‹ Nouvelles genevoises (volume 4)Chapitre 18 sur 20 · SOS IL NIS FAUT PA.8 JQIIIÇR · texte numérisé non relu

SOS IL NIS FAUT PA.8 JQIIIÇR

présentatipn, et noqs devons le dire à notre gloirp, 4 l'iii^tanl même, mn qu'en observant le sourire contraint de M. de Î^msignjr, nous avons deviné que cet Italien i^tait uii faux chanteur qui allait cbanter fau^,

M. de Lusigny^ après avoir déposé près du piano son Itatien^ passa devant madame Charles de Virement, en lui adressant un vague salut qui semblait lui dire : Vous allez voir ce dont ie suis capable poar vous.

Alors commença une étrange scène que nous ^e pouvons nous rappeler de sang-froid. Un savant accom||apiftteur préluda, et après une ritournelle parfaitement bien jouée, Tltalien de M. de Lusigny se prit à chanter. Jamais, non jamais, nous n*avons entendu rien de semblable. En écoutant cela un pape n'aurait pu garder son sérieux. D'une bouche immense , avec des efforts inimaginables, sortaient des sons inouïs. Il y avait de tout dans ce gosier sauvage : des chats, des rats, des souris, des clés, des cailloux, des ^us, de la monnaie, de la ferraille ; excepté de la voix^ il y avait de tout. Cet homme imitait involontairement tous les cris plaintifs de la nature , le cri du paon, celui de la chouette, celui de la girouette, le bruit du vent dans les cordages, les sifflements de la bise dans les corridors, les gémissements des portes aux gonds rouilles, des chariots aux roues mal graissées; excepté le chant de Thomme, il imitait tous les chants. Sous prétexte de cadences, il bêlait ; sous prétexte de roulades^ il croassait, et puis sans aucun prétexte, il miaulait, jappait, hurlait, beuglait dans tous les tons ; c'était affreux. La maîtresse de la maison était fort mécontente, mais comme tout le monde riait, elle prenait son parti bravement. Chacun observait M. de Lusigny, qui supportait cette humiliation avec beaucoup de grâce ; il se tenait debout devant la cheminée et baissait les yeux d'un air de modestie plein de charme. Il paraissait jouir de cette mélodie en connaisseur éclairé ; lui seul ne riait point ; lui et madame Charles de Virement, qui était pâle d'indignation; elle avait le secret de cette comédie. Plus cet hprrjble virtuose chantait faux et plus JLéontine .était réroUée ; çh^e $m aigu qu'i}

poussait lui arrivait au cœur comme une insulte ; il était si évident pour elle que M. de Lusigny n'avait imaginé cette soirée de musique, cet épouvantable concert, que pour Tattirer chez sa cousine, comme il l'avait attirée au spectacle quelques [ours auparavant ! elle sentait tout ce qu'il y avait de finesse à avoir choisi ce mauvais chanteur, afin qu'il lui fût impossible à elle de se tromper sur le but véritable de cette soirée : ces chants odieux étaient un langage d'amour qu'elle devait com< prendre , ei qui devait la toucher. D'ailleurs les regards du séducteur venaient de moments en âioments l'expliquer : sitôt que le chanteur se mettait à gémir d'une façon plus extraordinaire, M. de Lusigny jetait sur Léontine un doux regard qui voulait dire : C'est pour vous voir une heure que j'ai imaginé ce moyen.

Quand l'Italien eut terminé son air de bravoure , on passa dans le salon voisin pour prendre des glaces et du thé. C'est alors que M. de Lusigny fut accablé de reproches, d'outrages, d'épigrammes de toutes sortes.

— Quoi 1 disaient les dilettanti , — c*est pour entendre ça qu'il nous a fait venir?

— Où donc a-t-il pris que ce pauvre garçon avait une belle voix? c'est une affreuse guimbarde ; il n'a pas de méthode,— il n'a pas le moindre talent.

— Ce n'est pas un musicien, — ce n'est pas un Italien.

— Si, vraiment, reprenait M. de Lusigny, c'est un Italien.

