‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 16 sur 61 · Kleinere Schriften, II. p. 6i3-ig · texte numérisé non relu

Kleinere Schriften, II. p. 6i3-ig

M igné, Palrologic latine, LXX1II, col. 796. 3. Les dmlcs moralises de .Meule Bozon, publiés par L. Toulmin Smith et P. Meyer, n" 58, p. 81.

DE STMOKKET IMQIET, QUI ACHETA I'Ol II .1. DENIER DE SENS

Symonncl Piquel esloil uug homme 1res luxurieux et avoil aultre que sa femme, qui bien le savoit flater. et estoit nommée Robinette : beau semblant luy faisoil, des boquetz de Qeurs luy donnoit. et tout plaisir qu'elle pouoit, pour le tenir en s'amour et pour l'attraire a sa cordelle, et tellement l'emburelicoquoit que comme tout le sien y despendoit : pourquoy sa femme et enfans en grande nécessité laissoil. Laquelle le plus paciemment qu'elle pouoit l'enduroit, sanssoy en1 complaindre a l'église ne aultre part ; elle fort se complaignoit de Robinette, granl mal luy vouloil, car son mary ensorcelle avoit. Ung jour elle dist a son mary : « Et comment ! Mainercz vous tousjours cesle vie dampnable et paillarde, deshonneste a Dieu et au monde ? En la fin vous en repentirez etenvenrez a dampnacion. » Symonnet luy dist : « Que voulez vous que je face ? - Je vueil que mieulx vous gouverniez et a bien faire vous appliquez, selon Dieu et raison et vostre profession, qui est le sacrement de mariage, et a ce faire je vous aideray le mieulx que je pourray. » Lors luy dist son mary : « Faittes moy finance de xx pièces d'or, et je vous prometz que je me metlray a marchander, a gaigner et besonguer, et toute mauvaise vie

i. En, c'est-à-dire « de son mary ».

délaisser. » Elle iisl tau l qu'elle lin bailla w pièces d'or, qu'elle emprunta d'ung sien parent, qui avoil granl désir que Symonnet se mist a bien faire et gaigner, car il csloit bon laboureur. Quant il liul ses x\ pièces d'or, lin promist de bien faire la besongne : mais aultrement l'entendoit, car avec Robinette esperoit d'en despendre la greigneur partie, tant espris eu estoit. car il creoii fermement qu'elle en lu y sou cuer et amour avoil : comme font ces quoquars et musars qui tiennent el cuidenl que telles femmes paillardes les ayment pour ce que leurs amys les appellent el par devant leur font le beau beau, et en derrière le syzeau. Telz badins se deçoyvent, car pour ce ne lez ayment mie telles femmes rasées, mais seulement leur argent ; car ce seroit fort que telles femmes lez amassent quanl elles mesmes ne se ayment mie ne Dieu aussy. Et se elles se aymassent, leur honneur gardassent et leurs âmes.

Symonnet, pour faire le bon varlet, dis! a sa femme qu'il vouloil aler a une foire et marchié, son argent employer pour gaigner el proufiter, pour eulx nourrir et acquiter : v Que vous est il aviz qu'il est bon que j'achetteP » Elle respomly: « \ vous m'en attens. A ous devez estre le plus sage, si estes vous, mais que preniez garde a vous. Mais je vous prie que a tout le moins vous y achettiez demie denrée de sens. » Il lin acorda : et puis a la foire s'en ala. Quant il fut a ce marchié, il n'y achetoil que pour Robinette, comme affiquez cl signez, el ce que amoytf el que requis lin avoil. Quant ot achetté ce qu'il luy vinl a son gré, pensa que atout le moins luy eonvenoil acheter pour sa femme ce que requis luy avoil, c'esl assavoir demie denrée de sens. Comment faire n'en savoit. S'en vinl conseiller

i. Robinette est le ~",K't de amoyt

NOUVELLES FRA7JÇAISES DU \\' Sllcll |1

a ung nommé maistre Jean Longue Joe et luy déclara le cas. Lors luy demanda pourquoy requeroit cela el qui luy avoit conseillé. Il disl : « Ma femme. — EL I i(|iin\ ? » Il Un compta toul son mauvaiz gouvernement, au regard de Robinette especialment. Pourquoi celuy niaislre Jehan luy dit : •■ Vous n'achetterez poinl demie denrée de sens, mais je vous en aprendraj denrée \rt-y. e\ le cas : Quant de ey vous en irez, une meschanf robe vestirez el irez sur le tari devers Robinete et luy dire/qu'elle vous aide, comme tenue \ est, pour lez despens qu'avez faits avec elle, el pour le plaisir el amour qu'elle a avons: el que vous avez tout perdu aux dez. Par ce sa\ rez el apparcevrez quelle amour elle a a vous el comment elle vous recevra, aillera el conseillera. Se vous veez que bien vous face, par ce apparcevrez s'amouret sa grâce, ei s' elle l'ail le contraire, sachiez qu'elle ne vous ayme mie. El toul veu, de la vous partirez, concluand que jamais femmes de telle condicion n'aymerez, ne aucun bien ne leur ferez; car elles soûl en diffame et cause de destruction d'onneur, de chevance, de corps et d'ame. Et jmis alez devers vostre femme, luy dillcs comme tout avez despendu et perdu, si verrez quel acueil el quelle chiere elle vous fera, a

Quanl il vint devers Robinette, el elle le vil ainsy mal vestu, en disant qu'il avoit tout perdu aux dez, elle luy ferma l'uys. en l'appellant malostru, el luy dist qu'elle n'avoit que faire de luy ne de sa compaignie, el que sa bourse estoil desgarnye, et qu'il alast devers sa femme, et qu'elle n'avoit cure de luy. et qu'il n'estoit que ung meschant cl ung paillait.

Symonnel s'en party a tant, disant que bien estoil conseillé el qu'il avoit bien employé sou voyage et qu'il avoit eu une bonne denrée de sens. Puis vint devers sa

\l CHAPITRE VI

femme et Un tlist comment avoil fait a1 Robinette, laquelle- luy fist la meilleur chiere qu'elle peut. Lors, quant il vit sa bonté, luy promist que doresenavant il seroit de bon gouvernement, car une denrée de sens donnée on luy avoit: luy compta tout ec que dit est au commencement. Bien creut qu'il avoit tout perdu3: pourquoy d'ilec en avant il se gouverna grandement el sagement et délaissa tout vice et toute ordure.

Le sujet de ce conte est celui d'un fableau de Jean le Galois, plusieurs fois imprimé, en dernier lieu dans le Recueil général et complet des Fabliaux d'A. de Montaiglon et <;. Raynaud, III. p. 88-102. Rien n'autorise à croire que l'auteur du texte (pie j'imprime ait connu ce poème.

D'autres variantes du même thème sont signalées par M. J. Bédier, Les Fabliaux, p. V'7-

1. Luy tlist comment avoit fait <i. c'esl .'1 dire u lui tint le mémo *\\~cours qu'à »>.

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