‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 17 sur 61 · Laquelle se rapporte ;'i « *a femme · texte numérisé non relu

Laquelle se rapporte ;'i « *a femme

3. Creut qu'il avoit tout perdu, c'est-à-dire « reconnut qu'il avait avec Robinette perdu son argent et son temps el tout, i

CIIVPITRE VII

DE MIC.1IU t.T D AUGES 01 I DIST SON SEnilET A SV FEMME

Michault cstoit homme de courroussant manière, qui voulentiers et trop tost frappoit de ce qu'il tenoit. Ung jour en nue compaignie estoit ou de plusieurs choses on devisoit, entre lesquelz ' ung nommé Gaultier du Gay estoit, qui avoit ung filz nommé Robert du Gay, prestre. Après plusieurs paroles, eonlend y fut si grant que Michault d'Arges frappa Gaultier tellement que briefil dévia. Pourquoy Michault, doublant justice, du pays s'absenta. Et fut si longtemps hors du pays que le mesfait estoit comme tout oublié de justice et du parenté de Gaultier. Or avint que ung jour Michault se confessa audit messire Robert du Gay et luy dis! en confession qu'il avoit tué Gaultier du Gay, ignorant qu'il fut son filz : mais ledit messire Robert oneques ne s'en csmeut ne ne fist aucun semblant ne que s'il n'en eut aucunne chose sceue. et luy conseilla que devers le penancier du pape alast pour soy confesser, car pas n'avoit pouoir de l'assouldre. El cela le fait messire Robert ainsy comme a confession appartenoit.

Pour ce que le dit Michault n'estoit point absoulz, il s'en deffripoit et soussyoit très fort. Sa femme, nommée Mips, luy enquist qu'il avoit, mais pas ne luy

i. Lesquelz se rapporte, non pas à choses, mais au* personnes qui composent la *( compaignie ».

I | CHAPITRE \ Il

vouloit dire, pour ce qu'elle ne le revclast. Et elle de laul plus avoil vouloir de le savoir. Si forl le pressa el promist de le tenir secret que le voir luy en compta; dont il (isl que mal conseillé et advisé. Si advint que, quant elle le sceut, voulut son marj maistriser el tenir court el tellement suppediter qu'il ne le peut endurer. Et ung jour deux buffes luy donna : pourquoy aprement .se courrouça cl l'appella ' murdrier et qu'il avoil tué Gaultier le Gay. Quant Michaull d'Arges ce ouy, se destourna. Luj lui conseillé qu'il s'en alast par aucuns de ses pareils bien hastivement : car. par ce que sa femme dit avoil, la justice le savoit et avoit ordonné qu'il fui prins. Messire Roberl mesmement luy bailla -mi cheval pour soy en aler. disant (pie plus ne démoulas! : dont Michault l'en remercia. El de la se partv cl s'en ala hors du païs.

Aùnsy par le moyen de ses païens el de ce bon presîic se saulva. Pourquoj on peut considérer que c'esl mal ouvré (pie de dire a sa femme chose qui porte branle el dont peut devenir diffame ; car il n'en peut que mal venir; car femme, n'en doublez mie, ne peut celer (pie- ce qu'elle ne scel mie.

L'exemple du mari qui confesse à sa femme qu'il a commis nu meurtre cl qui bientôt, à la suite d'une querelle de ménage, esl dénoncé par elle, est undeceux qui illustrent le plus souvent le précepte qu'on ue doit pas confier son secret a sa femme3. Généralement le crime est une feinte, el la dénonciatrice en est pour sa courte honte. Dans le manuscrit du Vatican, ]<■ meurtre est réel, el la trahison de la femme a des conséquences graves pour l'imprudent mari. Celle modification, qu'on retrouve ailleurs, était trop facile pour qu'on

i. I.'- sujel a.- donna esl le mari, celui de courrouça el d'appella esl la femme

■ Que i -I omis dans le ms.

