IM LA GAMME
-- Oui , ma mère , parfaitement ; il est plein d'esprit , et il m'a paru fort instruit.
—Avoir de l'esprit, et être si beau!
— Oui , en effet , il est bien.
•— Bien, bien ; mais il est admirable! je n'ai jamais vu un aspect plus séduisant , dos traits plus distingués , une physionomie plus expressive : (];ràce , noblesse, finesse, il réunit toutl
— Ah I mon Dieu 1 comme vous vous enflammez , ma mère , dit M. Lennoix en riant ; en vérité , je crois que vous voulez l'épouser.
A ces mots, madame Lennoix devint rouge, rouge comme une jeune fille.
Or, connaissez-vous rien de plus pénible, de plus triste pour une personne qui a de la délicatesse dans le coeur , que d'avoir fait rou(^ sa mère?
M. Lennoix fut d'abord affligé d'avoir causé de l'embarras à une femme qu'il respectait ; mais ensuite cette rougeur singulière l'alarma.
Il avait fait une mauvaise plaisanterie, sans nulle idée qu'elle pût s'appliquer aux pensées de madame Lennoix ; mais cette rougeur, l'émotion qu'il remarquait dans les yeux de sa mère, tout cela liii inspirait la crainte d'un événement auquel il n'avait jamais songé. Un autre incident vint encore le dédder dans ses terreurs.
La soeur de madame Lennoix entra.
— Mon neveu, dit-elle, quel est ce jeune homme qui sort de chez vous et que je viens de rencontrer dans la cour? Quelle tournure ! quel beau visage! jamais je n'ai rien vu de ai admirable! Ghampmartin doit venir diner après-demain chez moi ; il faut absolument, ma sœur, que tu m'amènes ce jeune homme; il y a de quoi tourner la tète à un peintre! c'est à se mettre à genoux!
— Allons bien 1 voilà ma tante qui s'en mêle, pensa M. Lennoix.
•— BstH^ que tu QO l'as pas vu, ma soeur?
— Si vraiment, répondit madame Lennoix toute troublée... Uon fils l'a à peine remarqué.
— Mon neveu a la berlue, en ce cas! s*écria la tante qui avait aimé un artiste dans sa jeunesse ; — il faut être privé de sens pour ne pas voir que c'est le plus bel homme de Paris, du monde entier I Raphaël, Carlo Dolci, Le Poussin, Murillo, n*ont pas, dans tous leurs chefs-d'œuvre, un type conune celui-là. Pour moi, je n'ai jamais vu une plus belle tétel
Madame Lennoix ne disait rien, elle restait émue, elle était modeste : c'était son beau jeune homme, — à elle qui l'avait admiré la première. Ce n'était plus à elle qu'il appartenait de le louer. Ne lui avait-elle pas offert dans sa pensée son cœur, sa fortune et sa main?.. Elle attendait qu'il voulût bien répondre ; maintenant la délicatesse exigeait qu'elle ne se mêlât plus de rien.
Le fils, au regard d'aigle, pénétra dans l'âme de sa mère. Sa un moment, tous ces fléaux lui apparurent : mariage alMurde, fortune partagée, tyrannie d'un beau-père, procès, querelles, déménagement, séparation, enfants, peut-être! petits frères très*mal venus, larmes, ruine, drames intérieurs, fiches de famille, ennuis de tous genres...
Et sa résolution fut prise au même instant.
Et le soir même, lorsque Tancrède rentra dans sa demeure pour faire sa toilette, on lui remit un billet de la part de M. Lennoix.
La fièvre avait repris au jeune malade, disait la perfide lettre, et le médecin exigeait impérieusement le plus grand repos; il ne pouvait donc pas songer à reinrendre ses travaux de fort longtemps.
Quelques jours après, Tancrède alla s'informer des nouvelles de M. Lennoix. Le portier répondit que M. Lennoix allait beaucoup mieux, et qu'il était sorti.
