‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 23 sur 61 · DE ERARD DE VOYSINES, QUI ESPOUSÀ PHILOMENA · texte numérisé non relu

DE ERARD DE VOYSINES, QUI ESPOUSÀ PHILOMENA

Erard de Voisines estoit bel escuier; voulentiers aloït chassier et donnoit voulentiers de sa venoison, car il

estoit large et abandonné ; et estoit aagey de vingt six ans ou environ. Sinados de Voisines estoit son oncle. aagié de lxiiii ans ; et ne demouroient pas ensemble, mais souvent s'entre veoyent : près l'ung de l'autre demouroient et s'entre aymoient très fort. Sinados fort enhorta Errard son nepveu de soy marier, qui rcspondy qu'i l'en prioit qu'il luy trouvast femme et qu'il avoit grant désir d'avoir a femme et espousc damoiselle Philomena d'Alement, qui estoit très belle et en aage de marier : « et sçay bien qu'elle vouldra bien, s'il plaist a ses amis. » Pour la quelle chose Sinados en parla a sire Miles d'Alement. chevalier, père de la ditte Philomena, lequel luy en respondy courtoisement, puis devant culx la list venir. Quant Sinados la vit si très belle et plaisant, il fut si très espris et embrasé de son amour qu'il la demanda pour luy. Sire Miles le congnoissant sage, riche et puissant d'avoir et d'amis, sa fille luy ottroya. Quant elle le sceut. monlt luy en desplcut. Encore fut plus courroucié Errard quant il le sceut et qu'il en oyt parler, et en fut au désespérer. Et pensa a ce fait longuement, remède n'y pouoit trouver, si non qu'il s'avisa de luy rescripre unes lettres, comment il avoit du tout mis son cuer en elle et ne desi-

roit avoir aultre femme qu'elle. Quant elle eusl receu et leu lez lettres, elle fut troublée en son cuer, qu'elle ne savoil nulle contenance et disoit en souspirant : « Helas ! Errard, mon amy, celuy que du toul désire, se vous estes merry et troublé en cuer, âussy suis je plus a double, car je ne vous puis avoir a espoux el amy, ne vous moy : mais au fort je nie réconforte en Dieu et en la vierge Marie, qu'ilz pourvoyeronl a noslre fait et me donneront soulaz et aide : car se je ne vous ax a mary, je sea\ bien que de dueil mourray. » Et ainsy comme olleestoii en ee desconfort, elle s'endormy de dueil.

Miles et S\ nados. après l'aeord d'eulx deux, prindrent jour d'assembler leurs amys pour fiancer. Erard avoil ung très bon cheval qui aloit très bien les embles. Sinados son oncle emprunta ' se cheval de Erard son nepveu el l'envoya a sa fiancée, pour venir a Sens et ylec fiancer, a ce qu'ilz fussent plus d'amis cl de païens, el pour faire plus grant feste. Quant il/ furent aux champs, par le vouloir de Dieu, se leva ung liés grantet cruelorage ettempeste, etchascun pour se garantir el sauver commença a fouyr sa cl la. et ne sa \ oient ou eulx bouter. Et elle seule se trouva- en ung chemin el laissa aler son cheval ou il voulut, car elle ne le savoil maistriser. Le cheval toul droit la porta en l'ostel de son maistre Errard. Quant Errard la vist et il la tint, il fut munit joyeux : de son cheval la descendy, el l'acolla cl baisa moult doulcement cl la fiança el espousa incontinent, et couchèrent ensemble, et luy engendra ung bel enfant ; el puis dist Errard : u Or aviengne ce qu'il pourra, car j'ay ce que désir, c'est tout mon plaisir, o Et elle semblablemenl estoit très joyeuse, car elle avoit ce qu'elle desiroit. Philomena fut monll quise de Sinados et de ses

i . Ms. emprunt.

Elle <■ ule se trouva, c'est-à-dire ci elle so trouva seule ».

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gens, mais il n'en pouoit oyr nouvelles. Quant l'orage l'ut passé el que ses gens Curent retournez, et cpi'cllc estoil esgaree, Synados en eust grant desplaisir ; et quant il \ ist qu'il n'en pouoit aultre chose l'aire, il donna congié a ses gens, et s'en retourna chascun a son hostel. Sire Miles grant dueil en démena quant il seeul le fait.