3. ( In trouvera nue longue énumération de ces exemples dans H koMer. Kleinere Sckriften, 11. p. ftoi-5, el quelques autres dans Van ll.-imel. Les Lamentations Je Matlicolus, 11. p. 17;!.

doive chercher une origine commune à toutes les versions où elle se rencontre. Dans celle que je publie elle a permis, el c'est peut-être là sa raison d'être, d'adjoindre au thème primitif, | ii h h lui servir de contraste, un autre thème, répandu dans la littérature religieuse, celui du prêtre qui confesse le meurtrier de son père. J'ignore si cel arrangement est de I auteur du manuscrit .

CIUPITRE Mil

TU HOY ALI'HONS, Ql I FUT THOMl'K PAR LE MALICE DE SA FEMME

Vlphons estoit ung noble roy, gracieux, courtoiz et sans mauvaiz malice, cuidanl que ainsy chascun fui. lui ce estoit deceu au regard de la royne sa femme, nommée Vlbine. car luxurieusement se gouvernoit. Ce bien apparcevoit ung bon chevalier nommé Gadifer de la Salle, el en estoit triste et dolent, pour l'amour du roy, mais bonnement n'en osoit l'aire semblant ne complainte apparent : si se pourpensa comment au ro\ le feroil savoir, sans que le roy ne aultre sceust que de luy venist, car il n'en vouloil avoir ne bon gré ne mauvaiz. \\ec le roy demouroit uni;- bel escuier nommé Ogier, que la royne monll amoit pins que nul aultre, car il la maintenoit. Elle L'appelloit Singe, pour ce qu'il csloil liés semilleux1. Quant il venoit devers elle, a ce que on ne s'en apparceust, venoit abillé comme damoiselle. Ce9 Gadifer n'osoit dire en appert, non obstanl que véritablement le savoit. Vint faire ung trou qui responnoil ou le roy couchoit, droittement au chevet. Le ro\ concilie'. Gadifer au droit de ce trou dist. d'une voi\ fainte, par troiz l'oiz : (i La royne esl avecques le singe. » La première foiz le roy, n'en tint compte ; luy sembloil que riens n'estoit. La seconde nuyl aussy. El la tierce nuyl proposoit

i. Cf. ci Ce sainl hermitc... n'estoit pas moins luxurieux que ung vieil cinge est malicieux. >>(/.;■$ Cent Nouvelles nouvelles, XIV). a Ce, cela, esl le reg une de dire.

NOUVELLES FRANÇAISES Dl X\ SIECLE f\~

qu'il savroit, s'il pouoit, que segnifioit celle voix et que ce pouoit estre. Ses clers assembla et leur demanda qu'ilz lui deissent que pouoil segnifier celle voix que par trois nuys avoit ouye. Il/, en firent leur devoir, mais ne luy sceurent exposer ne dire. Gadifer, quant de ce fut averty, dit au roy : « Sire, je sça\ une pucelle sage, bonneel belle, qui le vray vous en dira, car elle scet songes exposer et de celles voix les significacions declairer. » Et se nommoit Girarde. Le roy l'envoya i pierre.

lui l'alant quérir, messire Gadifer trouva ung escuier petitement de cheval monté, jeune, frisque et oultrecuidé, qui aloit pour fiancer celle pucelle Girarde. Gadifer lu \ eii([iiisl ou il aloit si joly. Disl : « Fiancer. — Voire ». dist Gadifer, « se j'estoie en vostre point, j'avroye eu ma compaignie qui mon chemin abregeroil. o Cest escuier. nommé Bernard de la Fontaine. print a soubzrire cl dire en son cucr : « Cestuy n'est pas sage et pour ce le tromperay. car devant m'en iray. a celle lin qu'il ne sache la rivière passer, car il ne savra le gué trouver. » Adnsy le fist Bernard. Quant Gadifer a la rivière arriva, ne la savoit comment passer, pas ne savoil le gué. mais a sa lance le lasla et passa oultre. Quanl i I'cust passée, tost trouva Bernai! qui regardoil comment la passerait. Quant fut près de luy. il enquist comment la rivière avoit passée : luy dil : « Far le pont. — C'est bien bourde », dist Bernard. « eu toute la rivière n'a ung seul pont. » Fuis dist a pai' soy : « Nous en avrons bon esbatement. n