Tancrède aperçut à la fenêtre madame Lennoix , leurs yeux se rencontrèrent... il devina tout.
La conduite du fils lui fut expliquée par in seul regard de la mère.
— MaMlëuir à inoiî â'écria Tàncrêde ; toùjburè déâ KHiififest.., et il s'éloigna furieux.
Et comme son désespoir était au coniblë , il ptiï le sëiii parti raisonnable dans sa positioh. il alla jpiasse^ là sbirêë à l'ÔpIffi.
LA GàNNB DB M. DE BALZAC.
Nous l'avions bien dit, que Textréme beauté est mi mëhebr pour un homme, surtout pour un jeune homme qui a sa fôt'tdne à faire. Ypus comprenez maintenant ces t>arole8', qdi d'abord ont paru inintelligibles : « Il était une fois un jeune homme très-beau qui était triste, » et tous comprenez aussi pôùrqdoi il se sentait découragé^ et pourquoi il maudissait la nature.
C'est que trois fois ce pauvre Tancrède avait été repoussé ^ précisément à cause de cette même beauté qui lui semï^làit un brillant avantage ^ et qui n'était pour lui qu'une soui'ce d€ désappointements et de chagrins.
Que faire?... s'enlaidir? — Quel homme en aurait le courage I — quelle femme le lui aurait conseillé H...
n alla donc à l'Opéra, Quand un malheur est sans remède$ la sagesse est de l'oublier; quand on ignore la route qu'il fadt suivre, on se fie au hasard ^ et l'on fait \Àea. Le hasard n'est hostile qu'aux gens qui négligent pour lui leurs detoirs; ^ pour l'homme qui n'a rien à faire ^ et qui a le droit de dier^ cher des aventures , le hasard est toujours favorable.
On donnait Robert ie Diable ce jour-là. Tancrède alfo se placer à une stalle de l'orchestre; mais à peme il était assis i qu'un objet étrange at^ra ses regards.
Sur le devant d'une loge d'avant-scène se pavanait iihe CANNE. — Était-ce bien une canne? Quelle énorme cannai à ^uel géant appartient cette grosse canne?
Sans doute c'est la canne colossale d'une statue colosMfe M
DE H-Uf »4LZAC. m
M- fl® VpJl^i^fi. (tepl 9Pî}aplfiH» fr'«>st «crpgi te droit de la
Tancrède prit sa lorg^em» fi f^ mit i étadier cette cannemçtV^Uf' rr Cfittfi facp,fg§si<>ji e^ resup ; nous avoi»s eu le concert-mqijsfrfi, Ip fif qfi^SrfflPPStRfi, 1^ hudget-mqnstre.
;{;aiic|:èdq ap^rQ^t ^Iprs ^ ftoni d^ cette sorte de massue ^ d^s turquojs^s , 4§ Tfir, de^ ciselures roenveilleusos ; et derrière tout c^la ^enx gran49 j^fm m^^ » plus brillants que les pierreries.
L$i toile gp l§y^; )p seçpi^d ^p|«f commença, et i*homme — m ftPP»rtfii)^it k P^Mfi caRB§ — s'aYôqça ppuc regarder la scène. *
— Eftr4op , inftîï?i6»r, <îit T^crède à son vpisin ; oserais-je Yom d^P^nde;: l^ npp) d§ PQ lOpBsieur qui porte de si longs cheveux?
— C'est M. de Balzac.
— Lequel? Tî^uteur de la Siymkgie du Mariage?...
— L'auteur de la Pmu fie CAdgrin^
— Du Père Oqriqt'
— Âh ! Monsieur, je yoqs remercie mille fois. Tancrède se niit de nouveau h lorgner M. de Balzac et sa
CQBne.
