I.i: OllVM) SAlN'C-liEUNAlU
(lis ({uc ce liKilolru do liaiico, au lieu cl entrer en extase, ou de se contondie eu expressions senties de vil" bonheur et de tendre joie, eonliniiait de nian ger en disant avce Taecent le plus ealnie et le ])lus vulgaire : « Louise, assieds-toi là, et prends ton tiié pendant qu'il est chaud. » Certes , ce n'était pas là le tutoiement passionné de Saint-Preux s'adressant à Julie; aussi cette trainjuille l'ainiliarité me faisait elle l'ellet d'une prolanation.
Cette demoiselle était elTeclivement fort jolie, et \c danger qu'elle venait de courir rehaussait à mes yeux l'agrément de ses traits et les grâces de son visage... Seulement je ne lui trouvais ni le i)udi(jue embarras duiie liancée que deux messieurs considèrent , ni cet air de touchante mélancolie qu'on s'attend à rencontrer chez une jeune personne IVéle et menacée. Mais ce (jui me déconcerta bien autrement , ce lut de surprendre sur ce visage , où je cherchais l'abattement et la tristesse, les signes visibles d'un lou rire que notre présence compiimail à peine. Ce fou rire se communicjua au lianeé d aboid, puis au père, (|ui, n\ pouNaiit i)lus tenir, se touina\ers nous en disant : t Pardon, messieurs, ces rires doi- Ncnl vous paraître déplacés; mais ils sont irrésistibles : excuse/.-nous. » Tous les trois alors, aliranchis de gène, éclatèrent de rire, |)ciidaiil (|ue nous les considérions a\ec réloniiemcnl le plus sérieux.
Je jugeai à propos de me leliuM". et déjà je m'y disposais, tout en rcjAreltant «le métré mis en frais de compassion ponr des gens au fond si ronlenls. lors(|ue le père, s adressant a moi : Je ncux nous uh'tlre au fait . UKuisieur, de la cause de celle liila-
lilé, qui doit vous paraître étrange : il s'agit d'un monsieur...
— Ce monsieur qui était ici tout à l'heure ?
— Précisément; le plus obligeant du monde, mais le plus dangereux que je sache. Nous ne l'avions jamais vu, lorsqu'il s'est fourré dans la tète, là-bas vers ces neiges , que nous courions quelque grand danger d'avalanche. Par pur dévoûment alors, et avec un imperturbable aplomb , il a écarté notre guide, rossé notre mule et jeté ma fille dans le ravin... les rires interrompirent ce récit. En effet , plus l'alarme avait été vive , plus , le danger passé , ces circonstances se présentaient sous leur côté comique à l'esprit des trois voyageurs, et excitaient en eux la gaîté dont j'étais le témoin, et dont je fus bientôt le complice. J'y mis le comble en leur apprenant que, dans l'esprit du touriste, la jeune demoiselle passait pour poitrinaire , et son frère pour un fiancé auquel il reprochait une prosaïque froideur.
Le gros monsieur, toujours assis au coin du feu, avait écouté cet entretien sans y prendre part et sans s'associer à nos rires. A la fin, s'étant levé, comme pour gagner sa chambre : « .... Un sot , ditil, et un de mes compatriotes, vous pouvez y compter. 11 n'y a qu'un de mes compatriotes qui réunisse à cet heureux degré l'étourderie et l'aplomb , la présomption et l'ignorance, et qui, plutôt que de douter de lui-môme, vous jettera dans ce qu'il prend pour une avalanche une fraîche demoiselle qu'il prend pour une poitrinaire... Messieurs, je vous souhaita le bonsoir. » Là-dessus, le gros monsieur