Eulx arrivez, furenl receus joieusement. Gadifer disl ce qu'il venoil faire. Requisl le pere d'elle qu'elle ne fianças tjusques a ce qu'elle l'ut retournée devers le roy Mphons. Bernard ce sachant en fut desplaisant, disant que Gadifer n'estoit de croire, car pas n'es! sage : « En venant m'a dist chose impossible et menty. — Quoy »,

40 CIIAI'ITIiE VIII

disl le père Girarde, nommé Françoiz, seigneur des Griselles le Boscage, chevalier? — » 11 m'a dit que s'il estoil aussyjolj comme moy. qu'il aroit avecques luy, quant chevaucheroit, qui son chemin abregeroit. Commenl se peut l'aire, je vous prie qu'il luy soit demandé. » Si disl Françoiz : ci Bernard, vous mesmes aie/ luy demander, qui l'avez <>\ parler. » Il le f'eisl. Gadifer lu\ dist. ci A lez le demander a damoiselle Girarde, comment il se peut faire. » Elle, respondj elle, le peul ainsj entendre qu'il avroif bon cheval, li>~l el souef Lrolant el bien alant, et que acompaigné seroit de homme qui lu\ parleroit de joieuseté et qui aucunnesfoiz chanteroit, par quoj le chemin hrj ennuyeroil moins el par ce sembleroil abregié. Quant ( ladifer sceul qu'elle avoil respondu, la tint a sage. Puis fut demandé du pont. Elle respondy qu'il avoit laslé le gué a sa lance, par quoj il estoit seuremenl passé ainsj comme pardessus ung pont.

Après disner disl au père d'elle de par qui ri pour quoj il estoil la venu '. requérant qu'il envoyast ou menast deveis le ro> sa fille Girarde. Si lu\ menèrent. Quant le roy lui eus! ditte la cause pourquoi l'avoit envoyé quérir, c'estoil pour la voix, elle requisl qu'il la mist avec la royne par aucuns jouis. Il le lisl. Quant elle fui la. le gouverncmenl île la royne advisa, et qu'elle avoit ung jouvencel abillé comme nie' damoiselle, «pu avec elle couchoit. Quant rlle ce vyt, elle dil au roy : ce Sire, failles que la royne el toute sa compaignie viennenl devanl vous. » Quanl la furent, lez list dancer, boire el menger. Puis damoiselle Girarde requisl qu'il la lisl luytter contre damoiselle que l'en nommoil Singesse. Le m> le lisl. Girarde, pour miculx monstrer ce qu'elle avoil cnpensé, disl que bon

i. Le conteur semble oublier que Gadifer a déjà fail connaître l'objet de -.1 visite.

NOUVELLES FRANÇAISES Dl \\ SIÈCLE '|()

neinciil ne pouoit luytter a Imite sa longue robe, pour quo\ lui ordonné qu'elles se despoullassent. Elles despoullees, pour ce que trop chault avoient, requist qu'elles fussenl huiles nues. La singesse ne s'y vouloit acorder : toutesvoyes comme a force on la despoulla, et tut la tout veu et apperceu : dont la royne très fort se courrouça et troubla tant, qu'elle s'en ala. De ceste la singesse après alercuida, mai/, elle lui arrestee, visitée et tellemenl examinée que tout le fait confessa ; par quoj la royne cl le singe furent par nuyt secrettement noyez, et le io\ , pour la beauté et sens de Girarde, l'espousa : la quelle lui 1res parfaittement lionne, chaste, charitable, sobre el sage, laquelle si bien se gouverna que bonne renommée et l'amour du peuple en aequesta. El Gadifer en fut bien salarié, et tout son parenté.