— Alors, ce n'est pas un chanteur.

— Non, dit en riant Alfred de ***, c'est un fumiste. Chacun alors de se récrier.

— Avouez*notts cela franchement, mon cher Lusigny, poursuivit Alfred , n'est-ce pas que c'est votre fumiste que vous nous avez amené ce soir pour nous mystifier f

— Non, je vous le jure , r^rit M. de Lusigny, ce n'est pas un fumiste, c'est... c'est un avocat... et il regarda Léontine en disant cela...

— Un avocat qui plaide mal votre cause, dit quelqu'un»

-<- J'w ai peaT) et il regarda Picore Léontioe ; e^iQx^^ c'ç^

t04 IL RS FAUT PAS lOITSR

un jeone homme de Bologne qui se destinait au barreau, maïs que sa vocation pour la musique a entraîné. Je l'ai entendu i Naples, où il obtenait beaucoup de succès.

— Quand il plaidait !

— Quand il chantait ; mais je dois en convenir, depuis son s^our à Paris il a perdu un peu de sa voix.

Ici les rires devinrent unanimes. Chacun s'écria : Mais il n'a jamais eu de voix ; et les épigrammes recommencèrent de plus belle. Nous rendons justice à M. de Lusigny, sa contenance était admirable. Il opposa à cette émeute de salon le sang-froid le plus gracieux, la bonhomie la plus spirituelle ; il avait Tair si heureux d'être maltraité par tout le monde , il paraissait si fier d'être coupable, que Léontine elle-même ^nit par se laisser toucher en sa faveur. Hector vint lui dire :

— Eh bien I madame, comment avez-vous trouvé ce chanteur?...

Elle eut l'imprudence de répondre :

— Je l'ai trouvé très-amusant.

M. de Lusigny triomphait.

Berquin a dit : « Un bon cœur fait pardonner bien des étourderies. » Nous disons : « Le bon goût fait pardonner même une mauvaise plaisanterie. »

En fait de commérages, il n'existe pas dans tout l'univers une ville qui soit plus petite ville que Paris. Rome n'est rien en comparaison, c'est une petite ville simple^ tandis que Paris est une collection de petites villes qui luttent entre elles d'imagination et de curiosité. A Paris les commérages se compliquent et se multiplient à l'infini ; on devine ce que peut produire l'esprit de rivalité appliqué au commérs^e. Chaque quartier a la prétention de connaître l'aventure du jour mieux que tous les autres quartiers, et chaque narrateur, pour prou-

III r- lii^giMtjMfihiÉ^i— iiHl

▲YSG LA DOULSUB. SOS

Ter qu'il en sait plus que personne, ajoute au rédt qui isourt un détail nouveau de son invention. L'histoire ainsi défigurée fait son chemin sans obstacle. Le contrôle est impossible dans un si vaste empire. Le mensonge y circule librement, protégé par l'immensité.

Pendant huit jours il ne fut question dans les trois principales petites villes de Paris : le faubourg Saint-Germain, le faubourg Saint-Honoré et la Ghaussée-d'Ântin, que de ce concert manqué , que de ce faux chanteur, inventé par M. de Lusigny. Les uns s'indignaient de cette mystification, les autres la trouvaient fort plaisante ; mais tout le monde en parlait, et c'était bien là ce que voulait M. de Lusigny. Le séducteur pensait avec raison que les propos qu'on allait tenir sur son compte le serviraient dans ses amours. Elle ne me connaît point, se disait-il, bon , elle va entendre parler de moi ; je ne crains rien, le mal qu'on dit de moi me fait aimer.

Vous allez voir combien ses prévisions étaient fondées.

— Quoi ! M. de Lusigny vous a joué ce tour abominable! disait une vieille prude, je ne puis le croire; c'est un homme sans principes, qui ne m'a jamais plu, il est vrai, et dont je me suis toujours défiée; mais je dois reconnaître que c'est un homme de fort bonne compagnie , et que rien dans ses manières ne peut faire soupçonner qu'il soit capable d'une plaisanterie de ce genre.