Quant Errard ot esté avecques sa femme l'espace de xv jours el joy a sa voulenté, et clic de luy a son gré, devers messire Miles s'en ala et le trouva très courroucié, pour sa fille qu'il cuidoit avoir perdue. Il luy enquist comment il le faisoit cl pour quo} si merry estoit ; lors messire Miles lu\ ilisi que c'estoit pour sa tille, qui estoil adirée. Lois Errard luy dis! : « Monseigneur, apaise/, vous, je vous en prie, car par le plaisir de Dieu, elle est bien el en bon lieu. *> Et luy dist Erard tout le \ ra\ . Quant Sinados, qui estoit la présent, ce ou> . s'en esmerveilla grandement, puis dist : « Hee Dieu! que tu es droiturier ! Je me vouloye marier a mon plaisir et non pas selon ma droitture, car je suis trop ancien pour avoir eu si belle créature; si est raison que j'\ ayefailly, car je faisoie tort a Erard mon nepveu, qui requis m'en avoil pour luy. ■> En l'ostel d'Erard alerent a grant joye et approuvèrent et louèrent le mariage, et y fyrent belle festc : puis avec messire Miles demourerent et démenèrent joyeuse vie.

La plus ancienne version connue de ce conte est une fable de Phèdre (L. Hervieux, Les Fabulistes latins. Phèdre el ses anciens imitateurs, II. p. 70) : Deux jeunes gens prétendent à la main d'une jeune 011e ; la richesse de l'un est préférée à la race cl à la beauté de l'autre. Le jour des noces, le candidat évincé se rend dans une maison qu'il possède hors de la ville, pour y demander à Bacchus, en compagnie île quelques amis, l'oubli de son chagrin. Le riche fiancé, trouvant sa maison de la ville trop étroite pour y célébrer sis noces, avait décidé de recevoir sa jeune épouse dans une

villa située non loin de la maison de campagne du jeune homme pauvre. A la porte de cette maison était attaché un âne, (pie les amies de la fiancée prirent pour y faire monter celle-ci. In violent orage surprend le cortège nuptial, l'enveloppe d'une obscurité complète, et le disperse ; l'âne qui porte la mariée se réfugie chez son maître, et celui-ci consomme le mariage que son rival avait préparé. Les parents di' la jeune fille se mettent à sa recherche ; le fiancé se lamente ; la foule apprenant ce qui est arrivé trouve très juste l'intervention du ciel en cette affaire.

La même histoire se retrouve dans un charmant poème français du vin >ièele, que l'auteur. Iluon Le Roi, de Cambrai, a lui-même intitulé Lui du Vair Palefroi. Il est imprimé dans le Recueil îles Fabliaux d'A. de Montaiglon et G. Kaynaud. I. j). s'i el suivantes (i 34a vers). Guillaume, un jeune chevalier de Champagne, v riche de cœur, pauvre d'avoir », aime la fille d'un puissant seigneur du pays, dont le château est situé au milieu d'une vaste forêt. Très souvent le jeune homme, monté sur son palefroi vair, le plus beau de la région, vient par un sentier connu de lui seul à la clôture qui entoure la demeure du seigneur, et lorsque la jeune tille peut échapper à la jalouse surveillance de son père, elle échange avec son ami. à travers les minces ouvertures de la palissade et par dessus un large fossé, de tendres regards et de douces promesses. Guillaume se décide courageusement à demander au père la main de sa fille; mais il est éconduit parce qu'il n'est pas assez riche. lia un oncle âgé, veuf, sans enfant et riche, dont il héritera : c'est un vieil ami du père de la jeune fille. Sur le conseil de celle-ci, il prie son oncle de renouveler sa demande et de promettre de donner à son neveu trois cents livrées déterre. Le neveu s'engage à les lui restituer aus>itêit après la célébration du mariage. L'oncle accepte la proposition, se rend chez son ami, demande la main de la jeune fille, mais pour lui-même; et, comme il est très riche, le père la lui accorde. Le jour du mariage est fixé, à l'insu du jeune homme et au désespoir de la jeune fille. La bénédiction nuptiale sera donnée dans une ancienne chapelle, éloignée du château: pour y conduire le cortège, le seigneur fait emprunter tous les palefrois de la région. L'écuyer chargé de se les procurer s'adresse à Guillaume pour avoir le sien que montera la mariée, et c'est ainsi que celui-ci apprend la trahison de son oncle. Il prête néanmoins son palefroi, pour que son amie, en le voyant, pense à lui. Le cortège nuptial devait quitter le château au point du jour, pour se rendre à la chapelle, mais il se mit