( >n connaît plusieurs versions de ce thème ' ; celles dont se rapproche le plus le récit qu'on vientde lire sont un conte du vu siècle, du juif espagnol Joseph Sahara, cl une nouvelle delà fin du \i\ siècle, de Sercambi. Dans le coule juif, un roi rêve une nuit qu'un corps danse sur ses femmes. Effrayé, il présage qu'un autre roi lui prendra son trône et son harem. Un serviteur, à qui il a fail pari de ses craintes, lui dit qu'il connaît un sage qui pourra lui expliquer le songe ; et, avec la permission de smi maître, pari à la recherche de ce sage ; il le rencontre en voyage, et l'accompagne jusqu'à sa demeure ; chemin faisant le sage lui dit : « Porte moi, ou je le porterai. » Plus loin, à la vue d'un champ de blé : « Quelle belle paille ! si seulement le grain n'était pas déjà mangé ' o En passant au pied d'une forteresse : « Elle est bien forte à l'extérieur, si elle ne tombe pas en ruine à l'intérieur. » Le serviteur conclut de ces propos, auxquels il ne voit aucun sens, que le prétendu sage n'est en réalité qu'un fou. 11 les rapporte à la femme et à la fille de son hôte, et la jeune fille les lui explique : i° Celui qui conte des histoires à son compagnon de voyage lui fait oublier la longueur du chemin et les fatigues de la marche : il le porte; 3" A quoi sert à son propriétaire un beau champ de blé, si le pauvre homme en a

1. Voir H. Kôhler, Kleinere Schriften, II. p. 603 et suivantes.

déjà vendu la récolte, ou l'a donnée en gage d'un emprunt ? 3° Quels que soient les murs d'une forteresse, elle ne peut tenir si elle n'est pas approvisionnée en vivres. Le messager, frappé de la sagesse de la jeune tille, lui expose le songe du roi. Elle lui répond qu'elle ne l'expliquera qu'au roi luimême. Conduite au roi, elle lui dit que le corps qu'il a vu en songe danser sur ses femmes n'est autre qu'un jeune homme qui, sous un déguisement féminin, vit au milieu d'elles et couche avec elles. Le roi découvre ce jeune homme, le fait égorger en présence de ses femmes ; celles-ci sont aspergées de son sang, puis brûlées. Le roi épouse la jeune fille du sage, et jure de n'avoir jamais d'autre femme.

Dans la nouvelle de Sercambi, le roi Constant de Portugal a épousé Galicnne, fille du roi de Tunis. Celle-ci fait venir de son pays un beau jeune homme, qu'elle cache sous un déguisement féminin, parmi ses femmes de chambre, et en fait son amant. I ne nuit le roi songe qu'un énorme lézard entretient des relations avec la reine. Très effrayé par ce songe, il en tombe malade ; des ambassadeurs sont envoyés dans toute la chrétienté à la recherche d'un médecin qui puisse le guérir. Aux environs de Florence, ils font roule avec un chevalier de cette ville. Après un bout de chemin, ils lui disent : (i Montez sur notre cheval et nous monterons sur le vôtre. » l'ius loin, en arrivant devant un torrent grossi par la fonte des neiges, l'un des ambassadeurs lui dit encore : (i Si j'étais conte comme vous, je ferais un pont sur tout cours d'eau. » En arrivant à Florence, on rencontre un convoi de prêtres accompagnés d'un luminaire, le Florentin apprend aux ambassadeurs que c'est un trépassé qu'on porte en terre : « Est-il mort ou vivant ? » lui répondent-ils. Le Florentin, qui n'a pas compris ces propos, croit que les étrangers se moquent de lui, et s'en afflige. Rentré chez lui, il fait connaître à sa fille, âgée de i4 ans, la cause de son chagrin. Celle-ci supplie son père d'inviter à dîner poulie lendemain les ambassadeurs. Après le repas la jeune fille explique les propos énigmatiques des Portugais : r Prêter l'un à l'autre sa monture, c'est raconter des nouvelles, pour abréger le chemin; a0 Faire un pont sur les cours d'eau, c'est avoir des serviteurs qu'on enverrait en avant pour préparer la voie, et qui porteraient de bons fiascos de vin ; 3" Le corps qu'on portait en terre était vivant s'il avait fini ses jours en état de grâce, sinon il était mort. Admirant la sagesse de la jeune fille, les ambassadeurs consentent à lui faire connaître l'objet de leur mission. EHe leur promet de guérir le roi, s'ils s'engagent à garder le secret sur son sève.

et à lui faire obtenir la récompense qu'elle demandera. Conduite à la cour de Portugal, sous un déguisement de médecin, après de longs et compliqués préliminaires, elle réunit un jour dans la chambre du roi toutes les personnes habitant le palais, et leur ordonne de se dévêtir. La fausse chambrière ue peut plus dissimuler sou sexe. Sur-le-champ elle est brûlée avec la reine. Le roi se rétablit promptement. Mors la jeune lille se fait connaître et lui demande, en rétribution de ses services, de l'épouser, ce que le roi fait avec empressement.

