BONS NOTABLES
On doibt amer Dieu de tout son cuer cl pouoir, sans ee nul ne se peut saulver ne riens valoir, quia inicium sapiencie timor Domini. Qu'on se garde de tout ee que l'en cuidera qui luy doye desplaire ; de son pouoir especialment que L'en ait ceste voulenté que l"en ne ferait pechié mortel pour chose che puis! avenir: et que avant on se laisserait tous lez membres trenchier, martirer et crueuseuienl mourir
' xxnc. Mettez grande entente ace que lez
despens de vostre hostel soient raisonnables eta mesure, et que les deniers que despendrez soient en bons usages despendus, sagement el raisonnablement. Et qu'ilz soient prins droittementet loyalment. C'est a dire que vous gardiez de foies mises et de mauvaises prinses, comme sont aides.
( les u bons notables » ne sont autres que les Enseignements ite Suint Louis à sonjils, suivant la leçon contenue dans le manuscrit Bibl. Vit. IV. n36. Mais le compilateur a fait subir au texte des modifications de différentes natures. Pour donner une portée plus générale à ses conseils, il a supprimé les paroles dans lesquelles on reconnaissait le discours d'un prie à Sun lits. Il a dune niiiis le préambule, les mois « chier fils » placés en tète de chaque article, ainsi que les dernières phrases dans lesquelles saint Louis recommande à son lils de faire prier pour lui après sa mort, el lui donne sa béné-
i. La partie du texte que j'oracls occuperait environ i3ô lignes.
NOUVELLES FRANÇAISES DU XVe SIÈCLE [23
diction. Il a de même retranché, non sans quelques oublis,
ce qui dans ces enseignements s'adresse spécialement à un futur roi. Les autres altérations du texte se réduisent à des changements de formules, au remplacement d'une expression par un synonyme, à l'introduction de deux citations latines.
CHUUTRE XXXVII
l'NG NOTABLE ENSEIGNEMENT
Chierfilz en Dieu, qui avez noblesse de lignage, fuittes qu'ayez noblesse de cuer et de courage. Noblesse de lignage vient de parens, sans travail, mais noblesse de cuer et de courage vient de la grâce de Dieu, avecques travail. Nul ne l'a s'il ne traveillc de cuer et de corps. Geste noblesse de cuer el de courage est \ raye noblesse, qui rend homme beneuré par grâce présentement el gloire pardurablement. Homme en son commencement fut fait de terre, cl sou nourrissement est de terre, el retournera en terre en son corporel deffinement. Si esl l'omme beneuré dont sa terre est noble, c'est la raison, qui doibt avoir du corps et du cuer le gouvernement
' Et doibt avoir confesseur qui ait pouoir
et auttorité de l'assouldre, science et discrecion pour quo\ il le sache conseiller, adviseret enseigner.
Outre la noblesse « de cuer et de courage », cet enseigneiiiiiiI recommande l'humilité, la dévotion et la confession. L'original existe dans le ms. Bibl. Nat. fr. ti36, f.86ro; en voici le passage correspondant au début que j'ai donné d'après le manuscrit du Vatican:
C'est ici une lettre et uns peliz enseignement que un povre home de religion envoya a un noble jeune homme <jui avoit esté en sa doctrine.
Mon très chier enfant et très amé en Nostre Seigneur.
i. La partie du texte que je supprime occuperait environ Co lignes.
NOUVELLES FRANÇAISES m \\ SIECLE 120
souveigne vous de ce que je vous ai dit aucune foiz ; c'est assavoir que toul aussi comme vous aviez aoblece de Lignage, (|nr\mis eussiez aussi aoblece de cuer <•! <lr courage. Et entendez que la aoblece il«' lignage vient a homme et a femme de ses parens et sanz son traveil. Mais la noblece1 de cuer cl de courage vient a homme el a femme de la grâce Dieu o son grant traveil. Ne nul ne l'a se il ne traveille de cuer et de cors pour la aquerre. Kl ceste aoblece de cuer cl décourage est la vraie aoblece qui rent homme beneuré, cl par grâce présentement, ci par gloire pardurablement. Et de ce puet estre entendue ecle parole que dit le saige en Ecclesiaste : Beala terra, inquit, cajus rex nobilis est -. C'est adiré: La terre est beneuree dont nobles est li roys par qui elle est gouvernée. Et entendez ici. Vous savez que homme fu fait de terre en son commencement, et a de terre son nourrissement, et retourne a terre en son corporel definenient ; el pour ce l'Escripture l'appelle Terre, secundum illint Jeremie : Terra, terra, terra, am/i sermonem Domini3. Or veut dont dire le saige que la terré, c'est assavoir homme et femme, est beneuree dont le roy est noble; c'est la raison, qui doit avoir dou cuer et dou cors le gouvernement...
Le traité se termine dans le ms. Bibl. Xal. i [36 par < une informacion de gênerai confession ». c'est-à-dire par un modèle de confession générale, qui ne se retrouve pas dans le'manuscrit du Vatican.
i. Ms. noble.