‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 37 sur 61 · DE GILLES DES NOYERS, QUI AMENDA SA ME · texte numérisé non relu

DE GILLES DES NOYERS, QUI AMENDA SA ME

(iili's des Noyers lubrique estoit, cl en pcchié vivoit continuelment, en especial en luxure, sans frain et mesure, el en plusieurs aultres péchiez. Ce non obstant plusieurs bonnes euvres faisoit, demi il n'avoit point de mérite envers Dieu : car Dieu n'ot point les pecliieurs s'il/, ne se convertissent et de leur mal yssent. Peu et a tari se confessoit, car point ne se repentoit : el si' pour lors se repentoit, tost y rencheoit. Il omosnoit et junoit, especialmcnt les junes commandées, chascun jour il oyoil messe par semblant assez dévotement, se/, heures el oroisons ildisoit, peu juroit : pour complaire voulentiers bourdoit, nouvelles rapportoit et souvent menloit ; très bonne contenance avoil et maintieng : et estoit bel de sa personne, bien complexionné et condicionné quant a nature et selon le monde, selon Dieu mal. Ung vaillant preudomme, ce sachant, nommé maistre Erard Chanteprime, par confession cl aultrement. en fui desplaisant. Pour le retraire de pechié et le mettre a bien faire luy dil : « Gilles, beau frère en Dieu, je vous prie (pie entendiez a ce que je diray, et que me respondiez. Vous estes semons a unes nopees et a ung disner ou il y a très grandement appareillé de bon boully cl rosfy, comme faisans, perdris, chappons, cochons, connins ctoysons, et aultres bonnes viandes assez. Quant lez voyez, vous dittes que bien serez disné. Quant tout est bien cuyt a vostre dit, on apporte ung plat d'argent

NOUVELLES FRANÇAISES DU XVe SIECLE IIO

tout plain de fiente d'omme, clere et très puant, puis on met ce rost dedens, après on le poudre, en lieu de sel, de charongne puante, grosses yraignes, crappaux et aultre venimeuse puasine ; quant ce verrez, je cuide que n'arez cure de telle viande, mais L'abhominerez et serez mal content de ceulx qui aront ce fait. Si sachiez que ainsy failles vous a Dieu, qui vous voit en tout lieu, car il vous a créé ung bel vaissel, soullé de pechié originel pour cause de vostre engendreure quant estes mis ou corps, et puis par baplesme estes nettoyé et fait pur et net. 11 vous donne sa grâce pour mettre eus et le servir de prières, junes, omosnes, estre virtueux et de tous biens plantureux. Et quant ce avez, ou pouez avoir se vous voulez pener, vous y mettez ordures et punaisies en créatures nettes et pures, comme tous péchiez et vices, parquoy Dieu est de vous très mal servy. Et pour ceste cause se départ de vous et vous oste sa grâce par vostre fait et vous laisse estre serf au deable et au monde, a pechié et iniquité. Et pource, se voulez bien faire et a Dieu plaire, ostez de vous tout péché et iniquité et vivez en vertu, prenez vostre cuer a aultruy. Comment aymeriez vous ung vostre serviteur qui le contraire feroit de ce qu'il vous plairoit, le rebours de vostre commandement feroitet très deshonnestement vous servirait ? Car sachiez qu'il n'est nul si grant venin que pechié, car il tue corps et ame a tousjours, qui n'y remédie. Et venin ne tue que le corps, qui gueres n'a a vivre, l'ame est tuée et soullee par pechié. aultrement non.

J'ignore quelle est la source immédiate de ce conte ; le sujet en est à peu près le même que celui du miracle D'un chevalier que Nostre Dame Jist servir de très bonnes viandes en très ords vaisseaux (ms. Bibl. Nat. fr. 'jio. f. i3). Le même miracle se retrouve, avec substitution d'un clerc au chevalier, clans le Chas teau périlleux, de frère Robert.

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de jimcn

En Judée avoit une ville nommée Bethurie : le roy Joram en estoil seigneur ; elle fut assogee des Philistins el aultres gens. En telle famine estoient en celle ville

que eaue par porcion s'cntrebailloient '

- Lesquelz, quant trouvèrent leur connes-

table mort, furent en grant desconfort et ne se sceurent mettre en arroy, niais s'en fuyrent3. Les Bethuriens lez poursuyrent et en occirent tics granl nombre'. Et Furent enrichis des biens de leurs ennemvs5.

Abrégé des chapitres vn-xv du Livre de Judith de la Bible, racontant lu meurtre" d'Holofernes.

i. Ad mensuram dabatur populis aqua quotidie (Judith, VIII. n).

2. La partir du texte que je supprime occuperait environ 55 lignes.

3. Cumque oninis exercitus decollatum Holofernem audisset, fugil mens et consilium ab cis, et solo tremore el metu ajritali, fugae praesidium sumiint (./«</.. XV, i).

.'i. Persequentes debilitabant omnes quos invenire potuisseni (Jnd.t XV, ',).

5. Ut... omnes divites fièrent de praedationibus eomm (Jud , XV, 8).

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