Mais celte canne )e préoccupait.
a Comment, se disaitril, un homme aussi spirituel a-t-il une si vilaine canne? — peut-être contient-elle un parapluie; il y 9l un mystère là-dessoi^. »
L'affectation — que mettait Tancrède à ne pas regarder la ^ne, à toujours, toujours lorgner du méine côté, donna le change à une très-jolie jfemme dont la loge était voisine de la oge de M. de Balzac. La jeune fenime minauda, croya^ que c'était elle que ce beau jeune homme contemplait. * L'affectation — que pdettait cette jolie femme à regarder I la même place dans l'orchestre, donna le change au voisin de X^Cfède qui se mit à lorgner exclusivement la jolie femme, ne doutàp!; p^ que ^ regards ne ^'adressassent i lui.
Enfin l'affectation do son voisin à lorgner toujours la même femme attira Tattenticn de Tancrède, qui devina alors clairement que ces œillades étaient pour lui.
La preuve, c'est que , dès que ses yeux eurent rencontré ceux de la jeune femme, elle cessa de le regarder.
Mines — rougeur — petite toux — boa rejeté sur les épaules — petit gant été pour laisser voir une blanche main — cassolette vingt fois ouverte et respirée — airs penchés — demisoupirs — regards obliques — sourires furtife, toute cette pantomime infaillible de la coquetterie féminine fut au même instant employée pour prévenir Tancrède qu'il allait être aimé. '
Il se le tint pour dit — et , lorsqu'un peu avant la fin du spectacle, il vit sa jolie conquête se lever et quitter la loge où elle était, il sortit de l'orchestre et alla guetter sa belle au bas du grand escalier.
Elle le vil, et ne sembla pas étonnée; elle oublia d'être émue, mais elle parut méditer un projet.
Sur ces entrefaites passa un député qu'elle connaissait à peine ; il était pressé et marchait vite. Elle l'arrêta.
— Vous irez demain aux Italiens, dit-elle.
En disant ces mots, elle regarda Tancrède.
— Moi? répondit le député. Pourquoi cela? je n*y vais jamais. La musique m'ennuie à mourir, je n'aime que les ballets.
jSl jeune femme s'inquiétait fort peu de ce qu'aimait le député. Elle l'avait fait servir à entendre ce qu'elle voulait dire à un autre. Son rôle était fini, elle lui rendit la liberté.
Pendant ce temps, le bel inconnu jouait aussi sa petite pantomime. Son air parfaitement sérieux — son maintien ultrarespectueux — ^son regard particulièrement langoureux — exprimaient s\iffisamment sa pensée.
La jepne femme ne pouvait plus douter de sa victoire ; alors elle fit ce que font toutes les coquettes — après avoir été scandaleusement provoquantes, elles affectent tout à coup une superbe diginité^ mais il faut ;DOur cela qu'elles soient bien
sûres qu'on ne puisse pas s'y méprendre; elles ne hasardent la dignité que lorsqu'elle ne peut plus leur faire de tort.
Or donc , la fière Gélimène de la rue de Provence, voyant que son esclave lui était soumis, s'éloigna noblement d'un pas d'impératrice, sans daigner jeter un regard sur lui , mais se disant tout bas, dans sa vanité satisfaite :
— Il a compris.
PRÂOCCUPATIONS.
Tancrède rentra chez lui à moitié consolé de ses malheurs. Les distractions ont cela d'agréable, si elles ne chassent pas le chagrin, elles le vieillissent , du moins ; les événements môme indifférents, que l'on met entre la mauvaise nouvelle du matin et le soir, la reculent presque d'une année; alors c'est un vieil ennui dont on ne daigne plus souffrir. Notre imagination ressemble à nos domestiques , qui, pour nous apaiser quand nous leur montrons une chose cassée , nous répondent avec sangfroid — Oh ! il y a déjà bien longtemps ! — C'est absurde , et pourtant cela nous console aussitôt.
Tancrède avait oublié madame Lennoix, son fils et tous les chemins de fer imaginables , préoccupé qu'il était de l'Opéra , de M. de Balzac, de sa canne , et puis de sa nouvelle conquête.
— Ce n'est pas toujours un malheur d'ôtre beau, se disait-il,
puisque car enfin cette femme ne me connaît pas, et
si eh bien ! c'est sur ma bonne mine.
