‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 38 sur 61 · DE DANIEL LE PROPHETE · texte numérisé non relu

DE DANIEL LE PROPHETE

Daniel estoit monlt bon et bel, bien ferme en créance et en l'amour et dilection de Dieu, qui tout a fait et créé, Jamez ne fut ydolatre, ne a faulse créance ne s'acorda, niais de tout son pouoir lez contredisoit, tellement que le roy Nabugodonosor reprenoit de ce faire. Et tant rpie ung dragon et une statue et ymage qu'il et le peuple adoroient par ses paroles fist destruire. Ee peuple ce voyant en ot gran t ire '

- Puis dist le roy: « Mechief ayeut tous

ceulx qui aourent aultre Dieu cpie le Dieu de Daniel ; car il n'est Dieu queceluy. Il est tout et peut tout3. »

Vprès les quelques lignes d'introduction que j'ai reproduites, le texte traduit tidèlement les versets 27-42 du chapitre xiv du Livre <lc Daniel.

1. Quod cum audissent Babylonii, indignati sunt veheraenter (Daniel, XIV, 37).

2. La partie du texte que je supprime occuperait environ 44 lignes.

3. Tune rex ait : Paveant omnes habitantes in universa terra Deum Danielis, quia ipse est salvator. faciens signa et mirabilia in terra (/><m . XIV, \i).

DES NOUYELLETEZ DU MO.NDE

L'en dit communément, selon le monde : De nouvel tout m'est bel. Pour quoy le monde, qui par dedens celé sa corrupcion et mauvaistié, et par dehors monstre ce qu'il a de belle apparence, a ce qu'il soit couvoittié, comme chaussons hoquettees ', robes boutonnées et chausses coulourees. Ces troiz choses bien entendues esperituelment sont empeschement de vie perpétuelle et de pardurable sauvement -.

Par chanssons hoquettees, qui yssent de la bouche, qui est instrument de parole, que Dieu a donné a homme et non aultre créature terrienne, entendons la lumière de raison, que Dieu a donné a homme pour congnoistre bien et mal : bien pour le faire, mal pour s'en retraire. Par hoquettemens, qui empeschent l'entendement des paroles, entendons lez mouvemens de la desordonnance de propre voulenté, qui empesche la manière de droitte raison, si lez doit l'en laisser3...

i. Ms. hoquettes.

■i. Voici ce paragraphe ilaii' K, avec les variantes de H. deux manuscrits dont je parlerai plus loin : L'en dit communément selonc le monde : De (B que de) nouvel tout est bel. et pour ce le monde, qui celé pardedanz sa corruption et sa mauvestié, et monstre par dehors ce que il a de bêle aparance, pour ce que il soil couvoitié et aîné, a moustré puis un pou de temps m nouveletez {B omet les onze derniers mois). c*est assavoir chançons boquetees. robes boutonnées et chauces coulourees. Et ces m choses entendues esperituement sont empeschement de vie esperituele et de pardurable sauvement (liibl. nat. fr. ii3G. f. 78).

3. Ce paragraphe a été enlevé dans A. en même temps qu'une miniature qui se trouvait au côté opposé du feuillet ; voici le texte de B : Les chançons hoquetees. Et entendez que par les chançons qui yssent de la

NOUVELLES FRANÇAISES Ol XV" SIECLE II9

J Par les herbes medecinables que vous

diz, devez entendre médecine de pénitence, par quoyay espérance de la guérir, a ce que puisse la mort pardurable eschever, et la grâce de son père desservir et pourchassier. Après ou je aloie? Je respondy : Ou vous alcz. C'est voir, car tous geueralment et continuelment alons a la mort, qui est la fin et le terme par ou yssent et trespassent tous ceulx et celles qui en ce monde entrent et vivent. Naturclmcnt tous convient mourir-1.

Ce chapitre se retrouve clans les manuscrits Bibl. \a(. fr. n36, f. i3a | V) et Bibl. Nat. fr. 957, f. 1 (B). La comparaison des trois leçons prouve que celle du 111s. du Vatican, que j'appellerai \- dans les lignes qui suivent, ne procède pas directement de A. \u début, les mots <i et amé, a moustré puis un pou de temps ni nouveletez » de A manquent dans B et V ; cette omission est une faute; non seulement elle altère le sens, mais elle tronque une phrase qui reste inachevée. 11 est peu vraisemblable qu'elle ait été commise indépendamment par deux auteurs. B et V omettent de même l'histoire du maître qui annonce sa dam-

li iucIio, qui est l'instrument de la parole (ms. de la bouche parole), que Dieu a. donnée a homme et non pas a aucune autre créature terrienne. nous entendons la lumière de raison, que Dieu a donnée a homme pour cognoistre bien et mal : le bien pour le faire et le mal pour soy en retraire; et par le hoquetement de chaut, qui empesche l'entendement des paroles, nous entendons les mouvemens et la desordonnance de propre voulenté, qui empesche la manière de droite raison, aussi comme la toile qui vient sur l'ueil, qui empesche la veue. Or laissiez donc, beau filz, le- hoquetemens, c'est a dire les desordonnez esmouvemens de nostre propre voulenté (Bibl. nat. fr. r| ~i 7 , f. 1 ).

i. La partie du texte (pie je supprime occuperait environ 55 lignes.