— Non, sans doute ; mais que voulez- vous? ses succès l'ont gâté, reprenait un gros envieux. Quand on est pendant six ans la coqueluche de toutes les femmes, on perd la tète; quand on est le roi de la mode, on se croit tout permis.

— Je sais bien, moi, disait à son tour un jeune collatéral devant une tante très-riche dont il espérait hériter, je sais bien, moi, que si M. de Lusigny s'était permis une pareille mystification chez ma tante , les choses ne se seraient point passées si doucement; j'aurais demandé à ce monsieur raison d'une telle ofTense, et...

—Et ce monsieur, interrompait la tante, ce monsieur, qui eet un fat, j'en conviens, mais qui est aussi un adversaire très-

m IL NB FâDT PAS JOVIR

kHm •! trèè«âpoil, yous aurnl <)ésanné fivw to» btapsnr» msB cher neveu, et tout le in<mde se serait moqué de voas«.. •I de Totre tante.

*- Quant à moi , reprenait une aitd^ne amie de M. ë« Luslgny, je suis persuadée qu'il est innocent de ce grami crime, il y a là-deasou» un quiparoquo* Ce inauvai» chanteur a un frère qui a beaueoup de talent, et que M « de Lusigny a entendu à Naplea comme nous : il aura amené le frère qui d^ate mai , croyant amener celui qui chante bien. C'est une erpsur deiil il a été le premier la dupe, je le parierais.

, f— Âhl madame, disait-on, que vous êtes uùe excellente anilel

— Eh bien, oui , repretiait cette femme, j'ai pour M. de Lusigny une véritalrfe affection f on a beau médire de lui, je âe loi connais pas un défaut. J'entends parler sans cesse de sa profonde duplicité , et je l'ai toujours trouvé d'tine loyauté et d'une délicatesse admirables. On l'accusé d'êtrîE^ égoïste, et je suis entourée de toutes sortes de gens qu'il a obligés. On le ch)itun monstre, un être dénaturé, et je ievds près de sa mère plein de tendresse et de respect. On l'a soupçonné de vouloir se rattachBr au gouvernement actuel , et Votis aaves au contraire qu'il a refusé nettement toutes les offres qui lu! ont été faites.

-^ Ah! .. sa conduite politique est irréprochable) Il n'jr A qu'un avis là-dessus I — s^écriait chacun aussitôt.

— Bfa Inen ! alors que lui reprochez-vous?

•i-^ Sa légèreté auprès des femmes. . .

— Ahl nous y voilà, tous voulez dire seâ succès. En cela je ne le défends plus; j'en conviensi M. de Lusigny plaft aux finnmes beaucoup trop facilement ; c'est un grand tort , et je comprends qu^ob lie puisse le lui pardonner : toutefois, messieurs, je vous souhaite d'être coupable aussi souvent que lui.

Madame Charles de Vlremont écoutait ces discours , et il en résultait pour elle cette opinion : M. de Lusigny eât un homme de très-bonne compagnie, très-brave, plein de délicatesse et de loyauté , très-bon légitimiste^ inâie ttès^angereut, c'esî %r^t% très-iédulsaftl^

Que d^ g^ns, dont oi^ taii de graves éloges, paieraient cher oçs médisances-là 1

Quand une jeune fesime n'a plu» centre le séducteur qui s'occupe d'elle que de si douces^ préventions, elle commence à devenir plus indulgente. Ce qui lui semblait èlre une audace inconcevable n'est plus à ses yeux qu'une espérance assez justifiée ; ce qui lui paraissait une offense ne lui parait plus qu'un hommage; et comme elle ne se croit plus la yictime d'une fatuité révoltante ^ elle fiiût par s'eAorgueillir d'être l'objet d'une préférence ilsytteuse,

