‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 27 sur 87 · I. £n, . c'est-à-dire « de son mary · texte numérisé non relu

I. £n, . c'est-à-dire « de son mary

4o CHAPITRE VI

délaisser. » Elle fîst tant qu'elle luy bailla xx pièces d'or, qu'elle emprunta d'ung sien parent, qui avoit grant désir que Symonnet se mist a bien faire et gaigner, car il estoit bon laboureur. Quant il tint ses xx pièces d'or, luy promist de bien faire la besongne ; mais aultremcnt Tentendoit, car avec Robinelle esperoit d'en despendre la greigneur partie, tant espris en estoit, car il creoit fermement qu'elle en luy son cuer et amour avoit ; comme font ces quoquars et musars qui tiennent et cuident que telles femmes paillardes les ayment pour ce que leurs amys les appellent et par devant leur font le beau beau, et en derrière le syzeau. ïelz badins se deçoyvent. car pour ce ne lez ayment mie telles femmes rusées, mais seulement leur argent ; car ce seroit fort que telles femmes lez amassent quant elles mesmes ne se ayment mie ne Dieu aussy. Et se elles se aymassent, leur honneur gardassent et leurs âmes.

Symonnet, pour faire le bon varlet, dist a sa femme qu'il vouloit aler a une foire et marchié, sou argent employer pour gaigner et proufiter, pour eulx nourrir et acquiter : u Que vous est il aviz qu'il est bon que j'achette? » Elle respondy : « A vous m'en attens. Vous devez estre le plus sage, si estes vous, mais que preniez garde a vous. Mais je vous prie que a tout le moins vous y achetliez demie denrée de sens. » Il luy acorda ; et puis a la foire s'en ala. Quant il fut a ce marchié, il n'y achetoit que pour Robinelte, comme affîquez et signez, et ce que amoyt* et que requis luy avoit. Quant ot achetté ce qu'il luy vint a son gré, pensa que a tout le moins luy convenoit acheter pour sa femme ce que requis luy avoit, c'est assavoir demie denrée de sens. Comment faire n'en savoit. S'en vint conseiller

Page 1