‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 14 sur 61 · Raymonnet : joliet · texte numérisé non relu

Raymonnet : joliet

'1. Cette raison n'est pas formellement exprimée par Boccacc, ni par Mathieu, qui se contentent de ta laisser deviner.

.".- M-. sentrepeurent.

G. Mathieu n'ajoute aucun épilogue à son récit; Boccace termine ainsi le sien : ci C'>si il misero marito schernito con lei insicme ecol suo amante ne] palagio se ne tornô, nel quale poi moite voltc Pirro ili Lidia ed fila ili lui con più agio presero piacere e diletto. Dio ce ne dea a noi. »

-. Pour la denl arrachée, dans le conte des Trois dames qui Irouvirent l'anneau, voir .1. Bédier, Les Fabliaux, 228-29. (Paris, i8g3, in-S".)

8. Peur le poirier enchanté, on trouvera une bibliographie dans J. Bédier. Les Fabliaux, p. ?|20.

ç>. Publié par Edclesland du Méril, Poésies inédites du moyen âge (Paris

Decameron esl tiréedece poème. Cependant quelques savants estiment, contre toute vraisemblance, qu'au contraire la nouvelle de Boccace est la source du poème latin '. qui n'est connu que par un manuscrit du \iv siècle, sans nom d'auteur.

Le compilateur du manuscrit «lu Vatican n'a rien emprunté personnellement ni au poète latin, ni au conteur italien ; s<m texte représente, en effet, très évidemment un poème français perdu, dont il permet, en maints endroits, de retrouver facilement et à peu près sûrement des groupes de vers. De ce poème ont passé dans la prose de nombreux traits, qui prouvent qu'il existait entre lui et la nouvelle italienne des relations de parenté plus étroites que celles qu'ils doivent à Mathieu, leur premier ancêtre. Os rapports ne s'expliquent bien que par l'une des trois hypothèses suivantes: Ou le poème français et la nouvelle de Boccace oui une source commune, autre que la Comedia Lidie, mais procédant de celle-ci; mi le poème français s'interpose entre le poème latin cl la nouvelle de Boccace ; ou c'est au contraire le coule de Boccace qu'a imitéle poète français, .l'examinerai successivement chacune de ces trois hypothèses.

Si l'on suppose un intermédiaire entre le poème latin d'une part cl d'autre part le poème français et la nouvelle italienne, on doit admettre que cet intermédiaire possédait tous les traits qu'on retrouve à la fois dans deux au moins des trois rédactions latine, italienne, française. Les traits communs aux trois versions connues, ou seulement à la nouvelle française cl à la nouvelle italienne, à l'exclusion de la Comedia Lidie, sont très nombreux, et rien n'empêche qu'ils aient pu exister dans l'intermédiaire supposé ; des traits communs au poème latin et à la nouvelle française, à l'exclusion du conte de Boccace, n'existent pas ; quant à ceux qui réunissent la nouvelle italienne à la Comedia Lidie, à l'exclusion de la nouvelle française, on ne peut jamais affirmer qu'ils n'existaient pas dans le poème perdu, et (pie le prosateur ne les a pas supprimés. Mais ce point n'importe pas à la question posée, qui esl de savoir si ces traits ont pu se transmettre par intermédiaire. Pour aucun d'eux celte transmission n'es! impossible.

Pour que la seconde hypothèse soit plausible, il faut que tous les traits communs aux récils de Boccace et de Mathieu

i. C'est du moins l'opinion do M. Bédier sur ce « mauvais poème latin imité île Boccace » (Les Fabliaux, p. 'ni).