Ce personnage mystériem qu'elle rencontrait chaque jour, qui la suivait, qui observait toutes set démarches , et qui cependant ne lui parlait jamais, et qui ne ohm^obait point à la eonnaître , intéressait Léontine malgré elle. Mesdames de Vireosio^t étaient à la mode ; on eourûii après eUes , c'est le mot. Â Paria et partout, les effets de kt mod^ sont les mêmes 'i eela part comme une trahiée de poudre, mais il faut y mettre le feu II y a des gens qui ont toilt ce qu'il faut pour être à la mode ; la poudre ne leur manque pas ; la traînée est feite , mais on n'y met point le feû, et ils restent ignorés toute leur vie. Une fête n'était pas complète si mesdames de Virement n'y paraissaient point. Aussi chacun les mvitait avee empressement, non pas pour sol, non pas pour elles, mais dans l'intérêt du bal qu'on voulait donner , pour dire le lendemain : nous avions mademoiselle de G., madame de M., mesdames de Virement, eto., etc. les nouvelles beautés de l'année. Tous nos jeunes et vieux élégants venaient à l'envi faire leur eour aux deux belles-BCBurs. M. de Lusigny, eeul , ne demsfidàit pas à leur être présenté. Héctdr s'ra étonnait, et comme èet éloignement le laissait en pleine sécurité sur les intentions de son rival, il parlait de lui sans se gêner, c'est-à-dire quMl e^ disait le plus grand bien, parce qu'il était tro^ généreux et trop sincère , pour ne pas admirer les qualités qu'il dédaignait pour lui-même. Tout rendit doiie adrèitement conspirer en hvéiir de M, de Lusigny auprès de Léontine. Le séducteur pressentit ses éispositiéfis biefiveiUaâtes, et avee liife habileté pfdbnoâ

tO§ IL RK FAUT PAS JOUSR

il leur laissa le temps de mûrir. H ayait eo d'abord recours à la crainte ; il usait maintenant de la sécurité ; c'était un de ses principes ; eflBrayer d'abord pour émouvoir, rassurer ensuite pour attirer. U n'en était déjà plus aux coups de foudre, aax apparitions subites, aux rencontres inexplicables, aux regards incessants, aux allusions coquettes et tendres ; il en était à la seconde période de la séduction, à la période des soins délicats, des souvenirs romanesques, que nous appellerons : les niaU séries ingénieuses. Les fleurs jouent un grand rôle dans les finesses sentimentales. M. de Lusigny avait trouvé un moyen de rajeunir leur vieux langage. Jusqu'alors il avait toujours évité de porter la moindre fleur à sa boutonnière , et il avait souvent plaisanté ceux de nos jeunes dandys qui ont amené cette mode et qui se croiraient perdus si on les surprenait un soir à l'Opéra sans un camélia ou sans une rose au côté. M. de Lusigny se montrait pour eux impitoyable. Eh bien ! tout à coup, on le vit paraître lui-même avec un petit bouquet de violettes à sa boutonnière. La fleur était modeste, mais le scandale n'en lut pas moins afihreux.

— Vous, porter des fleurs !... s'écria-t-on.

— Sans doute, reprit M. de Lusigny, c'est un ridicule, mais puisqu'il vous réussit, je l'adopte.

Léontine entendit l'exclamation et la réponse, et elle rougit, car elle tenait à la main un bouquet de violettes de Parme. Le lendemain, M. de Lusigny, au lieu de violettes, avait une rose; et par un hasard bien singulier, c'était encore un bouquet de roses que Léontine tenait à la main.

N'oublions pas de dire que cette année les bouquets d'ordre composite, formés de fleurs variées, les bouquets montés sont fort méprisés. Ces (leurs trompeuses et par cela même plus durables, dont le feuillage emprunté est enlacé de cannetille, dont la tige robuste est un gros fil de laiton , ces bouquets de bouquetières sont remplacés, dans le monde des merveilleuses, par les simples bouquets de jardiniers. L'élégance veut que Ton porte une botte de roses, ou bien une botte de muguet. v.'czMt est de rigueur ; il y a bien encore dans cetteniasse de

