‹ Nouvelles genevoises (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · I.K LAC DK GKRS. 2H · texte numérisé non relu

I.K LAC DK GKRS. 2H

en fumaiU leurs pipes qu'ils rallumèrent, ils arrivèrent bientôt :i l'endroit même où j'ol'servais, tapi contre terre, et ils s'y assirent sur leurs sacs, précisément comme les dix-sept. Par bonheur ils me tournaient le dos.

J'eus tout le loisir de faire mes remarques. Ces messieurs me parurent fort bien armés. Ils avaient entre eux trois une carabine et deux pistolets, sans compter le gros sac , que mon imagination , (idèle aux leçons de l'histoire, ne manqua pas de remplir de poudre de Berne. Kt je frémissais déjà, a l'idée de quelcjne traînée, lorsque l'un deux, s'étant levé pour s'éloigner de quehjues pas, déposa sur son sac sa pipe tout allumée. A cette vue, je recommandai mon âme à Dieu, et j'attendis l'explosion, tout en me serrant étroitement conire un roc sur l'abri duquel je comptais tout juste assez pour ne pas hurler de frayeur.

L'homme qui venait de s'éloigner avait gravi une hauteur, d'où il jeta un regard d'observation sur la route qu'ils allaient parcourir, puis revenant vers ses compagnons • « On ne le voit plus, dit-il. — Tout de même, dit l'autre, ce gue»x-la suffit pour nous vendre ! — lit je parie, interrompit le troisième, que c'est pour cela qu'il galope en avant. Un douanier déguisé : je vous le dis. H s'arrôtait comme pour flairer, il regardait de ci, de lii , et autre part... Ah ! que nous ne l'ayons pas (lé|)êché, ni \u ni connu, dans ce petit coin propice et solitaire ! Il n'y a que les morts i|ui ne reviennent pas.

— Aussi Jean-Jean n'est il pas revenu, reprit le second qui avait parlé. Voici tout justement, au bas de cette rampe, le trou où a pourri sa carcasse. Le malin, quand nous le prîmes, pour se donner l'air d'un particulier, venait de jeter loin sa carahino : c'est celle-ci. Son proccs fut vite fait. A peine on le tint, (jup l.anicclie lattacha à un arbre, et Pierre l'abattit d'une balle dans la tempe. i:t le farceur ne lui dit (pi'après : Jcaii-Jeau, fais ta prière! » L'n allreux rire suivit ces horribles partdcs, jusqu'à ce ^que le même homme s'étant levé pour donner le signal du départ : « Pardieu ! s'écria-t-il en m'apercevant, nous trouvons la pic au nid. Voici notre amateur! » Les deux autres, à ces mots, se levèrent en sursaut, et je vis ou je crus voir une multitude innombrable de pistolets braqué? sur ma tempe.

« Messieurs, leur dis-je, messieurs, je... vous vous trompez... permettez... baissez d'abord ces armes.... Messieurs, je suis le plus honnête homme du monde... (ils froncèrent le sourcil), baissez , je vous prie, vos armes qui pourraient partir sans votre volonté... je suis homme de lettres... tout particulièrement étranger aux douanes... marié, père de famille... Baissez, je vous en conjure, vos armes (|ui m'empêchent de recueillir mes idées. Daignez continuer votre chemin sans vous inquiéter de moi... Je me mof|ue des tloiiancs. Je m'intéresse nirme à votre métier pénible.

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Vous ("'tes d'honnêles gens qui portez l'abondance chez les victimes d'une odieuse fiscalité. J'ai l'honneur, messieurs, de vous saluer avec respect.

— Tu es ici pour nous observer? reprit , d'un ton de Cartouche, le plus mauvais des trois.

— Du tout! du tout! je suis ici pour...

— Pour nous observer et nous vendre. On te connaît. On t'a vu la-bas épier, regarder...

— ... La belle nature , mes bons messieurs . rien d'autre.

— La belle nature?. . I']t ce coin, où tu t'es tapi, était-ce, dis-moi, poui' cueillir des simples? Mauvais métier que celui que tu fais. Ces montagnes sont à nous. Mallieur <à qui vient nous y flairer ! Fais ta prière... »

Il leva son pistolet. Je tombai parterre. Les deux autres s'approchèrent , plutôt qu'ils n'intervinrent, et tous les trois éclianiièrent a voix basse quelques paroles, à la suite desquelles l'un d'eux plaçant sans façon sa cii;irge sur mes épaules : « Yn ! » cria-t-il. C'est ainsi l[ue je me trouvai faire partie d'une expédition de contrebande. C'était pour la première fois de ma vie ; je me suis depuis toujours arrangé pour que ce fût la dernière.

Il paraît que mon sort venait d'être décidé dans ce conseil secret, car ces hommes ne s'occupaient plus de moi. Ils marchaient en silence , portant tour à tour les deux charges restantes. J'essayai, toutefois, de revenir sur la démonstration de mon innocence, mais leur oeil exercé plaidait plus en faveur de mon dire que ne pouvaient le faire toutes mes assurances; ils en étaient seulement à ne pas s'expliquer pourquoi j'avais marché avec circonspection , et regardé autour de moi , alors que je devais encore me croire seul, .le leur donnai la clef de ce mystère, en leur avouant l'apparition qui m'avait frappé quand j'étais à considérer la flaque d'eau. « C'est égal, dit le mauvais, innocent ou non, tu [xnix nous vendre : marche, \oici tout à l'heure la forêt. On t'y fera ton affaire. »

Que l'on juge du sinistre sens que je dus attacher à ces paroles. Aussi, durant la demi-heure de promenade qui nous conduisit dans la forêt prochaine, j'eus le temps de me faire une juste idée des angoisses d'un patient que l'on conduit à léchafaud. Elles sont, je puis l'assurer, fort dignes de pitié, l'ncore avais-je, en ma faveur, mon innocence d'abord, et puis la chance de rencontrer quel(]uun. sans compter celle qui m'était offerte de me préci[>iler, moi et ma charge, dans un abîme fort convenable qui s'ouvrait à notre droite. La première de ces chances ne se présenta pas ; je ne voulus pas de l'autre ; en sorte que nous airivàmes sans encombre a la forêt. La, ces messieurs m'ôtèrent ma charge; ils me lièrent

Kt je ne vuyjiis plus i|ue le r;il ilr la lalile qui |iùl me lir'i' île la, loiS(iiie paitil iiii iiaUirel.

i LE LAC DE GERS.)

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