‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 22 sur 61 · DE GALIACHE, HEIIMITE, QUI FIT KEI'IUS DE CE OL IL IU01T · texte numérisé non relu

DE GALIACHE, HEIIMITE, QUI FIT KEI'IUS DE CE OL IL IU01T

Galiache religieux estoit de l'abbaïe du Jars. Lors en csloit abbé damp Bernard de Guigonne. Galiacbc estoit monlt joyeux, a tous propos rioil et bien souvent sans cause, comme il sembloit, especialment quant il veoil gens mors, que l'en en chanloil ou que l'en en parloit : mais qu'ilz fussent chrestiens : dueil ne faisoil. se non pour la mort des paiens. Il prenoil en gré tout ce qu'on luy faisoit. L'abbé s'esmerveilla de sa manière et luy enquit pour quoy il rioil ainsy et se monstroit joieux ; considéré qu'il devoit estre comme mort au monde et que ce monde est ung val de misère plain de calamité et île tristesse. De prime face s'excusa de respondre. Si luy commanda l'abbé de lux dire la cause. sur peine de désobéissance. Comme bon religieux et obéissant dit : « Monseigneur, puis qu'il vous plaist que je vous die la cause de moi! ris et esjoyssement, s'il vous plaist, me respondrez a ce (pie vous diray, , car par ce vous respondray et la cause saviez. » Lors luy dit : « Monseigneur, se ainsy estoit que de présent l'en vous apportas! certaines et vraies nouvelles que fussiez esleu pape, en seriez vous pas bien joieux ? » L'abbé luy resrespondit : ci Si seroie ; plus aise ne joyeux ne pourroie estre, car j'avroie le pouoir de Dieu en terre, sur Ions aultres honnoré et prisié. » Ores dit le religieux a l'abbé : «Monseigneur, regardez quelle aage vous avez.

NOUVELLES FRANÇAISES ni XV° SIÈCLE 69

Prenons i. ans ; encore pouez vous vivre, selon cours naturel, \\\ ans, qui son! quatre vîngs ans ; cl oultre un" ans ce n'est que douleur et labeur '. Encore de ces w\ ans en convient rabatre dix. qui se passent en dormirs, maladies, ennuys et desplaisirs; car qui dorl est comme mort, \insy vous n'avriez a vivre bonnement que vingt ans, qui sont tos( passez a gens qui sont a leur aise, qui est peu de chose au regard de pardurableté. Si m'est aviz que j'ay grant cause de vivre joyeusemenl quant de vie pardurable me souvient, ou je ne puis aler cpie après la mort, mais que j'aye vescu comme bon catholique. Ores n'ay je aultre chose a faire ne soussy que de Dieu servir, qui est monlt legiere chose a hommes de bonne voulenlé. car, comme dit l'euvangille : Jugum meum levé, onus meum suave'2. De aise mondaine ne faiz compte au regard de chascun homme : elle est courte, faulce et vaine. » De celle responsc. ris et joieuseté. L'abbé fut bien content, et depuis selon Dieu en vesqui plus joieusement el dévotement, car le prophète dit : Letaminijusli in Domino et conjltemini memorie sanctificacionis ejus '■'. Puis dit l'abbé a frère Galiache qu'il avoit bon pensement el avis.

Des anachorètes, suivant l'Historia Lausiaca (lib. A lit, cap. lu), vivaient dans une joie constante, pour la même raison que le moine du Jars :

Licebat autem eos videre exsultantes in solitudine, adeo ut nullam ejusmodi aliam exultationem in terra videre liceat, nec Laetitiam corporalem. Neque enim eral inter eos aliquis moestus aut hislis ; sed si quis videbatur prae se ferre tristitiam. statim pater Apollo ex eo rogabat causam, et quae erant in occulto uniuscujusque cordis renuntiabat. Dicebat autem : » Non oportet esse tristes propter salulem, cum

i. Dses annorum in ipsis septuaginta anni. Si autem in potentatibus, octoginta anni, et amplius eorum labor el dolor (Psalra. L\\\l\, io). •j. Jugum enim meum suave est et onus meum levé (Matth., XI, 3o). 3. Ps;.lm. XCVI, 12.

futuri simus haeredes regni coelorum. Tristes autem, » inquit, ci erunt gentiles. flcbunt Judaei. lugebunt peccatores ; justi autem laetabuntur ; et qui terrena quidem animo agitant, laetantur in rébus terrenis ; nos autem qui tanta spe digni sumus habiti, quomodo non Iaetamur perpetuo, cum nobis Apostolus suadeat ut semper laetemur, et in omnibus gratias agamus ? o Cligne, Patroloqic latine, LXXIII, 11C1 C-D).

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