•^ .r.AM

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fleurs quelque supercherie, mais il n'y a plus d*art; c'est ce qu'il fout. Madame Albert de Virement, toujours à Taffût des modes nouvelles , avait vite compris l'importance de ce chan« gement relie avait aussi promptement décidé qu'elle aurait pour chaque fête un bouquet de la saison ; mais comme un tel 2iOin lui paraissait trop futile, elle avait ingénieusement inspiré \ son frère le désir de s'en charger; et le pauvre Hector, chaque jour de bal ou de concert, s'empressait d'envoyer à sa sœur un bouquet pour avoir le droit d'en offrir un à Léontine. Madame Albert paraissait ainsi avoir été entraînée malgré ell» dans un excès d'élégance dont elle n'avait pas la responsabilité. Mais madame Charles, que pensait-elle en voyant M. de Lusigny toujours orgueilleusement paré d'une fleur qui semblait avoir été dérobée à son bouquet? Et M. de Lusigny, lui aussi, que pensait-il ? Il pensait que c'était une très-bonne malice que de faire servir au langage de sa passion le bouquet donné par un autre. Cependant il ne savait pas encore que ce langage avait été entendu. Léontine ne tarda pas à le lui prouver elle-même sans le vouloir. Une femme ne lutte pas de ruse impunément avec un pareil diplomate ; il peut tomber une fois dans le piège qu'elle lui tend ; mais il n'y tombe pas seul. Un soir donc, madame Charles de Virement, après s'être fait longtemps attendre par sa belle-sœur, partit pour le bal en grande hâte et en feignant d'oublier son bouquet. C'était une énorme touffe de muguet, elle la laissa sur sa cheminée.

En arrivant au bal, la première personne qu'elle rencontre est M. de Lusigny ; fidèle à son devoir, un brin de muguet, ou plutôt comme dit Béranger :

La fleur des champs brille à sa bontonnièra

Il voit 'que madame Charles de Virement n'a point de bouquet; il s'étonne, Léontine ne peut s'empêcher de sourire de son étonnement; mais ce sourire la trahit. Bien, se dit le séducteur, elle l'a oublié exprès, donc elle m'a compris, et il jette aussitôt les brins de muguet loin de lui.

Le croiriez-vous? la coquetterie et le lûystère ont tmt é»

9ÎÙ II NE FAUT PAS JOUSE

charmes, que ce jeu absurde, cette lutte tout à fait niaise de petites fleurs et de gros bouquets, était devenue pour lAm^tlne l'intérêt de toutes ses soirées. Dans le moade c'était son unique pensée, die n'écoutait rien, elle ne voyait rien, elle ne s'amusait de rien avant d'avoir regardé quelle fleur M. de Lusîgny portait ce soir-là ; et puis, quand elle l'ayait vue, eilo restait une heure à se demander comment il ne se trompait Jamais. Cest une indiscrétion de bougùK>îi^, 80 idisait-eUe, mais je vais le déconcerter.

Préoccupée de ce grand projet, elle ima^na 4'^ller vi^ter avec sa belle-sœur le magnifique jardin jde Tri|iet, dont les riches plates-bandes de tulipes étaient alors dans toute leur splendeur. Après avoir longtemps admiré ces merveilles de la culture, ces fleurs si délicates, ces tiges si dix)ites, ces nuances si variées, Léontine demanda un bouquet au jardiaier; jnadame Albert voulut en avoir un aussi , ei toutes deux, semées d*une toufl'e de tulipes, firent le soir même leur eatté^ triomphale dans les salons de l'ambassade de Sardaigne. Oa y ialsait de la musique ; Doehler, venait de jouer au moment où ces dames arrivèrent. Léontine chercha des yeux M. de Lttsigny ; mais il n'était pas dans le salon. Comme elle TaUendait avec impatience ! comme elle se réjouissait de le voir cette {dis dérouté I

— n est impossible que M. de Lusigny ait pu avoir aucun renseignement... se disait-eUe; non... mais peut-être ne va-t-il pas venir ?

Comme elle disait cela, elle aperçut dans l'autre salon M. de Lusigny assis sur un canapé, et causant et riant avec plusieurs femmes, établi là comme arrivé depuis longtemps. Une très* jolie petite tulipe brillait à sa boutonnière. Madame Charlel de Virement devint tremblante de frayeur.

