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dé sirer d'achevei' ma carrière dans cette retraite, et de mettre en commun mon existence avic la vôtre. Vous ferez notre petit ménage, je tiendrai en mnin vos intérêts, et cette réciprocité de services nous attachera encore plus l'un à lantre. Voici, ajoutai-je en caressant le chien, notre ami commun, Marguerite, vous ne voudriez pas me le céder; j'aurais regret a vous le laisser : arrangeons-nous pour le posséder à nous deux »
Mes paroles contentaient visiblement Marguerite. Dès ce moment, elle reprit plus de calme, et, rentrée dans une condition plus analogue à ses habitudes, elle vaquait à divers soins qui la distrayaient de ses regrets. Le dévouement était un besoin pour ce cœur aimant et modeste : servir un maître, soigner quelqu'un, s'oublier pour un autre, c'était pour elle l'emploi et le but de ses journées; et sans être capable de s"éL ver au-dessus de l'état de domesticité, elle ennoblissait cette humble condition, et lui donnait plus de vraie grandeur qu'il ne s'en trouve dans celle même des bons maîtres.
Après avoir consacré quelques jours à ces nouveaux arrangements, je vins me réunir à Marguerite, goûtant un charme plein de douceur et de sécurité a entrer dans ce séjour avec le projet de n'en plus sortir. J'y arrangeai ma vie, j y disposai selon mon gré les meubles de ma tanic dans la pièce que je voulais habiter, et je jouis du plai>;ir, depuis longtemps pei'du pour moi, d'une société qui n'effaroucliait pas ma tristesse, et d'une amie qui mangeait à ma tahle. Quelque temps après, nous fîmes ensemble une visite au cimetière, d'où nous revînmes tristement le soir, suivis du chien qui nous avait adoptés pour ses nouveaux maîtres.
Dans les meubles qui m'étaient échus se trouvaient les papiers de ma tante, et , parmi ces papiers, des lettres de sa fille et de M. Widmer. J'avais mis en réserve, pour mes prochains loisirs, de les parcourir, d'y recueillir, avec une avide curiosité, ce que j'y pourrais apprendre de cette Élisa si tendrement aimée. Dès que nous fûmes établis dans notre demeuie, je procédai a cette tâclie intére-sante, je lis le (lé[toiiillemeMt des papiers, et, bien (ju'il s'y trouvât beaucoup de lacunes, je pus néanmoins retrouver la trace de cet attachement pi'ofond , commencé sur la terre, rompu par le sort, et résistant a l'épreuve du temps pour se renouer dans le ciel. Bien souvent . durant ce travail , je lis d'amers retours sur moi-même. Non! ce n'est point le trépas qui , brisant les nœuds de l'amour, fait au <(fur les plus sanglantes plaies; .. les serments violés, une félicité qui luit sans retour, des regrets sans espoir, voilà ce qui porte la mort jusijue dans le cœur lui-même. Je veux, puisque j'ai entrepris ce récit . poursuivre encore, dire ce que je sais de ces deux amants, et clore ainsi ces pages trop remplies de moi. <Mie si je ne répugnais à trahir h' nivstèrf dp leur-^
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touchantes amours, je laisserais parler les lettres mt'nies que je possède; car quel récit pourrait atteindre au charme de ces lignes tout imprégnées de tendresse et de grâce, où l'ingénuité, la fraîcheur, l'énergie de l'adolescence se montrent sous leurs plus aimables traits, où la conGante sécurité de cet âge fait un si émouvant contraste avec une séparation affreuse et prochaine? Mais je ne puis; j'aime mieux affaiblir ce charme que de le profaner.
Elisa Meyer était née a Zurich, et y avait passé sa première enfance. Son père, homme aimable, et rempli lui même d'attachantes qualités, avait pris en affection singulière cette enfant , et s'était plu à cultiver en elle d'heureuses dispositions qui encliantaient sa tendresse. Mais il paraît que, parmi des soins éclairés d'ailleurs, il se livra trop au plaisir de développer de bonne heure la sensibilité de sa fille, et d'en recueillir les fruits précoces. A l'âge où ses compagnes n'étaient encore qu'enjouées ou folâtres, Elisa connaissait mille sentiments forts ou délicats, et S(m âme exaltée rêvait déjii ri.éroisme de l'amour, du dévouement, de la foi jurée; aussi, quand au bout d'un petit nombre d'années, son père lui fut enlevé, le chagrin accabla cette frêle enfant, et elle faillit le suivre. Elle n'avait que dix ans alors; j'ai sous les yeux un portrait d'elle, fait 'a cette époque : ses traits sont remplis de grâce et de linesse, mais il est facile de reconnaître, à l'expression de ses yeux, au mélancolique sourire de sa bouche, à je ne sais quelle auréole de sérieux qui semble entouier son pâle front, que cette enfant avait déjà franchi son âge, et que son cœur devait connaître de bonne heure des passions profondes.
C'est après la mort de son époux que ma tante, désirant se rapprocher de sa famille, vint se fixer ici. Elle y connut ma mère, et je me souviens qu'elle lui conservait un souvenir plein d'affection et d'estime. Occupée de l'éducation de ses deux enfants, elle cherchait à ralentir le développement trop hâtif de sa ûlle, et 'a assurer les progrès de son fds, moins âgé qu'Elisa. En jeune homme donnait des leçons à celui-ci. Pauvre, mais instruit et estimé, il devait a une p-rotection que lui avaient méritée sa conduite et ses talents, d'avoir été introduit dans la maison de ma tante. C'était Widmer. Elisa assistait souvent à ses leçons : elle écoutait d'une oreille avide ses enseignements, mieux à la mesure de son esprit que les futiles connaissances quelle recevait des maîtresses a la mode; peu a peu son intérêt s'étendait au maitie lui-niêmc : elle l<> (juestionnail . elle aimait à l'entendre, et ce jeune homme, captivé par rintelliuence et les grâces de cette aimable écolière, s'abreuvait à longs traits du charme puissant qu'il ne s'avouait pas encore. Sans doute, dès lors, ma tante avait deviné ce penchant naissant; mais, tendre mère et femme sans préjugés, elle entrevoyait dans cet honnête jeune homme.