicostrato farebbe credere che ciô non fosse vero. » Dans le poème latin, le quatrième tour est plutôt une fanfaronnade de la dame ; après l'accomplissement des trois épreuves qu'il a exigées d'elle, Pyrrhus lui dit :

a4 CHAPITRE IV

acomplir, veez cy qu'elle fist. Ijng jour son seigneur faisoit ung grant disner, comme a la requeste d'elle ^ ou estoient quatre chevaliers, vin escuiers * et aultres notables gens, qui furent servis grandement. Quant elle ot esté a table tant que bon luy sembla, se leva come s'elle eust a faire aucunne chose nécessaire ; aussy avoit elle pour entretenir et acomplir sa promesse. Elle s'en ala abiller et parer et faire la plus jolie qu'elle peut, si la faisoit beau veoir, car elle estoit très belle et plaisant. Vint en la salle ou l'en disnoit et dist : (( Dieu gard la notable compaignie de tout mal et de villennie ^ 1 » Chascun voulentiers la rcgardoit ; ne savoient qu'elle vouloit faire. Elle vint ou l'csprevier de

Mira potes, fatcor ; sin^ila mira facis.

Dum dubitant alic, tu, Lydia, nulla vcrcris ; Tu quod nulla potcst, Lydia, sola ix>tcs.

Et Lydia lui répond :

Hoc sunt nulla quidem ; nihil est quod, Pyrrho, notasti.

Lydia que potcril, Pyrrhe, vidcbis adhuc ; Nam scio possc duccm potius per inania duci,

Ipsc licet vidcat, visa putarc nihil ; Quod si meVcneris tecum deprcndet in aciu,

Non oculis crcdct ; sic volo, sicque veto.

1. «A la requeste d'elle» est probablement une addition du prosateur. Cf. ci-dessous la note 3.

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