‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 40 sur 61 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

DE TROIZ CHEVALIERS Ql"I S ENTRAÏMOIENT

Ces troiz chevaliers se nommoient Julien l'Esclavon, Guion de Ville Bloan et \on do Yimpelle ; tousjours ensemble aloient ou faiz d'armes savoient. Mais le Saint Esprit, qui doucement scet toutes deffaulles corriger et en homme l'amour de la vanité du monde muer, et en l'amour de son créateur appeller, mua en telle manière les cuers de ces troiz chevaliers. Ung jour, ilz aloient a ung- tournoiement, passèrent par ung boyz monlt bel et moult vert, qui longuement leur dura. Tant qu'i mistrent a le passer, l'ung a l'autre point ne parla. Le boys passé, le plus ancien, nommé Julien, et qui lez aultres gouvernoit, lez appella. Par l'amour que aluy avoient lez adjuraet conjura que chascun luy dit ce que pensé a voit

' Par ce peut on veoir comment Julien

enseigna ses compaignons et conforta en leur tentaeion et conforma en leur sainte religion, ou menèrent si sainte vie que Dieu en fut honnoré et le peuple de Dieu édifié, qui a l'exemple de ces troiz chevaliers en ces troiz livres souvent regardèrent et voulenliers-: car qui bien lez estudieroit, la joye mondaine,

i. I.a partie du texte supprimée occuperait environ 1G0 lignes.

■.!. Bien que le manuscrit donne un point après édifié et une initiale majuscule 5 7111, et contrairement à l'original, qui sera donné plus loin, la construction de la phrase oblige de faire rapporter qui... regardèrent à peuple.

qui legieremenl Ircspasse, despiteroit, et les très grans biens de paradiz pardurables de tout son cucr desireroit.

Siui> l'influence des réflexions qu'ils ont faites en traversai la forêt, les trois chevaliers entrent dans un monastère et prennent l'habit. Mais quarante jours après, les deux plus jeunes veulent en sortir, prétextant que « pas ne leur sembloit qu'il/ y peussent proufiter ; car ilz ne savoient lire ni' chanter, ne il/, ne servoient que de dormir, boire el menger. » Le plus ancien, bien qu'il fût. comme eux. « tout laj 1), lorsqu'il entra dans l'abbaye, sait maintenant étudier en trois livres, et retient ses compagnons en leur enseignant à 1rs lire : c'est le » livre de conscience », qui « est escript de lettres obscures et noires » ; le « livre de science », dont le parchemin « est blanc comme neige, la lettre vermeille comme sang > ; le o livre de sapience », qui « est escript de lettres d'or ».

On connaît différentes versions de l'histoire des trois livres ; on en trouvera une liste dans l'édition des Gesta Romanorum de H. Oesterley '. L'original de celle que donne le ms. du Vatican se trouve dans le ms. Bibl. Nal. fr. i (36, f. 0,5 r . Les trois chevaliers n'y ont reçu aucun nom. Voici le début et la fin du ms. de Paris :

Ci après s'ensuit un petit conte des m chevaliers et des m livres -.

L'en raconte de m chevaliers jeunes et preuz qui compaignons estoient, et tant se entremmoient que touz leurs cuers et leurs pensers s'entredisoient. Et si aloient touz jours ensamble en touz l'ai/ d'armes la ou il les savoient. Mais le Saint Esperit, qui doucement sel toutes defautes corrigier, et en homme muer l'amour de la vanité dou monde et de l'onneur en la sainte amour de son créateur, mua en telc manière les cuers de ces m chevaliers, comme vous orrez : cl de la vanité dou monde les rapela, et en la sainte amour de leur créateur les conferma3... un bois moût bel et moul

1 Gesta Romanorum. herausgegeben von 11 Oesterley, 11. p. -'12.

n 188 (Berlin. 187 1, in B°)

■>. Entre ce titre et le début «lu texte se trouvait une miniature, qui a été enlevée, et dont il ne reste qu'une partie de la Légende : Comment ices m chevaliers viennent dou tournoy n grant labeur et...

3. En menu temps qu'une miniature qui se trouvait ici. une li^ne du texte a disparu.

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vert, qui grant '... [1] eur dura. Et tant comme il le mistrenl a passer, li uns a l'autre ne parla. Mes quant il orent le boys passé, celuy des m chevaliers qui plus anciens esloit et qui les au lies gouvemoil ses compaignons aparla, et par la granl amour que il avoient a li les ajura et conjura que chascun li deisl ce que il avoit pensé tanl comme il mistrent le bois

a passer

Or pouez veoir commenl celui preudomme

chevalier enseigna ses compaignons et conforta en leur temptacion el conferma en leur sainte religion, ou il menerenl liui/ m ensamble si sainte vie que Dieus en fu honouré et le peuple Dieu edefié. Et qui a l'exemple do ces m chevaliers en ces m livres dessus diz volontiers et souvent regarderoil el estudieroit, la vaine joie don monde, qui trospasse Iegierement, despiseroit, et les liés grans biens de paradis, qui dureront pardurablement, de tout son cuer desirreroit. Que nous otroit par sa douce j > î l ï »'- le pore et le filz et le saint esperit. Vmcn.

î. Il manque ici un mot de quatre on cinq lettres, enlevé en même temps que la miniature; ce qui reste de l'initiale prouve que ce mot n'était pas temps.

I \s| ii.\i Ml \- QUE FIS! .lll.ll.x l'ESCLAVON A SA SIKH AGATHE

Agathe, chiere mut. je vous prie que mettiez très grande paine el entente a amer Nostre Seigneur souve rainemenl sur toutes choses. Secondement ' a lu\ plaire par purté el netteté de conscience, a le sen ir el honnorer de tout ce que pourrez et saviez. Tout avez de lu\ : mieulx ne- pouez emploier vostre amour, ne vostre cuer plus ne si hault mettre; nulle chose n'est digne d'estre amee de toui vostre cuer el vertu que luy, vous mesmes ne aultruy. Il vous peut donner bien et grâce temporelment, gloire el beneureté pardurablement. Espousez le de vostre cuer, si que vous puissiez dire avec madame sainte Vgnès : ci Je suis espouse a celuj qui est si haull seigneur (pie les angels sont ses serf,'cns...:; "

Oyez voulentiers parler de Nostre Seigneur

et le querez en l< iules lez manières que pourrez. Se bien le querez, vous le trouverez. Ce vous ottroil la trinité qui est une deité. Amen.

Ce chapitre, comme les précédents, existe dans le ms. Bibl. Nal. IV. n36, fol. r 53 ; les deux copies ne diffèrent guères que par des variantes d'expressions, el par l'addition, dans le manuscrit du Vatican, des m mis de .lu lien l'Esclavon et d'Agathe.

L'auteur de celte composition s'est inspiré des Enseignements de saint Louis à sa fille Isabelle. Il avait déjà précédemment introduit dans son volume Les Enseignemens que le saint roy Loys fait a son filz Philippe en Cartage il'. 82) ; comme les conseils du roi à sa tille reproduisent, souvent

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