(les analyses très succinctes suffisentà prouver que la nouvelle française ne doit rien à ces contes. Elle diffère beaucoup plus encore de deux autres versions mentionnées par H. Kohler, un conte indien, et un épisode du roman français de l'enchanteur Merlin.

Dans la nouvelle publiée ci-dessus, l'homme avec qui voyage l'envoyé du roi va épouser la jeune tille. C'est une altération du conte primitif, empruntée à celui des fiancés, et suggérée par l'existence dans les deux contes des propos énigmatiques ; elle parait imputable à l'auteur du recueil du Vatican, que j'ai déjà montré empruntant précisément l'un des propos au second conte pour en enrichir le premier '.

i. Voyez ci-dessus p. iC.

DE GUILLAUME DE TYGXOM 1I.I.E. PREVOST DE PARIS, Dl JUGEMENT .MU I I \ ET RAISONNABLE QU'IL FEIST POUR RIRE

Guillaume de Tignonville estoit prevosl de Paris; Facin, varlel ' cordoannier, demourant en la rue Saint Martin, a l'opposite de Jehan du Solier, rôtisseur. En yver, quanl Facin se desjunoit, au feu de Jehan du Solier se chaufoit, el a la fumée du rosi son pain mengoit : pour quoj Jehan luy dist : ci II convient que je so\e contenté par raison de vostre chauffer2 el de la fumée de mon rost, que humez et fleurez. » En riant et comme en moquant, Facin luy dil : < Jehan, contenté serez selon ee que raison donra 3. » Quant Facin ot ce respondu par plusieurs foiz, Jehan lui il i si : . Or sa ! serav je sattisfail sans plait ? » De celle demande Facin s'en ala riant et la teste hochant, par manière de moquerie; pour quoj Jehan le fist adjourner devant le prevosl Tygnonville, pour estre salarié de ce que dit est. De celle demande et deffense de Facin. le prevosl et aultres assistons prinrent a rire et dire : c< Vecy bon procès. > Si dist le prevosl : « Respondezen conscience a la demande de Jehan. Il n'\ convient point de plait : sa demandées! peremptoire. i I > i > t Facin : » Je la confesse estre vraye, mais autant 4 en emporte le vent el plus encore. > Lors le prevost dist a Facin : « Com-

i. On peut, devant varlet, sous entendre estoît.

• . Que j'ai satisfaction raisonnable du fait que vous œus chauffez.

S. Raisonnablement.

'i. Vutanl le fumée '■! de chaleur.

bien as tu d'argent? Va le quérir el le apporte en ung sachel assez longuet. » Facin \ - * 1 : 1 toul pensif, disant : « Je me merveille de cesi appointement ! lui paieroye je bien argent pour fumée el chaleur ? L'air en emporte le demourant. » Et Jehan du Solier. qui la estoit, esperoit, |niis qu'il aloit quérir son argent, que aucune chose en aroit. Facin venu, au juge son argent bailla, comme appointé avoit. Le juge le sac deslia, l'argent compta, puis ou sac leremistetau plus hault le relya1, lit lisi venir Jehan du Solier prezdeluy, puis ce sac forl locha, tellement que l'argent qui estoit ou sac lisl granl son : puis le prevost demanda a yceluy Jehan s'il a bien entendu ce son, lequel respond} qu'il l'avoil bien oy. Si distle prevosl par sentence el droit que, a cause de ce son. il estoil paie et sattisfait de la fumée de sou rost cl tic la chaleur de son feu. que Facin receue et humée avoit. Kl fui ce jugement moult approuvé, et3 au roy de France qui pour lors estoit cl aux seigneurs, qui en firent grande risée.