— Il me fait espionner, il a des intelligences dana ma maison, pensa-t-elle.

Depuis le portier jusqu'à sa femmQ de chambre» elle souj^ ^nna tous ses gens. Elle rpcommençait à s'indigner, .elle ne pJuvait s expliquer un tel hasard, et pourtant rien n'était plus

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naturel et pbift simple. En qttiltaat le jardift 4e THpet, iH^sdamée de Virement étoiefit allées Voir ane femme feiï; elihàble et fort fipîritueiie qui demeure ^lace Leuie XV, au eeîu de la me iiey^aie. Peadasi le iem^ de eefte vi&ile, ie^r voltu^ était i«etée devant Tfadtei de GrîlAes ; tf . de Lusîgey qui revenait à cheval du bois de fiouiogne^ en passant sur ia plaoe Louis KV, reocmmit les chevaux et le cocher de mesdames de Viremobt, et voynnt sur le éevant de k calèche nne sî grande provision de ttttipes, il pensa qaVeHe devait servir aux parures du f;oir et il devina la nonveHe épreu ;e qu'on 1«h préparât. Il ne fallait pas être smtâer pour cek.

Ces ccmibiBaisons de t^otihad^rs, ces ruses de bergers ne vous semblent-elles pas bien pnéHies, bien indignes d'un siècle aussi sérieux «pie le nôtre? Voilà pourtant è quoi ceux qui s*Bffîiisent dans le monde passent leur iiemps... Que font donc eetix qui ne s'y amusent point?

Adat^de ce moment, Léehfîae ne porte plus ^bouqu'et; elle paraissait iâdiée. II. de Lusigny respecta cette colèire, et il resta huit jours sans se montrer nulle part. Alors madaine Charles de Viremont commença à s'ennuyer. Et M. de Lusîghy râspecta aussi cet enimi.

Enfin, après un temps convenable, quand H jugea qt^ Ùsadame de VinemoBt s'était assez ennuyée pour trouva Un très- :gnHid plaisir i le revoir, Il ima^na une rencontre singulière, imprévue, qui devait être déeîeive.

femmes ! voÉs ne savez pas tout ce qu'il y a -pàtrr vous de danger dans oa pn^ innocent^ qu'on appeïte une partie de

Nous avops déjà dit que mesdames 4e Viremont avaient un onde, grand amateur de politique, et^e M. dâ Lusignv avait un soir si parfaitement bien «w|)porté Ja politique à» (m 4»cîe

Slt IL ME FAUT PAS lOUER

qu'il 8'était fait de lui un ami dévoué. Ce digne vieillard nommait Jean^ comme c'est le devoir de tout oncle bon el loyal qui ne se nomme pas Pierre, M. de Lusigny lui persuada de se souhaiter sa fête à lui-même en réunissant dans sa malson de campagne toute sa famille la veille ou le jour de la Saint-Jean. Le chemiiv de fer conduisait à cette charmante villa, située aux environs de Saint-Germain. Il fut convenu que le départ de la bande joyeuse aurait lieu le matin à dix heures, qu'on se promènerait dans le parc jusqu'au moment du déjeuner, lequel serait un véritable dîner, qu'après ce solide repas on irait courir achevai et à âne dans la forêt jusqu'à la nuit, et qu'ensuite on partirait pour venir souper à Paris. Mesdames de Viremont avaient elles-mêmes dressé ce plan de partie de campagne avec leur oncle, et celui-ci n'avait point parlé de M. de Lusigny. Hector s'était chargé de retenir tout un wagon, et d'inviter deux ou trois jeunes gens aimables qui devaient animer le voyage par leur gaieté. Le choix des conviés dans une entreprise de ce genre n'est pas chose facile ; les objections que tel ou tel nom fait naître sont quelquefois bien amusantes à écouter. Quelles prétentions se révèlent, quels secrets se trahissent dans cas discussions souvent plus vives qu'on ne le voudrait !

— Proposerons-nous à Ravenay d'être des nôtres?

