‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 35 sur 61 · Cette phrase représente les v · texte numérisé non relu

Cette phrase représente les v

II. Par ce conte vous voil mostrer Que nus ne se doit desperer

Por pechié que l'ai e, ainz doit querre

A sou cors penitance el guerre (v. 3g5-g8).

r>. Le 11 ° 35, Ivresse, delà liste de G. Paris (Rom., XIII, p. a4o).

G. Le poème a .'io'i vers.

DE MtCIIAUI.T DU POREAU, ISLKIER, QCI SE REPENTIST

Michault du Poireau avoit tout son pensemenf mis

a amasser richesses, car bien se apparcevoit que fol riche esloil par tout bienvenu, cl sage povre esloit appelle fol et de tous débouté '. Il gaigna monlt et met loit tout en espargnc : car ce n'est pas mendie sens de bien garder que d'espargner ; car pougaignerei trop despendre font a plusieurs leurs terres vendre2. Monlt riche devint cl cusl grant renommée, ou il se aloil glorifiant. À la fille d'ung chevalier se maria, la quelle estoif nommée Annclte, et estoit très dévoie et bonne envers Dieu, et prioit pour son mary souvent que Dieu la vousist mettre hors de ce pechié desplaisant d'usure. Pourquov luy envoya Dieu une congnoissance et avision qui le fist oster hors de son pechié. Une foiz s'aloit esbatreaux champs, fort pensif et melencolieux, et luy vint en mémoire de penser a sez péchiez, en luy souvenanl de la mort : puis regardoit le soleil qui estoit tant bel et cler luisant, recongnoissanl que eeluy est bien plaisant et bel a veoir qui l'avoit créé et fait : et que eu

i. Que foux riche» estoit amez

Et povres s;i^.s l'on» clamez (ms. H. N. fr. ij'iiV). 3. \'est pas mendre sens d'espargner

L'avoir qu'il est du gaengnicr ;

Petil gaaing el bien despendre

Font a pluseurs leur terre winliv [V<i<l.). Les deux premiers vers traduisent un hexamètre d'Ovide :

\ec minor est virtus quam quaererc parla tueri (Ars Am., 11. i5).

Iii'l CHAPITRE XXVI

péchant mal fuisoit ; si se print a repentir, et s*en ala confesser : puis après sa confession fist condigne pénitence et restitucion et du tout en bien se tourna, et par le consentement de sa femme se bouta en religion, ou il tina scz jours très honnestement.

Traduction très écourtée de la première partie d'un conte des Vies des Pères en -\ers, intitulé dans le manuscrit Bibl. Nat.. fr. iô/|(3, De l'Usurier t/ui se converti '. 11 est probable <[iic la seconde partie du conte en vers: la dure pénitence du pécheur, sa mort bizarre et horrible, le miracle des parfums que son corps exhale, ont choqué l'esprit positif du prosateur; on ne peut lui en faire un reproche, maison doit constater qu'en supprimant ces détails, il a ôté tonte signification à son récit.

i. Y 3o, Usurier, dans la nomenclature de G. Paris(fioro., XIII, p. =io).

DE GAUCHIER C11ANTEPH1ME, QUI DELAISSA SA MAUVAISE VIE PAR PENSER A LA MORT

Gaucher Ghanteprime estoit homme bien congnoissant, bien et mal appercevant. et neantmoins tousjours \ ivoiten mondanité, selon son plaisir et en vanité, et non obstant il savoii bien qu'il faisoit mal. Il avoit de coustuine de soy confesser quatre foiz en l'an a ung docteur en théologie nommé maistre Jehan Saulnier, qui bien l'entendoit et pource le reprenoit, et luy bailloil pénitence selon son délit...

Jehan Saulnier ne parvenant pas à remettre son pénitent dans la bonne voie l'adressa « a ung sien compaignon nommé maistre Girard de la Guillier, maistre en théologie el liés bon preudomme ». Le nouveau confesseur ne fut d'abord pas [dus heureux que le premier ; mais après avoir usé vainement de différents moyens • :

Si prînt maistre Girard une aultre manière de faire. et list ung escript contenant ce qu'il s'en suyt :

« Otu, Gaucher, saches que tu es chrestien et mortel ; tn n'en peus eschapper. Se lu meurs comme bon catholique, lu aras le mérite du royame des cieux. ou est tout le bien que l'en pourroit penser, dire ne ymaginer, et plus sans comparaison, a tousjours mais ; en toy est de l'acquester et de le perdre. El se tu meurs en pechié et comme catholique deslealet mauvais, lu yras a dampnacion, ou est toute misère et desolacion, tant

i. La pailie du texte ici résumée occuperait environ 70 vers.

loG CHAPITRE XXVII

de mal et d'affliction que cucr humain ne pourroit penser ne comprendre ; et si esl perpétuel. »

Cest escript api'ès La confession pour toutes pénitences luy charga qu'il le leust quant il vouldroit entrer en son lit. Gaucher de ceste pénitence fut bien content, car pas n'estoit grant : niais avant qu'il fut xv jours, par une nuyt qu'il ne pouoit dormir, prinl a cest escript penser, et tellement méditer et si merencolicr que depuis de tous poins délaissa a pechier, et servit Dieu dévotement tant qu'il vesqui.

Jean Saulnier, originaire du diocèse de Rouen, fut professeur de théologie à la Sorbonne ' ; il fut nommé chancelier de l'Université de Paris à la mort de Gerson, mais il mourut lui-même avant d'être entré dans ses nouvelles fonctions -'. cl lui enterré à Sainte-Geneviève, le 3o septembre i43o 3. 11 existe de lui dans te ms. Bibl. Nat. fr. 444, f- i-253, un <. Livre <lc lu maison de la conscience, ((impose par feu maistre Jehan Saulnier, docteur en théologie, a la requeste de très haulte et liés puissante (laine. Madame de Bavière, contesse de Mortain, tille du duc d'Alenczon. » Catherine d'Àlençon avait épousé en i'|ii Pierre de Navarre, comte de Mortain, et en i4i3, Louis le Barbu, duc de Bavière ; elle mourut en i '|(>! et fut enterrée, elle aussi, dans l'abbaye de Sainte-Geneviève. Je n'ai pas jugé utile de chercher dans le traité volumineux et inédit de la Maison de la conscience, « lieux communs de morale ascétique », dit Paulin Paris ', si l'anecdote ci-dessus rapportée s'\ trouve.

Jean Saulnier cul pour collègue, dans l'enseignement de la théologie, à la Sorbonne, depuis i4-<N, un autre Normand, nommé Gaufridus Coclearis (aussi Coclearii), qui professait encore en i45a5. C'esl probablement le même personnage que le i' compaignon nommé maistre Girard de la Cu illier, maistre en théologie ». La substitution de Girard à Geoffroi peut provenir d'une fausse interprétation de l'initiale ('<.

i. Chartularium Universitatis Parisiensis, l\. passim (Voir l'Index des nom- propres de ce volume).

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