a 2 CHAPITRE IV

aient existé dans le poème français. Or celle condition ne semble pas avoir été remplie : plusieurs de ces traits manquent à la nouvelle en prose française : pour certains on

peul attribuer au prosateur leur suppression, niais | -

d'autres la même explication est peu vraisemblable. Dans le conte de Boccace, les ruses de Lidia se succèdent suivant le même ordre que dans le poème de Mathieu : l'épervier, la barbe. la dent, le poirier; celle succession gradue heureusement les difficultés. Dans la nouvelle française. L'épreuve de la dentest placée avant celle de la barbe, transposition à la fois facile el maladroite, qui ressemble aux démarcages dont le I misa leur est ce m hunier. On peut expliquer de même quelques autres divergences d'importance secondaire. Mais d'autres variantes, qui séparent le texte français du texte latin et du texte italien, smii imputables les unes vraisemblablement, 1rs autres nécessairement au poème perdu. J'en citerai deux mi huis.

Mathieu appelle le mari Decius, la femme Lidia, l'ami Pirrus, la confidente Lusca ; Boccace appelle le mari \icostrato, mais a gardé les trois autres noms, en italianisant celui de Pirrus en Pirro. Dans le manuscrit du Vatican le mari s'appelle Guido de Plaisance, sa femme Fleurie, la servante Yolent, le clerc Raymonnet. Quels étaient les noms de ces personnages dans le poème français? 11 est impossible de le dire ' ; mais il est au moins probable qu'ils n'étaient pas ceux du poème latin et qu'ils ne pouvaient pas permettre à I'm iccace de reproduire ceux-ci s'il n'avait pas ci m nu le texte de Mathieu.

Lorsqu'elle apprend le résultat négatif de la première démarche que sa confidente a faite près du jeune homme, Lidia s'évanouit dans le poème latin ; dans la nouvelle Malienne, i. desiderô di morire »; au contraire, dans le texte français e elle en print a soubsrire ». Il est très probable que celle modification remonte au poème ; elle n'est pas dans le genre de celles auxquelles le dérimeur a l'habitude' de se

i. Plusieurs particularités invitent à croire que le rédacteur sénonais a conservé les noms que les personnages principaux du présent conte

.m i dans le poème français : Guido de Plaisance c*t un nom italien,

qui situe l'acti :n Italie : il semble bien que ce nom et celte situation

aienl été suggérés à celui qui les a choisis par le fait qu'il traduisait un texte italien; dans ce cas ils appartiendraient au poème français, puisqu'il e^i certain que le prosateur n'a pas connu Boccace. D'autre pari Fleurie parait avoir rimé avec jolie, Yolent avec servant, ftaymomiel avec chevalet et avec joliet. Mais ce ne -e sont là que des conjectures.

NOUVELLES FRANÇAISES l>l XVe SIÈCLE 33

livrer ' : elle ré] d d'ailleurs à une représentai ion différente

fin caractère de la femme.

Lorsque le mari monte an poirier, l'amanl l'aide en feisanl au pied <le l'arbre ci le cheval fondu n ; lorsqu'il en descend il le retrouve à la même place, faisanl t< le chcvalel a. ' cl

amusant détail manque dans Boccace, coi ! dans Mathieu.

Le conteur italien avait trop d'espril puni- le supprimer s'il l'avait trouvé dans son modèle, et des rimes semblent prouver qu'il remonte au poème français.

La troisième hypothèse, qui place le poème perdu entre la nouvelle de Boccace et la nouvelle française, descendant de l'une, père de l'autre, est la plus simple el la plus vraisemblable; rien ne lui l'ail opposition, \ueun déiail du poème de Mathieu n'a passé dans le français qui ne se retrouve dans l'italien. Il esl donc légitime de s'en tenir à la filiation : r Poème de Mathieu ; 1° Nouvelle de Boccace : 3° Conte fiançais perdu, probablemenl en vers; V Rédaction du manuscrit du Vatican. Je suis d'accord sur ce poi ni avec M. Vossler, sauf peut-être en ce qui concerne la forme de l'intermédiaire français, de laquelle il ne parle pas.

i. Siin- compter que soubsrire semble avoir rime avec dira qui e>l resté ikuis l.i même phrase.

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