— Oh! Dieu non! il est trop tapageur; il a de trop mauvaises manières ; il gâterait tout.

— Voulez-vous inviter Amédée de Valorbe?

^— Non. Quelle idée 1 il est horriblement ennuyeux!

— Ne dites pas cela ; c'est un si brave garçon ; il a une si belle âme!

— Âh ! voilà une excellente raison I ... A quoi sert une belle âme dans une partie de plaisir? Pour égayer un souper, une belle âme, c'est charmant!

— Si nous engagions madame de X***?

— il faudrait alors engager M. Z^"^, et ce serait cruel*

— Oh i c'est vrai ! j'y renonce.

— limmenez madame de Y***,

-«•NonpaB;elle.M

— Pourquoi? elle est très-bonne enfant.

— Oui, mais elle est très-moqueuse; elle irait ensuite rire de nous avec ses beaux esprits.

— Eh bien ! madame de jC***?

— Oh ! non, non! elle est trop prétentieuse et merveilleuse; elle' ne serait jamais prête; elle nous ferait toujours attendre; elle répandrait ses flots de dentelles sur tous les buissons ; et puiselle est insupportable avec ses grands airs.

C*est4-dire qu'on ne veut pas de Tune parce qu'elle est très-spirituelle, et encore moins de l'autre parce qu'elle est très-coquette et très-jolie.

— Mais, Mesdames, si vous dites non à chaque personne que je vous propose, vous finirez par aller là-bas toutes seules... Voulez-vous enfin la sensible madame deLorsac?

— Oui, oui ! elle nous divertira bien avec ses soupirs.

— Et ses souvenirs ; il faut lui écrire tout de suite.

Bien heureuses les femmes ridicules ; elles sont de tous les plaisirs. On ne peut se passer d'elles. Plus elles sont laides, sottes, désagréables, et plus .elles sont indispensables dans une fête ; plus elles sont inconvenantes, et plus elles paraissent aimables. Leur niaiserie donne de l'esprit à tout le monde ; il faudrait être bien m'ais soi-même pour ne pas trouver à dire quelque bonne plaisanterie à propos d'elles. Leur tristesse est une joie universelle. On rit pendant des heures de la plainte qui leur est échappée, de l'accident qui leur est arrivé ; la moindre de leurs élégies est une source inépuisable de bouf« fonneries et de mystifications. Plus ces femmes sont malheu* reuses, et plus elles sont amusantes ; mais tout en se moquant de leurs peines, comme on sait bien les en consoler 1 avec quelle attention on écoute leurs sentimentales confidences, leurs amoureuses confessions ! Gomme on a soin d'elles 1 comme on sympathise avec elles! comme le monde, qui est toujour» juste y dit-on, les venge noblement de l'ingrat qui ne veut pas les comprendre ou de l'infidèle qui ne les a que trop bien comprises 1 comme on les dédommage du malheur de n'être point

aimées d'un seul en leur prouvant qu'elles fiool. alioâéjafi de tous!

après une longue discussion , la partie ée canapagne fut enfin organisée ; elle promettait d'être jch^rxaante ; 4E^ réunissait tous les ingrédients de&fc sjp ccH^pose nm bQim& et véritable partie de campagne; il y avaiib : ^x kmv^i ^ la mode, pas troprivales; une femme ridsbe^et s^il^» 4*«uie autre société j etfkittée d'être adjntôedans€eHe-ci; .demc feMaes fis^ en apparence bien traités; un plaisant let son ^oi9»pèn^ ; «y» frère dévoué, se cbargean|t de tous les àéU^ ten«MjtycuK; tjne £amme vertueuse, pour kxm^étiser toute chose ; qj» i^v^ «b dix ans, bien élevé, fils de la femme veriueuse, poor seri^ir^e prétexte à miUe jeux; un élégant, bors d'âge; uœ vieille femme ^epsit)Ie; «ne j.eun,e ^/niS^s éinsfficjpto; peu û& maris, ^ pas de chiens.

