LE LAC DE GERS
pour escalader un arbre voisin, sur lequel Tautre le poursuivit de branche en branche jusqu'à la cime. Tout a coup ils demeurèrent immobiles, comme d'un commun accord, ce qui me fit conjecturer que, de la-haut, ils voyaient quelqu'un s'approcher.
Je ne me trompais point. Un gros homme parut, suivi du naturel à la foret noire. Ce gros homme avait trois mentons, une face de pleine lune, l'œil petit et malheureusement très-prudent , un chapeau à cornes et un habit a (jueue. Quand il m'eut aperçu, il se constitua en élat d'observation. (I Qui êtes-vous? lui criai-je.
— Le syndic de la commune, répondit-il sans avancer d'un pas.
— Eh bien, syndic de la commune, je vous somme de me délier, ou de me faire délier par ce subalterne qui se bourre de tabac à vos côtés.
— On vous déliera assez! dirent-ils tous les deux en même temps
Dites voir un [)eu votre affaire ! » ajouta le syndic.
Instruit par l'expérience, je m'étais promis de ne plus souffler mot des contrebandiers. « Mon histoire? elle est fort simple. J'ai été attaqué et dépouillé par des brigands qui m'ont attaché à cet arbre, et je demande d'être délivré promptement.
— Ah ! voila l'affaire! dit le syndic. Des brigands? que vous dites
— Oui, des bri^^ands. Je passais la montagne avec un mulet qui portait ma valise. Ils m'ont volé et le mulet et la valise
— Ah ! voilà l'affaire !
— Bien certainement que voilà l'affaire! Et maintenant que vous êtes au fait, avancez et déliez-moi promptement. Allons!
— Voilà l'affaire ! répéta-t-il au lieu d'avancer. Dites voir? C'est que ça va coûter beaucoup en écritures
— Déliez-moi toujours, misérable! Que voulez- vous donc que je fasse de vos écritures! !
— C'est que, voyez-vous, il faudra verbaliser, comme de juste.
— Vous verbaliserez après. Déliez-moi toujours.
— Pas possible, mon bon monsieur. Je serais en faute. Verl)aliser d'al)ord , et puis vous délier après. Je vas faire quérir des témoins. Il faut que j'en aie deux a même de signer leur nom. C'est du tem|)s qu'il faut pour les avoir, vous concevez; et puis leur jiunuée à payer, mais monsieur a les moyens » Puis, se tournant vers le naturel ; « Descends voir chez la l'ernette, à Maglan. Elle t'indiquera où est son homme, le notaire; tu ii;is le (piérir pour iju'il moule, ;iprès quoi tu tires sur Saint-Martin, où tu trouves Henailon le marguillier, (pu y estj bien sur, puisqu'il sonne aujourd'hui la noce pour les Chozet; lu lui dis qu'il monte de même. Et que le notaire apporte l'écritoire, la nôtre s'est répandue mardi, a la veilh'c, et au^si le papier timbr<''. Va. mon uar-