en route vers minuit. Le veilleur, encore étourdi par 1rs vins bus la veille, axait pris la clartédc la lune pour les premières lueurs de l'aube. Le sentier est étroit, on ne peul chevaucher à deux île front ; le vieillard chargé de conduire la jeune fille s'est placé derrière elle; bientôt il s'endort, ainsi que la plupart des autres personnages du cortège. Dans une des parties les plus sombres du vallon, on croise le sentier par où le vair palefroi avait l'habitude de porter son maître à la palissade du château, il s'y engage naturellement : les cavaliers qui le précèdent ont quelque avance, les vieillards qui le suivent immédiatement dorment; la jeune fdle, qui préfère la mort à un mariage si contraire à son cœur, le laisse aller, sans d'ailleurs savoir où il la conduit. Le palefroi vient au château de son maître, qui fait aussitôt bénir son union par un chapelain. Les vieillards ne s'aperçoivent de la disparition de la jeune fdle qu'en arrivant à la chapelle. Ils n'ont pas à la chercher longtemps ; un écuver, envoyé par Guillaume, \icnt leur annoncer le mariage de son seigneur et les inviter aux fêtes. Le père accepte, bon gré mal gré. le fait accompli, et l'oncle s'en console du mieux qu'il peut.

Les deux contes français présentent des traits de ressemblance, dont le plus frappant est le lien de parenté qui de part et d'autre unit les deux prétendants, et le rôle de l'oncle, qui, dans les deux versions, s'est chargé de solliciter pour son neveu la main d'une jeune fdle et la demande pour lui-même. Mais ils offrent aussi des différences nombreuses, dont l'une rapproche singulièrement le conte en prose du texte latin. Dans le poème de Huon, c'est dans l'obscurité de la nuit et de la forêt, et grâce à l'assoupissement des vieillards que le vair palefroi peut s'écarter du cortège sans qu'on s'en aperçoive ' ; dans le récit du xv° siècle et dans la fable latine, un violent orage disperse le cortège, Veneris misericordia, dit l'auteur latin-, « par le vouloir de Dieu », dit le manuscrit français. Il serait cependant peu raisonnable de croire que le prosateur du xv° siècle ait utilisé simultanément le récit de Huon Le Roi et celui de Phèdre ; la compa-

1. On ne comprend guère pourquoi les palefrois qui le suivaient n'ont pas pris la même voie que lui.

a. Repente coelum. Veneris misericordia.

Ventis movetur. intonat mundi fragor, Xoctemque densis horridam nimbis parât; Lux rapitur oculis et simul vis grandinis EfTusa trepidos passim comités dissipât, Sibi quemque cogens peterc praesidium fuga. Asellus notum proximum tectum subit...

-h CHAPITRE \1\

raison de son texte axée celui du poème français ne laisse apercevoir aucune de ces traces de dérivation que L'on constate en si grand nombre lorsqu'on peut rapprocher quelqu'autre de ses récits avec sa source immédiate. 11 a eu pour modèle un récil aujourd'hui perdu.

La nouvelle du \\ siècle n'oppose jamais la situation de fortune du jeune homme à celle de son oncle : elle ne fait aucune allusion à sa pauvreté ; mais c'est là probablement une maladresse du narrateur : autremenl on ne comprend pas comment l'oncle, qui avail d'abord demandé la jeune fille pour son neveu, a pu l'obtenir pour lui-même.

La consolation du vieillard qui a perdu sa fiancée esl nue répétition de celle d'un autre vieillard qui se trouve dans la même situation à la fin de la .'> nouvelle.

M. Yossler a rapproché de celle nouvelle la 3i* des Cent Nouvelles nouvelles, dans laquelle un écuyer, voyanl un soir à la porte de sou seigneur une mulle sellée, la monte et est conduit par elle chez une belle dont il n'axait jamais pu connaître l'adresse. Je ne crois pas qu'il y ail entre les deux situations d'autre rapport qu'une simple coïncidence.

CIIUMTRE \Y

DE (AILLES DE L AISTRE, QUI El'ST REPENTANCE DE SON PECHIE

Cilles de 1' Ustre estoit homme apris de Symon l'Ancien, qui ainsy luy disoit que pour gaigner paradiz, il convient jusner et faire abstinence, avoir foy, charité, humilité et bonne pacience, estre bien repentante! se confesser souvent. C'est ce qui met l'omme principalement hors de péril et du danger de ce momie. I ng jour Cilles s'estoit aie esbatre pour se desennuyer. I ne nommée Alisonlc va rencontrer et luy demanda : ci Ou alcz vous, mon amy, ainsy seul ? Bien voulroye parler a vous en secret. » Et le requist de couchier et habiter avec elle charnelment eu granf instance, ou qu'elle luy feroit très grant honte cl villennie. Lors Cilles lu\ respondist : « Ma mie. ne me parlez plus, ne requérez de telle villennie, car j'ameroye mieulx mourir que a Dieu désobéir, a quij'ay voué et promis chasteté. » Elle le pria tant que par la tenlaeion de l'ennemy il s'acorda a son dit. Quant il eust commis le pechié et il pensa a luy, moult luy fut let et desplaisant, et comme tout deses peré s'en ala. disant qu'il avoit perdu la grâce de Dieu. Et en grant desplaisance disoit : « Ou iray je. ne que ferayje, mon doulx créateur ? Je suis en grant erreur, mais jem'alens a ta miséricorde; garde moy de deses perance cl me vueilles pardonner mon pechié. » \ins\ comme il se doulouroit, en aluni panm le boys, rencontra son beau père et maistre Symon l'Ancien, très

