I. Robinettc est le sujet de amoyt
NOUVELLES FRANÇAISES DU XV*" SIÈCLE 4l
a ung nommé maistre Jean Longue Joe et luy déclara le cas. Lors luy demanda pourquoy requeroit cela et qui luy avoit conseillé. Il dist : « Ma femme. — Et pourquoy ? » Il luy compta tout son mauvaiz gouvernement, au regard de Robinette especialment. Pourquoy celuy maistre Jehan luy dit : « Vous n'achetterez point demie denrée de sens, mais je vous en aprendray denrée. Veez cy le cas : Quant de cy vous en irez, une meschant robe vestirez et irez sur le tart devers Robinete et luy direz qu'elle vous aide, comme tenue y est, pour lez despens qu'avez faits avec elle, et pour le plaisir et amour qu'elle a a vous ; et que vous avez tout perdu aux dez. Par ce savrez et apparcevrez quelle amour elle a a vous et comment elle vous recevra, aidera et conseillera. Se vous veez que bien vous face, par ce apparcevrez s'amour et sa grâce, et s'ellc fait le contraire, sachiez qu'elle ne vous ayme mie. Et tout veu, de la vous partirez, concluand que jamais femmes de telle condicion n'aymerez, ne aucun bien ne leur ferez; car elles sont en diffame et cause de destruction d'onneur, de chevance, de corps et d'ame. Et puis alez devers vostre femme, luy dittes comme tout avez despendu et perdu, si verrez quel acueil et quelle chiere elle vous fera . »
Quant il vint devers Robinette, et elle le vit ainsy mal vestu, en disant qu'il avoit tout perdu aux dez, elle luy ferma l'uys, en l'appellant malostru, et luy dist qu'elle n'avoit que faire de luy ne de sa compaignie, et que sa bourse estoit desgarnye, et qu'il alast devers sa femme, et qu'elle n'avoit cure de luy, et qu'il n'estoit que ung meschant et ung paillart.
Symonnet s'en party a tant, disant que bien estoit conseillé et qu'il avoit bien employé son voyage et qu'il avoit eu une bonne denrée de sens. Puis vint devers sa
femme et luy dist comment avoit fait a * Robînetle, laquelle 2 luy fist la meilleur chiere qu'elle peut. Lors, quant il vit sa bonté, luy promist que doresenavant il seroit de bon gouvernement, car une denrée de sens donnée on luy avoit ; luy compta tout ce que dit est au commencement. Bien creut qu'il avoit tout perdu ^i pourquoy d'ilec en avant il se gouverna grandement et sagement et délaissa tout vice et toute ordure.
Le sujet de ce conte est celui d'un fablcau de Jean le Galois, plusieurs fois imprime, en dernier lieu dans le Recueil général et complet des Fabliaux d'A. de Montaiglon et G. Raynaud, III, p. 88-103. Rien n'autorise à croire que l'auteur du texte que j'imprime ait connu ce poème.
D'autres variantes du même thème sont signalées par M. J. Dédier, Les Fabliaux, p. 407.
I. Luy dist comment avoit fait a, c*cst-à-dirc « lui tint le même discours qu'à ».