Il se coucha et s'endormit. Au milieu de la nuit, il s'éveilla. Détait agité ; il ne pouvait s'expliquer ce qui le tourmentai!» Il pensait, il pensait, il pensait vite et malgré lui.
— A cette jolie femme qui voulait l'aimer?
KoD, ce n'était pas un rêve d'amour.
m LA GAIIMS
gent; joyeuse, vous le donnez à votre fils qui ne sait pas ce qu'il vous coûte, qui le prend comme si cela lui était dû, et qui, presque toujours, s*en va le perdre dans une maison de /eu à Paris.
Et vous avez fait alors ce qu'il y a (fè plus pénible sur la iî^re, plus amer qu'un désenchantement, plus poignant qu'une humiliation, plus révoltant qu'une injustice, plus accablant qu'un regret ; vous avez fait un sacbificb inutile I
Oh ! connaissez-vous rien de plus déchirant que cette pensée : je pouvais ne pas faire ce qui m'a tant coûté?
Un sacrifice inutile 1 comme mademoiselle de Sombreuil : boire du sang pour sauver son père, et voir son père monter à l'échafaud. Sentir toute sa vie le sang d'un autre, le sang qu'on a bu, courir dans vos veines, et n'avoir point sauvé celui qu'on voulait sauver 1 Avoir fait un effort sublime de courage, avoir vaincu le dégoût, l'horreur... pour rien!.. Oh! cela fait frémir! Un grand sacrifice inutile... inutile!., c'est presque un remords.
Heureusement madame Dorimont ne connut point ce supplice. Son fils était un bon sujet, et lorsqu'il avait accepté les mille écus héroïques improvisés par sa mère, il s'était bien promis de les lui rendre avec usure.
Avec mille écus et une chambre louée cent francs par mois, on vit bien quinze jours à Paris ; et quinze jours, c'est un bel avenir à vingt ans.
Tancrède se souvint toutefois qu'il avait un devoir à remplir; savoir, d'aller au Théâtre-Italien ce soir-là.
La première personne qu'il aperçut en arrivant ce fût sa superbe p0Dquète«
DE M. DE BALZAC. m
Elle semblait chercher quelqu'un; elle le vit... et ne chercha plus.
Cette jeune femme faisait habituellement beaucoup plus de mines au Théâtre-Italien qu'à TOpéra. Elle levait les yeux à chaque note de Rubini ; elle secouait la tête en mesure pour prouver qu'elle était musicienne. La salle étant plus petite que celle de l'Opéra permettait de mieux apprécier les détails de sa coquetterie^ 3t là elle se livrait à ses avantages avec un abandon qui les faisait valoir.
Tancrède vit bien qu'il ne pouvait faire autrement que d'en être amoureux; mais, pour cela, il fallait aller aux renseignements.
Il questionna poliment son voisin; et pour n'avoir pas l'air trop niais, il affecta l'accent anglais en demandant le nom de cette jolie femme. Par malheur, le voisin était Anglais, et il répondit en anglais qu'il ne la connaissait pas, mais qu'il 11 rencontrait presque tous les jours aux Tuileries. Par bonheur, Tancrède savait très-bien l'anglais, et il supporta la manière dont l'autre prononça le mot Thioulliourille, Certes, il fallait bien savoir l'anglais pour comprendre cela.
Après une soirée d'œillades et de roulades, Tancrède retourna chez lui sans autre événement.
Aux Tuileries, le lendemain, il retrouva sa belle.
La dame était fort élégante ; elle donnait le bras à sa mère, vieille femme assez mal mise qui promenait un chien.
Elle aperçut M. Dorimont et rougit.
C'était dans l'ordre.
Il y eut un quart d'heure de promenade intelligente.
La jeune femme parut chercher son mouchoir dans son manchon, et laissa tomber un petit portefeuille qui renfermait des cartes de visites.
