‹ Nouvelles genevoises (volume 4)Chapitre 4 sur 20 · LK I0R6H0N · texte numérisé non relu

LK I0R6H0N

troisième... aemeure une personne... avec laquelle je suis on peu en délicatesse , et que je ne me soucie pas de voir en ce moment ; mais je puis vous dire cela , continua-t-il d'un ton confidentiel , c'est la veuve d'un maître maçon, qui voudrait se remarier, vous comprenez; et elle est assez belle en vérité, et ne manque pas de fortune ; mais vous concevez qu'un honnête avoué , qu'un homme dans les affaires comme moi , ne peut succéder à un maître-maçon.

Étourdi de ce quatrième dédain si inattendu, M. de Lorville sentit son sérieux Tabandonner, et pour dissimuler sa gaieté, il franchit rapidement Fescalier du troisième étage, sans écou* ter le propriétaire, qui hii criait d'attendre son conducteur.

Edgar ne s'arrêta que peu d'instants chez la veuve du maçon. Cette visite ne lui offrit rien de remarquable, si ce n'est un berret de velours bleu de ciel et un collier de corail , que la veuve coquette avait mis à la hâte pour le recevoir, et le soin qu'elle prit de l'appeler sept fois monsieur le duc , pendant l'espace de dix minutes.

Il arriva bientôt au quatrième , devant la porte du journaliste, et resta un moment à réfléchir avant d'entrer, cherchant une manière facile d'engager la conversation et de prolonger sa visite. Comme il était là immobile et hésitant, la porte s'ouvrit , un enfant de dix ans , coiffé d'un bonnet de papier et tenant un paquet de livres sous le bras , sortit alors brusquement; M. de Lorville l'arrêtant, lui demanda si le journaliste était chez lui : yes, répondit l'enfant d'un air effronté, charmé de savoir un mot d'une langue étrangère; puis , sautant sur la rampe de . l'escalier, le petit garçon imprimeur le descendit quatre à quatre en chantant la Parisienne ^ et en faisant le plus de bruit qu'il lui fut possible.

L'enfant ayant laissé toutes les portes ouvertes en s'en allant, M. de Lorville entra sans crainte d'être remarqué , et jeta un coup d'œil sur une suite d'appartements dont il commençait à connaître parfaitement la disposition. La salle à manger était tapissée de gravures et de lithographies ; le salon, qui servait de bibliothèque, était encombré de livres; la table

était inondée de journaux ; on y voyait un buste de rempereur, plusieurs portraits d'auteurs illustres : ceux de M. de Qiateau* briand, de madame de Staël , de M. de Lamartine, de M. Victor Hugo. On remarquait çà et là des tableaux, précieux , qui auraient été admirés dans la plus belle galerie , et qui prouvaient que rhabitant de ce modeste réduit avait pour amis nos artistes les plus célèbres.

En s'approchant, Edgar aperçut dans la chambre à coucher deux épées suspendues au mur, des poignards, des flèches, des armes de différents pays , il s'approcha encore et vit , assis devant un bureau, un jeune homme qui paraissait plongé dans «ne profonde méditation ou dans un grand désespoir. Plusieurs dictionnaires, plusieurs livres d'histoire, que Ton reconnaissait à leur pesante forme, étaient ouverts sur la table autour de loi, et annonçaient qu'il travaillait à un de ces longs ouvrages qui exigent des recherches. Le jeune écrivain se frappait le front de temps en temps avec impatience, et M. de Lorville s'amusait à contempler cet homme d'esprit en travail d'une phrase et aux prises avec sa pensée.

Si Edgar avait pu voir les traits du jeune auteur, il aurait pris plaisir à suivre sur sa physionomie , à l'aide de son talis» man, toutes les aventures de son idée; à la voir grandir et retomber, reparaître, pour être encore repoussée; puis se soutenir à la surface comme un nageur sur l'eau, s'avancer audacieusement, se débattre avec les objections comme lui avec les vagues, s'agiter, lutter avec courage, puis enfin arriver au bord, là se bien secouer, se bien sécher, et découvrir... une île déserte l

M. de Lorville se serait complu dans cette observation, mais elle était en ce moment impossible, il lui fallut s'avancer davantage vers le jeune écrivain pour lire dans ses yeux s'il méritait qu'on s'inquiétât de sa pensée.

^î.^L^jiLl-

n hW l»fr]lM#E

— Je crains de vous déranger, Monsieur, dit Edgar aujoiv*^ naUste, qui se retouvna brusquement; je vois que vous êtes occupé.

— Non, Monsieur, je ne faisais rien ; je p^asai^^

Il appelait cek rien. Edgjar, Toyant que son kôte était de mauvaise humeur, commençait à se repentir de eette visite^, et songeait à Ts^h*^^.

— Je désire, Monsieur, dit-îl, 8«?oir qi^ est.*,

— L'auteur de l'article contre la pièce nouvelle? C'est moi. MoBsieur, je m'attendais à votre visite; elle ne pouyait venir plus à propo».

Edgar sourit de l'interprétation qu'on donnait à sa visÂte, ^ répondit :

— Je ne viens point vous chercher querelle, Monsieur, je ne suis point ua offensé qui demande raisou; je venais seule* ment voir cette maison» dans le dessein de l'achetev ; mais si vous tenex absolument à avoir uaû affaire ce matin, je puis vous rendre ce servkek

Le journaliste sourit à son tour de cette réponse. La gaieté de M. de LerviUe lui ayant inspiré de la confiance, il le pria de s'asseoir un moment près de lui; et la conversation s'en* gagea.

— yorn ave»^ pour v<àw ua avocat di^ting^ dont la fille m'a paru bien joUes dit M. de LorviUe qui n'avait pas vu la fiUe de l'avocat, mais qui savait se foire écouter du journaliste en la vantant.

— N'est-ce pas? reprit celui-ci en dissimulant mal un air flatté ; elle est charmante, mais son père n'a pas autant d'esprit qu'on lui en croit.

— En effet, il m'a paru avoir des préjugés qui

Page 1