1. Teste de A, avec les variantes de B : Par les erbes medicinables que je vous dis que je queroie pour faire médecine a la guarir, vous devez entendre la médecine de penitance, par quov j'é espérance de la guarir, a ce que je puisse la mort pardurable eschiver et sa grâce deservir et pourchacier. Et ce otroit a moy et a touz autres le (B Et ce me ottroit le) père el le filz elle saint esperit. Amen. Et ainsi le riche homme, par I s paroles dou povre home fu converti ans bobens et aus délices dou (B de ce) monde lessier et fouir (B omet et fouir), et ans euvresde vertu et (B omet de \ertu et) de penitance faire et maintenir (B omet et maintenir); et garda s'ame netement, et acheva sa vie saintement (B omet ces cinq mois). Par quoi il deservi la joie de paradis pardurablemenl (B omet pardurablcmcnt). Que nous otroit I'- beneoit filz Dieu (B Q. n. o. Diex Jhesu Crist) par sa très douce pitié 1 B p. et miséricorde). Amen.

Ici tfachieve le trettié des Nouveletez dou monde. (B n'a pas cet explicit).

nation à ses trois disciples. Or 15 ne dérive pas de V, puisqu'il a de nombreuses leçons de A que V n'a pas gardées :

V H loiil est bel et pour ce, Y /. m'est b. pour quoy ; A 15 qui celé par dedens, V </. p. <l. c., A B et monstre pur dehors,

Y ('. ]i. d. m., etc. V pourrait provenir de B ; mais comme il reproduit d'autres chapitres qui appartiennent à \ et ne se retrouvent pas dans 15. il faudrait supposer que l'auteur de V. tout en puisant à discrétion dans un manuscrit qui contenait les \ourelletés. lui allé chercher ailleurs ce morceau. Une explication plus simple rend parfaitement compte des rapports de A, 15 et V ; il suffit de supposer un ms. Y', copie de A, qui sérail responsable des fautes communesà 15 cl à \ , el à qui 15 devrait les Xouvelletés, et Y non seulemenl les

\7ouvelletés, mais aussi tous les chapitres qu'il a en commun avec Y

La première partie des Xouvelletés est intéressante, à cause des muts hoquetements el chansons hoquetees, et c'esl pourquoi je l'ai imprimée. Godefroj ne donne qu'un seul exemple de ces expressions, avec le s<tis qu'elles mil ici. et la source en es! si vaguement indiquée qu'elle serait difficile à retrouver: Mélanges <iér<>ls. Michel. 957. Le ms. Bibl. \al. IV. ().">■; n'a pas moins de 1/10 feuillets, et des quatorze traités qu'il contient, aucun ne porte le litre de Mélanges dévots, qui ne peut s'appliquer qu'à l'ensemble du volume. En réalité, c'esl dans la version 1! îles Nouvelletês que le lexicographe a recueilli ces deux expressions '.

Dans le paragraphe relatif aux robes boutonnées, A et B font allusion à une légende bien connue: « Et2 vous sou- ^ iegne dou jugement d'un {B du i maisl re qui fu a Paris, qui mont fu dampné horriblement pour la (B sa) vaine gloire que il avoit eue (B eu)... » L'auteur de V, suivant son habitude, donne un nom à ce maître : u et souvenir du grant et dernier jugement qui fut d'ung granl clerc de Paris, nommé Mathieu de Lorris, qui fut dampné pour sa vainc gloire qu'il avoit eue... »

Vprès le paragraphe des robes boutonnées. A raconte la légende tout au long : Trois clercs priaient près du corps de leur maître mort ; après la première mâtine, le morl se dressa et dit : Justus est qui me judicavit ; après la seconde, il dit : Justus est qui me judicavit et condampnavit ; après la troisième: Justus est <pii me judicavit et condampnavit et fortoribus tradidit. Les trois clercs abandonnent le monde et

i. Bien qu'il ait imprimé hoctement, au lieu de hoquetement du ms ■j. Je donne le texte d'A avec les variantes de li.

se retirent dans les montagnes de la Bourgogne. « El par ces m sains hommes et par ceus qui prindrent exemple en eus et vesquirent et conversèrent aussi comme pus fu commenciee l'ordre de Chartreuse, selonc ce quejeoy raconter devant madame la contesse de Saint Pol ' a un des greigneurs hommes el des (dus anciens de celé ordre de Chartreuse. » C'est la légende, si souvent reproduite dans la littérature édifiante el dans l'yconographie, de la conversion de saint Bruno.

Ce récit manque dans 15 et V.

Dans le commentaire des « chausses coulourees a est exposée la parabole du pauvre pénitent qui « queroit herbes ameres pour medecineret garir la fille du roy nommé Tout Puissant.') A l'homme riche que le pénitent rencontre et i|iii lui demande ce qu'il cherche, l'auteur de V a donné- le nom de Michaull de Lalier.

Les relations de parenté que la comparaison des versions \. I!. V a permis de déterminer entre le recueil sénonais el le manuscrit Bibl. Nat. fr. i i3G sont évidemment les menus qu*il faut admettre pour ceux des chapitres suivants dont je signalerai l'existence clans ce manuscrit, mais dont aucun ne se trouvera dans le manuscrit Bibl. Nat. fr. 957 : entre l'ancêtre B. \. u36, du xi\ siècle, et le descendant du xv" siècle, qu'est le manuscrit du Vatican, on doit supposeï au moins un intermédiaire.

t. L'un des chapitres ilu même ms. est intitulé : Petit Treslié de Noslre Daim-, que m'aprist Monseigneur de Sain! Pol, que Diex absoille.

Page 1