Pendant le trajet de Parie k S^t-Germaixi, 4eB voj^agcuses eurent raisonnaidement peur, ^uate oe qju'il fallait pour avoir Tair novice. JLa jea«e Mglaispe seui^ piu:ai5$iMt ^^guerrie. Les inconvénients ^les amnJLç^s d^ (^^emiii de 1er firent natonisr lement les frais de la conversation; lies lemiaes mamfestèraaft pour le grand souterrain «me horreur €onv.eAi»ble^ les hommeft ne mianquèrent pas de répondre à œ sentimeiit par les deys ou trois phrases de niiai^vais goût i|u'à propos de ce soister's'érain il est d'usage de dire. La liri^tie ïbnme «eadible aleis s'écria qu'eUen'oserait jamais voy^er en wagoa^vec léesiacoanus ; elle prétendit que (^ pouîrajit êb^e très-^dasigereux. Ûa lui laissa cette crainte, ou plutôt cette illiisioaj; on se pkugnit de l'odeur désagréable jde la vapeiMT, m s'e^aya du h6»nis&ement étraj^ige de la machiiie. Ce cri nous ra{^elle que deriûèrement nous avons voyagé avec un^ros monsieur qui ne doutait de rien, et qui donnait à tort et à travers des expUcaibio9S à tout le monde. C'était M. Prudbùmme au chemin de fer.

— D'où viennent ces cris horribles? demanda quelqulun.

— Ce sont les cris des conducteurs qui s'avertissent et se répondent, dit avec ea^>ressement l'adorée Pru4'komvfie* Nepc'irraieut-il^ choisir a^n plus agréable toag^gf»* Au

kVÉC LA Î>OÙ£kUB. 8i5

ffltftjj ajAifïf-f-î!, c'est Je cri des douanier^ espagnols,.» Oui, e'e«t alîM qè'a« s'appellent entre eux dans les montagnes de

làsocmë,

La pëtÉonHë à qtri s'adressait ce discours n'en parut nullement étemnéé; il ne lui vint pas à l'idée que les douaniers espagnols devaient, en effet, avoir un cri bien étrange pour parvenir k se faire entendre dans les montagties de la Savoie. Mais ici, un sot qui parle avec assurance peut dire bien des bêtises impunêmenft; dàfis lé^ conversations, dans les journaux, nous laissons passer les plus lourdes niaiseries sans les comprendre ; cela explique pourquoi rions avons osé nous proetemé^r le peuple le plus spirituel de l'imîvers.

On arriva à Saint-Germain. De la il fallait aller par un ciloiiiïiï de traverse chez Toncle de mesdames de Vîremontc On se niit en route gaiement. Un des deiix jeunes fats se hâta d'offrir son bras à Léontine ; l'autre dandy s'empara de madame Alb^t ifttij èbtnme toutes les femmes tristes, était profondéiflMit eoqdèCiè; les femmes à la mode et les Jëuries gens à la mofde devâîèrit nécessairement faire la route ensemble, et se cotisacfer tiitituèllèraènt leur journée. Là femme vertueuse prit le bras d'un des maris ; la femme riche fttt réduite à accepter les soins du plaisant. Le vieil élégant se précipita vers la jeune Anglaise... il avait peur que la vieille femme sensible ne lui échût en partage !.. Mais il avait tort de s'effrayer : Hector n'était-il pas là pour se charger de tous tes paquets? L'enfant courait d'un groupé à l'autre, adressant à chacun dés questions gentilles et plaisantes,* enfin M. de Virement fermait le cortège, se coiisolant de marcher si vite en pensant que cette promenade Itii donnerait de l'appétit. Ainsi Ton partit le matin ; mais le soir tout était bien changé au retour. Leâ joyeux propos du déjeuner, les ingénieux accidents du voyagé dans là forêt, les erreurs favorables, les hasards heureux, léâ jetnt innocents, les étourderies volontaires, les frayeurs simuléet^ les conciliabules t>réteités, les i^ncontres inattendues, ces mille chances, ruses, plaisirs, qui constituent une sincèM l^ti^ de camfMgnej avaient shiguliëi'emèht nxudiflé tbtls iéâ

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