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3, laid., p. 5oo.
'i. P.Paris, Les Manuscrits françois delà Bibliothèque du roi, l\. p. i'i.">. :.. Chartularium Universitatis Parisiensis, l\, passim (Voir à l'Index des noms propres). Il est une fois nomme Gaufridus Cuillier.
DES Jl'GKMEXS 1JI SAGE HOV SALOMON
Salmon fut ung liés sage roy. En son temps avint que deux femmes amoureuses ' demouroient ensemble, et avoient chascune ung enfant, comme d'ung aage : et couchoient toutes deux et leurs enfans en ung lit. L'une, nommée Edienne, en dormant, estouffa son
enfant
- Pour quoy Salomon dit : » Je dis par sentence cl a droit que l'enfant vif esta Aliare. et ordonne qu'il luy soit baillé comme sien, car Edienne n'y a rien. » Lors la fist examiner après, qui raconta toute la vérité du fait, pnrquoy fut punie comme de raison.
Ce récit n'ajoute rien, quêtes noms des deux courtisann.es, à celui de la Bible'1, duquel il a été directement tiré.
i. Le texte latin dit duœ mulieres meretrices.
•j. La partie du texte que je supprime occuperait environ 'io lignes. 3. Liber Regum, 111. ni, i'î-27.
CH.VPITKE \X1\
i»-: PiKiini; i> ibges et de sez deux filz
Pierre d'Arges avoit ung filz de mariage, nommé Perrenet, el ung aullre enfant, nommé Glimentin, qu'il nourrissoit comme pour Dieu. Tant de bien luy faisoit que chascun cuidoit qu'il i'ust son propre fdz. Pierre mourut, si ol grant contcmpt el débat entre ses deux enfans : chascun se disoit el maintenoit pour héritier, especialment Glimentin, qui nul droit n'\ avoit. Pour déterminer, furent amenez devant Salomon, qui bien entend} leur cas et debas comme chascun se J disoil filz de Pierre et par conséquent héritier. Pour sentencier, il fist le père déterrer, et mettre contre ung mur, en manière de butte. Et fist bailler a chascun des diz enfans ung arc et une flesche. Puis dist : « Celuy de vous deux qui traira le plus droit au cuer de celuy que dittes qu'il fut vostre père, et que ainsy le maintenez, je dy que celuy doibt eslre dit son filz et par ainsy son héritier, i) Clementin de cest appointement fut content, si lyra le plus droit qu'il peut au droit du cuer de Pierre, niais Perrenet dit que j a n'y tireroit, et deust il perdre la succession, non obstant l' appointement, et qu'il estoit mort : car son cuer ne le pourroit vouloir ne consentir. » Pourquoi Salmon dist, par sentence et a droit, que Pernet estoit son droit filz et l'autre non : si fut tel réputé Pernet, et fut son seul héritier.
i. s? manque dans le rus.
NOUVELLES FRANÇAISES DU XXe SIECLE H><|
Les versions de ce conte sont extrêmement nombreuses. A la bibliographie qu'on en trouvera dans II. Kôhler, Kleinere Schri/ten, II. p. 562-63, on peut ajouter une allusion dans les Lamentations de Matheolus (v. 2769-70), complétée dans la traduction de Jean Lefèvre, el une ballade hollandaise, De wettige zoon, de Tollens, citée par Van Hamel i Les Lamentations de Matheolus, II. p. 201-2).
La nouvelle française, en identifianl le juge avec Salomon, forme un groupe à part, dansla masse des versions connues, avec mu' nouvelle de Sercambi '. l'allusion de Matheolus, ri un poème français 2 en quatrains monorimes intitulé .'<'.'/<■ment de Salomon •' ; en ne donnant que deux prétendants à la succession disputée, elle es! encore avec le poème français el la nouvelle italienne, mais plus avec les Lamentations; enfin lorsqu'elle fail déterrer le mort, el lorsqu'elle arme de flèches les prétendants, qui doivent viser au cœur, elle reste avec le texte de Sercambi seul : dans le poème français, le morl n'esl pas encore en terre, lorsque le jugement est décidé, niais seulement en bière, et c'est d'une lance, à cheval, que lis deux fils doivent percer le corps de leur père, pour montrer (1 liquels est plus isnaus Et qui miens assaudroit ses anemis mortaus ». Rien n'indique cependant que l'auteur de la nouvelle française ail connu celle de Sercambi ; il \ a d'ailleurs entre les deux contes des divergences. Dans le texte italien, l'un des deux prétendants est un enfant adultérin, et les amours coupables de la mère sont complaisariiment racontées, ainsi que l'aveu de sa faute lorsqu'elle va mourir ; dans le récit français, le second prétendant a été jadis recueilli, pour l'amour de Dieu, par le mort, qui lui témoignait tant d'affection « que chascun cuidoit qu'il fusl sou propre lilx ». Dans le texte italien, le roi est David, à qui Salomon. son lils. demande la permission de vider le débat : dans le texte français, Salomon est roi.
1. H. Renier, Vovelle inédite di Giovanni Sercambi (Turin. 1889), a" 5o De justa sententia.
■-:. Il en est de même dans < an conte russe, quelque peu différent <■, suivant Van Hamel(foc. cit.).
l\. Publié par Méon, Fabliaux et contes. 11. p. I.'io.