devol et sainle personne, qui luy demanda comment il le faisoit. Lors Gilles, comme tout desconforté, luy dist : » J'ay au cuer très grant dueil. plaise vous a moy confesser et prier Dieu pour moy. » Et se' confessa, en disant qu'il avoit geu avec une femme et l'avoit congneue charnelment. Symon, quant confessé l'eust, et sceut et apperceut la grant contricion qu'il avoit, le réconforta doucement. Et tant pria Nostre Seigneur qu'il luy pardonna le pechié, comme depuis fut sceu et apperceu. Car quant Gilles fut trespassé, il vint mercier Symon de sa salvacion, en luy disant qu'il amonnestast lez gens que l'ung priast Dieu pour l'autre, car c'est la principalle branche de charité et qui est très proufitable et a Dieu plaisant.

Los Vitae Patrum racontent (liv. III) que deux anachorètes étant allés à la ville pour y faire des provisions, l'un d'eux, en l'absence de l'autre, « cecidit in fornicationem » ; pris de désespoir, il ne voulait plus revenir dans sa cellule ; son compagnon, pour le réconforter, lui ht accroire que lui aussi avait commis le même péché. Tous deux revinrent à leur ermitage, se confessèrent et se soumirent à la pénitence qui leur fut imposée. Enfin Dieti révéla l'innocence de l'un et pardonna à l'autre (Migne, Patrologie latine. LXXIII, col. 744-45).

Ce cmi te m été mis en vers au xm" siècle, mais le poème est encore inédit -. Le trait essentiel, le dévouement du moine, qui. pour sauver son compagnon, s'accuse d'une faute qu'il n'a pas commise et se soumet à une pénitence qu'il n'a pas méritée, manque dans le récit que je publie. Cette altération est peut-être la cause d'un autre changement aussi très important. Dans les t ïes des Pères, soit en prose latine, soit en vers français, c'est du vivant de l'ermite coupable, pour récompenser la charité en même temps que révéler l'innocence de son compagnon, que Dieu fait savoir à leurs pères spirituels qu'il a pardonné.

Si l'on compare aux deux récits antérieurs celui du

i. Ms. ce.

■i. V i, de Fornication imitée, ilans la nomenclature de G. Pari» (Romania, Mil. p. i'jo i

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\\ ", on ne trouve rien (|iii prouve absolument que l'auteur de celui-ci se soi I directement inspiré de ceux-là. Mais il est certain qu'à l'époque où il composait son livre il axait sous la main les Vies des Pères en vers, auxquelles il a pris plusieurs autres contes. D'autre part il a déjà donné précédemment le conte tle l'ermite fornicateur, et les deux récits sont exaclemenl composés des mêmes éléments ; ils proviennent de la même source. En réunissant certains traits correspondants de l'un et de l'autre, on reconstitue des traits qui appartiennent au conte en vers. Dans le 11" 1 1 l'ermite coupable a s'endormy. En dormant survint a luy Ulixès sou compaignon » ; dans le 11" !.">, « en alant parmy le bois, rencontra son beau père el maistre Symon l'Ancien » ; dans le conte en xers. sou compagnon le trouve endormi dans un bois ; lien de semblable dans les Vitae Patrum. D'ailleurs dans les plaintes du désespéré, le n° iô ainsi que le n' 11 rappellent le conte en \crs : « Ores ai-je perdu l'amour de mon Dieu, plus ne sera y en ce lieu. Et ou irayje? Que devendray je ? Glorieux Dieu débonnaire, tu scez tout mon affaire ; si te suplx i[ue lu aies de moi pitié, et me vueilles reconforter et garder de desespoir. » (N° u). « Ou irayje ne «pie ferayje, mon doulx créateur ? Je suis engrant erreur, mais je m'atens a la miséricorde, garde moy de désespérance et me vueilles pardonner mon pechié. a (V i5).

