‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 51 sur 87 · I. Ms. mistrercnt · texte numérisé non relu

I. Ms. mistrercnt

go CHAPITRE XX

on se devoit. Une foîz François, qui estoit le plus jeune, demanda a Anthoine, son compaignon, quelle chose s'estoit courroux et comment courroucier on se pouoit *. Anthoine respondy que pechier fait de legier courroucier, car qui est pécheur il est ireux. Et aussy fait non sens ; et qui sage seroit jamais ne pecheroit ; et par ainsy pas ne se courrouceroit, car Dieu avec luy seroit, qui est toute liesse.

Et Jehan Le Meur raconta que Marie Magdelaine fut en ung désert plus de xx ans, et viande matérielle ne usoit aucunnement. Chascun jour estoit eslevee en l'air deux coûtées de hault 2.

Après Guillaume dit que Marie TEgiptienne fut XXX ans et plus en ung désert, que oncques ne menga que pour trois deniers de pain ^.

Puis Martin dist que Félix le reclus fut repeu seulement, l'espace de trois ans, d'une hostie sacrée, qu'il prenoit en célébrant.

Gilbert, ce entendant, en luy mesmes se pourpensa que tant feroit que ainsy ou plus sobrement vivroit, pour greigneur mérite avoir et aucunne renommée mondaine, alïin qu'on parlast de sa sainteté ; qui est orgueil et vanité. Si délaissa chascun jour une once de pain, et au derrain plus ne menga, dont il devint si foible que il dévia au v® jour; pourquoy son ame en voye de dampnacion estoit, se Nostre Seigneur Jhesucrist de grâce especiale ne l'eust secourue ; mais Dieu

I. Dans les Verba Seniorum, un ermite, qui n'a jamais eu de contestation, demande à son compagnon comment on peut en avoir une (Migne, Pair, lat., LXXIII. col. 777 D).

3. Ce miracle appartient à Marie l'Egyptienne et non à Marie Madeleine : Vidit eam elevatam quasi cubitum unum a terra et in aère pendentem orare (Vita Sanctœ Mariœ AUgyptiacœ meretriciSt dans Migne, Pair. Uxt., LXXIIÏ, col. 679 A).

3. Elle acheta trois pains pour trois deniers (nummos); elle mangea un demi-pain avant de franchir le Jourdain; le reste lui dura 17 ans; ensuite, pendant une trentaine d'années, elle se nourrit d'herbes (Jhid., col. 683 B, D, OSA D).

ne veult pas que le bien qui est fait ne soit rémunéré, si en fisl Dieu a sa voulenté.

Par cecy on doibt savoir qu'on doibt prendre abstinence par discrecion et bon conseil, et se garder de vanité et orgueil ; car ce sont ceulx * qui au bas mettent les grans abstineurs et ceulx qui cuident d'eulx mesmes estre bien faisans, sans en savoir a Dieu gré et sans en estre remercié. Car c'est celuy ^ qui tout bien fait, et par qui sommes soustenus, et nos nécessitez et affaires. Mais lez aultres si bien vesquirent qu'ilz en acquirent paradiz.

Tous les éléments de ce chapitre proviennent des anciennes légendes ascétiques ; la confusion de Marie Madeleine avec Marie l'Egyptienne laisse croire qu'ils ont été réunis de mémoire, peut-être par le compilateur môme du recueil.

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