DES NOTABLES QUE JEHAN DE CHIG1 DONNA A Si:Z
Jehan de Chigy ot xu fil/., et esloil moull riche. Il avoil de quoy bien lez gouverner et faire endottriner, tant par luy comme par anllre, car sage el prudent estoit. Quant vinl qu'il deust mourir, lez xu filz li>t devant luy venir, entre aultres choses leur dit : « Vecy \ii flèches ou saielles. en ceste trousse trésbien liées ; je vous prie et commande que point ne lez desliez et que ensemble lez laissiez : car tant qu'elles et vous serez ensemble ja n'arez souffrete. » Le sens des paroles pas bien n'entendirent : ne s'en savoient a qui conseiller, ne qui au vray en sceut déterminer ; pourquoy il/, alerent devers le roy Salomon et luy contèrent le cas ; le quel leur dist qu'ilz luy baillassent celle trousse de flèches. Quant il l'eut ', il dist au premier et ainsné enfant des \n : " Tieng, brise ceste trousse ainsy qu'elle est toute entière. » Il s'en mist en effort et ne le peut faire, Puis la bailla a tous lez aultres, qui y essaierent l'un cl l'autre, mais oneques faire ne le peurent. Lors Salomon la reprint, qui la deslia. et a ebascun d'eulx bailla une flèche, qui tantost la rompirent. Si leur dist : » Par ce pouez savoir el concevoir l'entencion de vostre père, et que celle trousse signifie. Nous avez veu et apperceu que, tant qu'elle a esté entière, nul de vous ne l'a peu rompre, et quant elle a
i. Vis. 1,-ur.
NOUVELLES FRANÇAISES Dl XV0 SIÈCLE III
esté divisée, chascun de vous l'a tosl brisée. Si sachiez, el L'imprimez en voscuers, que, tant que serez ensemble, nul deffault vous n'arez, mais quant vous sciez divisez, tantost en indigence et décadence venrez : car vous avez acoustumé d'estre bien et largement gouvernez tant que vous vivez ensemble et qu'estes tout ung, car \ous avez assez, el ne vous fault que une maison, ung serviteur el ung feu : et quant vous serez divisez, chascun de vous n'avra pas assez pour vivre comme avez acoustumé, si ne le pourrez endurer, parquoy vendrez a povreté : car. quant on est plusieurs, les diligens supportent lez negligens. » Hz ne tindrent pas cesl appointtement, significacion el adviz, mais se séparèrent et divisèrent. Et ne demoura gueres qu'ilz vindrent en grant nécessité. Si retournèrent devers le roy Salomon, qui Leur dit ce qu'avenu leur estoit comme devoil : car qui conseil ne croit ce n'est pas merveilles s'il ne l'oloit. Le roy eut pitié d'eulx, leur donna chevance, pour eulx remettre en chastel, et leur conseilla de vivre en communautté, considéré leur prochainneté, jusques a ce qu'ilz sceussent gaigner pour eulx vivre et gouverner. Et ains\ le firent, parquoy sans nécessité vesquirent.
Le conte qui esl ici rattaché à la légende des Jugements de Salomon est un apologue ésopique, dont 11. Régnier a réuni
de nombreuses variantes, à propos de la fable de La Fontaine Le Vieillard cl ses enfants '.
i. II. Régnier, Œuvres de J. de Lu Fontaine, 1. p. 333-3G {Les grands écrivains de In France).
HE LA iii.MAMii: svi.mon a MARCHUS
Salomon ung jour aloit a l'esbat, bien acompaigné de princes et auttres gens. Comme il yssoit de la ville, vist venir ung monlt grant philosophe, nommé Marclms. Si disl Salomon a ses princes : « Or entendez ce que diray a Marchus, que la voiez, cl qu'il me respondra, et puis vous en souviengne en temps el lieu. » Ilz respondirent que aussy fcroienl ilz. Si disl Salomon : « Dieu gard Marchus. Dittes nous en brief qui est la chose de ce monde que amez le plus!' » Marchus respond : ci Pain. » Plus ne parlèrent. Au boul de \1111 moys, le ion visl venir a l'encontre de luy Marchus. sans aultrc chose dire fors : ci Quel:' » Marchus respondy : a Bis ' » : puis se départirent. Quatre moys après, Salmon dist : ci Pour quoy, et qui vous meul ? — Il l'ail aler a chambre el bien nourrist. » Ces princes furentbien esmerveillez de Marchus, de sa retentive. comment sans penser pouoit si bien au propos respondre et proprement.
Marcoul (alias Marcou, Marcus, etc.) esl un personnage inséparable de Salomon dans la littérature du moven-âge.
i. Cf. dans un chapitre de Pantagruel (Livre V, ch- sxvii), intitulé ij'nunicnl Panurge interrogeant un frère Fredon n'eut response de luy qu'en monosyllabes : « Que mangent-elles ? — Pain. — Quel ' Bis. »
NOUVELLES FRANÇAISES ni \\" SIECLE II.)
Un poème, donl il existe diverses rédactions, esl exclusivemenl composé <lr proverbes, alternativemenl attribués à l'un des deux sages, Marcoul prenanl toujours 1<' con trépied de Salomon. Rabelais cite encore une de ces sentences à réplique: ii Qui ne s'adventure n'a cheval ny mule, ce dit Salomon. — Qui trop s'adventure perd cheval cl mule, respondil Malcon. » (Liv. I. ch. xxxm).
Le petil conte inséré dans le manuscrit du Vatican ne se retrouve pas ailleurs.