Dieus. ou irai ? Deus, que ferai ?...

Dieus qui tout pues et qui tout ><'•<...

Mon ruer qui do toi se descorde

Ravoic i'l h- mot en tel point

Que de desespoir n'i ait point ,.(ms. B.N. fr. lo.'ifi)*.

Je crois qu'il n'y a pas à chercher, ni pour le n" [5, ni pour la lin du n" 11. d'autre source que le conte en vers de la Fornication imitée.

1. Certaines consonnances dans les récits en prose." qu'on pourrait prendre pour des rine-s. ne se retrouvent pas dans le conte en \ers, du moins dans le manuscrit que j'ai consulté: Dira: lieu, débonnaire: affaire (m); créateur : erreur (i.">).

DE IPARTIiATEE, QC1 HT MOYEN DE PAIX D ENTKE LES ISOMAINS li I l 1 A 11' U.BAME

Ipartratee fui d'une cité née nommée Ubine, et estoil voisine aux Romains. Quant les Romains eurent leur ville fermée el une partie de leur guerre eut juins lin. il/, se voulurenl marier et fyrenl demander femmes en plusieurs lieux, niais un ne leuren vouloit donner. pour cause qu'ilz esloienl toul temps sur les champs pour mener guerre. El disoienl les pères cl païens des filles : i Se nous leurs donnons nos filles en maria nous lez arons tantosl vefves, car lez Romains ne fonl que guerroier, et se font tuer par leur vaillance, » Pourquoy lez Rommains s'aviserenl de faire ung conseil entre eulx, ou quel il fui conclus qu'ilz aroient femmes a force ou par amour; et emplirent de l'estal el gouvernement des Ubins, qui faisoient Ions lez ans grans festes ef assemblées de gens hors de leur ville, ou estoient foules manières de femmes. Pourquoj les Rommains une foi/, se armèrent. Le jour que lez Albins faisoient une granl feste vindreni a force d'armes el prindrent toutes lez femmes : lez mariées renvoyèrent et relindrent toutes lez aultres, el les menèrent a Homme el espouserent. Les Albins furent courrouciés oultrageusement, disant (pie faulcemeni et traisteusement leur avoient emmenées et tollues

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leurs filles et parentes : si le/ desfioient. Les Rommains, pour les apaisier, leur escriprent doulcemenl el amoureusement, Les requerans de benivolence, et qu'ilz ne eussent point de mal talent ne de hayne vers eulx, car ce qu'ilz avoient fait tournoit a bon eflfect, et que de leurs filles n'avoient fait pas garses ne chamberieres, nies daines, leurs femmes et compaignes. De reste rescripeion lez Vlbins n'en estoient pas contens, le/. deffierenl de rechief, et. assemblèrent ung grant ost, pour aler sur lez Rommains. Mais lez Rommains, quant il/ sceurent leur entreprise, d'aultre pari s'assemblèrent en grant puissance et priment jour pour combatre. Ce sachant, dame Ypatratee, très sage dame, qui a Homme estoil avec ung vaillant homme qui estoif son gendre, assembla toutes lez femmes qui estoient d'Albanie et leur disl : « Mes bonnes damoiselles et amies, il convient que nous remédions a ce que lez Rommains el Vlbins ne se combattent, comme il/ ont entreprins. Vous n'v pouez que perdre et rien gaigner, car. quiconques obtiengne la bataille, vous perdez pères, frères, parens, mariz et amis. Car se lez Rommains voz maris sont victoriens, vous perdrez voz pères, frères, nepveux, oncles et cousins; et se lez Albins guaignent, vous perdrez voz maris ; cela est cler et évident. Si vous conseille, prie et requier que hastivement toutes ensemble preniez vos enfans ; alez entre lez deux osts en la bataille, ou lieu ou elle doibt estre. el premièrement parlez aux Albins. qui sont aggresseurs et desfians, et les requérez comme voz parens, amis et affins. que point ne se combattent, mais qu'ilz faeent paix avecques les Rommains, qui de par vous sont leurs prouchains. Car s'ilz ne le font et ilz ont victoire, ilz perdront leurs gendres, voz mariz, que moult amez. Après lez Rommains requerrez pareillement, car s'ilz se combatent. ilz perdront le plus pour

le moins. » Ce conseil crurent et y alerent, e! firent selon le conseil d'Ypatratee. Pourquoy les deux osts sans bataille se pacifièrent, et bons pareils et amys d'ilec en avant s'entretrouverent. et lez ungs avec les aultres par amour ensemble conversèrent.

J'ignore d'où !<• compilateur a tiré ce récit.

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