‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 19 sur 87 · A propos de ces chiffres, voir p. i8, note /i · texte numérisé non relu

A propos de ces chiffres, voir p. i8, note /i

3. Ce récit est ridicule ; une maîtresse de maison ne quitte pas ses hôtes au milieu du « disner » pour aller a s'abiller ». H est étranfsfe aussi que Fleurie, en rentrant dans la salle qu'elle vient de quitter, salue les convives comme si elle ne les avait pas encore vus. Mais cette salutation, qui est en vers (exacts si l'on change notable en noble), prouve que dans le poème la dame n'avait pas assisté au banquet offert par son mari. H en est de même dans la nouvelle de Boccace : « La quale (avendo ivi a pochi di Nicostrato dato un gran desinare, si come usava spesse volte di fare, a certi gcntili uomini, ed essendo già levate le ta vole), vcstita d'uno sciamito verde e ornata molto, euscita délia sua caméra, in quella sala venne dove costoro erano. » Dans le poème latin, il n'est pas fait mention d'un repas, mais on peut supposer qu'il a eu lieu et vient de se terminer :

Dum Decius ludit, dum tractât séria letus, Dumque strepit variis motibus aula ducis,

Dumque sonant cythare, populus dum carminis odas, Dumque melos mulcent consona fila lyre,

Egrediturthalamo, solemni veste su perba.

son seigneur estoit et le mist dessus son poing, puis elle commença a dire : u Esprevier, plus ne m'en ferez, vous le comperrez ^ » Elle contre terre le getta tellement qu'elle le tua 2. Son mary principalment de ce s'esmerveilla et très fort se courrouça et luy voulut courir sus. Elle ce apparcevant, pour soy excuser et son mary aucunnement apaisier, dist : « Messeigneurs qui cy estes assemblez, de ce que j'ay fait ne vous esmerveillez, et vous, Monseigneur, vous en appaisiez ; vous estes sages gens, prudens et discrez, a vostre jugement m'en soubzmetz. Se j'ay faitle folie sans cause, que j'en soye punie ^, ou si non que j'en aye solucion etguerdon. Vecy pourquoy l'esprevieray tué, non obstant que Monseigneur l'avoit monlt cher. Il esloit cause de m'oster tout ce que j'ayme et désire ; c'est la compaignie de Monseigneur, a qui Dieu croisse joye et honneur ; car au plus matin Monseigneur de nostre lit et d'emprès moy se levoit, au gibier s'en aloit et ou lit seule me laissoit, ou monlt m'ennuyoit. Et il me semble que quant plus n'avra d'esprevier, que plus longuement serons ensemble, que je désire sur toute rien, car il est mon soûlas et mon bien. C'est la raison pourquoy ce ay fait. Si supplie a Monseigneur qu'il en soit appaisié, et par vous, Messeigneurs, soit jugié, dit et sentencié se j'ay bien ou mal exploittié. A vostre dit je m'en rapporte et deusseje mort souffrir, car je vous sçay et tiengs, a mon cuîder, sages et prudens

1. Ferez : comperrez. La Lidia de Boccace tue Toiscau sans dire un mot ; celle de Mathieu, avant de le tuer, expose, en six vers, ses griefs contre lui. Il ne faudrait pas en conclure que le ix>ète français a connu le poème latin. Les paroles de la dame, chei Mathieu, ne sont pas adressées à l'oiseau ; du reste on les retrouvera, quelques li^es plus loin, après la mort de réjMîrvier, dans le texte italien et dans le texte français.

2. «Al muro il percosse e ucciselo » (Boccace); « accipitris collum detorquct » (Mathieu).

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