La plus récente bibliographie des différentes versions de ce ceconteesl celle qu'on trouvera dans un article de M. Pietro Toldo sur La Fumée du Rôti ri lu Divination tirs Songes (Revue des Études Rabelaisiennes, 1. p. i3-a3).

< in sait que Jean d'André (mort en i348), dans ses commentaires sur les Décrétâtes, a fait allusion à ce conte, en attribuant la sentence à un fou de Paris, el que beaucoup de canonistes ont reproduit cette allusion 3. Rabelais l'a développée (Pantagruel, 1. III, ch. 37), en citant comme sources

i. Au plus hault (>' relya, c'est-à-dire c< noua le cordon ii l'extrémité supérieure au sac » (alin que les pièces de monnaie y fussent moins serrées i.

>. Il manque peut-être ici dans le manuscrit un mot ('•! que rapporté.

3. « Quant glossatores ad hoc notant ferme omnes post Johannem Andrese historiam ». ilil Tiraqueau, en L'introduisant dans -<>n traité De Legibus connubialibus (éd. île i546, XI, 5). Le texte de Jean d'André, ainsi que ceux du Panonnitain et de Tiraqueau. ont été republiés dans la fteoue tlrt Etudes Rabelaisiennes, V, p. 187; celui de Johannes Xeoizanus l'avait été déjà dans la même revue. III. p. 3o3.

t)'| CHAPITBE IX

i .lu. André, sus un canon de certain rescrit papal, adressé au maire el bourgeois de la Rochelle, el après lui Panorme en ce inesme canon. Barbatia sur les Pandectes, et recenternent Jason en ses Conseil/., n L'historiette était donc connue au w siècle de tous les étudiants injure canonico.

Les noms que portent les personnages dans le manuscrit du Vatican leur ont été donnés par le rédacteur dece recueil. Guillaume de Tignonville, mort en i/ti4. fut prévôt de Paris de i4oi à i '108 ; il est l'auteur d'une traduction des Dicta Philosophorum qui eut du succès ; c'est peut-être ce double litre de prévôt et de philosophe qui l'a désigné pour le rôle déjuge au compilateur, qui s'est écarté de la tradition scolaire, en faisant rendre la sentence, non plus par un fou quelconque, mais par un sage magistrat.

J'ai déjà publié le te\te du manuscrit du Vatican dans la Revue îles Études Rabelaisiennes, I, p. 222-24.

CIlvIHTUE \

DL'KG I.IRIION F.T MlllUHIER NOMME THIBAl'LT LE ROUX ET COMMENT II. FIT PKINS ET ACCISE

Thibault Le Roux en plusieurs forestz repairoit, ou les gens murdrissoit et roboit : aultre mestier ne fatsoit. En une église qu'on dedyoit deux burettes et ung ealice d'argent y enibla, et aiusy comme on le poursuivoit se bouta en franchise et fut la prins, car sa larrecin en franchise faille avoit, si fut condampné estre trayné et pendu, estranglé et mort. Il requist confession ad ce que Dieu luy tist pardon ; luy fust dis! que. se bien vouloit faire, qu'il la feist en publique et que c'estoit le meilleur. Lors ainsy le fist et confessa avoir fait maints inaulx ; entre lesquelz il dist que es avans de Noël cstoit ou marchié de Paris, la vit Dariau, marchant de pourceaux, qui cent livres recevoit de marchandise, que vendue avoit, puis avisa quel chemin il tendroit. Tant le poursuyvy qu'il s'assembla avecques luy et luy demanda ou il vouloit estre et aler. Il dist. » A Nantes. — Et je vouldroie estre a Angiers », dist le larron, « si pouons ensemble aler. » Quant ilz furent a Saint Cler de (iommaiz, ensemble se logèrent, pri mirent une basse chambre aboutissant sur ung jardin qui respondoit aux champs, souperent et puis se couchèrent. Le marchant endormy, a force l'estraingny - tant qu'il fut tout mort, une fenestre ouvry

i. Ms. lestaingny.

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