La mère ne vit rien de cela, ou peut-être étaifrolle accoutumée aux maladresses de sa fille.
Tancrède vit tomber le petit portefeuille, et s'approcha pour le ramasser.
La dame doubla le pas sans-faire attention à lui.
180 LA GANNS
grands embarras lui étaient apparus, des difficultés sans nombre, un bonheur plein de ronces et d'épines. Elle eut peur un instant.
Tancrède s'aperçut de ce refroidissement ; il redoul^ de grâce et d'amabilité.
Cette séduction triompha d'une crainte passagère, et madame Montbert alla même jusqu'à engager M. Dorîmont à revenir la voir bientôt.
Tancrède s'éloigna très-satisfait de cette première visite.
Sous la porte-cochère, il aperçut un homme qui le regardait attentivement. Cet homme semblait être là pour l'attendre.
Pourtant il n'y avait rien d'étonnant à ce que cet homme fût là. C'était le portier, que la femme de chambre avait prévenu, et qui voulait voir si les éloges de mademoiselle Adèle était mérités.
Tancrède se trouva donc en face de lui , et le portier l'admira.
Une semaine encore se passa en rencontres, en promenades, en langage muet, en regards, et l'amour grandissait chaque îour dans le cœur éprouvé de Virginie ; et collationnant tous ses souvenirs , elle sentait qu'elle n'avait jamais aimé de la sorte. Tancrède pouvait se dire, dans toute la puissance de ce mot , qu'il était préféré à tous ; et cela était très-flatteur, je vous assure!
Tancrède jugea qu'il avait langui un temps convenable , et qu'il pouvait hasarder une seconde visite à sa dame. Il retourna donc chez elle. Le portier, en le voyant, dit :
— Tiens , v'ià encore le beau jeune homme 1 il parait qu'il vient souvent.
Voyez un peu le malheur 1 Tancrède n'était venu que deux fois chez madame Montbert , et cela comptait pour dix , tant on l'avait remarqué !
Madame Montbert était seule. Elle s'émut à l'aspect dô M. Dorimont, et Tancrède la trouva encore plus jolie. Ils ca^ gèrent un moment. Ils allaient s'entendre... quand M. MoB^r bert rentra»
DE M. DE BÀLZÀC. 181
M. Montbert fronça le sourcil en reconnaissant Tancrède. Cet accueil glacé était peu encourageant , Tancrède fit un profond salut et se retira.
Dès qu'il fut sorti :
— Que veut ce bellâtre? dit M. Montbert à sa femme ; il vous Buit partout comme une ombre : aux spectacles, aux Tuileries ; quand nous sortons, je ne rencontre que lui I
Madame Montbert ne répondit rien.
— Mon mari qui Tayait remarqué 1 pensa-t-elle. Tancrède était mécontent. Cependant , comme M. Montbert
n'était jamais chez sa femme, il ne se découragea point, et peu de jours après, il retourna la voir.
— Âh ! mon Dieu I s'écria-t-elle en le voyant, quelle imprudence 1 Vous ne pouvez plus revenir ici , mon mari a tom découvert 1
— Déjà? pensa Tancrède. Bfais il n'y a rien.
— Il m'est impossible de vous recevoir ouvertement , continua madame Montbert.
Ces mots, qui étaient pleins de naïveté et d'avenir, rassurèrent M. Dorimont.
— Mon mari, continua-t-elle, vous a remarqué à l'Opéra; l'autre soir, au Gymnase. Il a des soupçons ; je ne le reconnais plus, en vérité! C'est désolant ! ajouta-t-elle avec tendresse; jamais cela ne m'était arrivé. Jusqu'à présent j'avais été si tranquille! J'ai du malheur! car c'est la seule fois que j'aime, et justement...
Ces mots, qui étaient pleins de niaiserie et de passé, refiroi* dirent M. Dorimont.
— Et moi aussi, j'ai du malheur, Madame, reprit-il avec une extrême politesse, puisque le sort veut que j'échoue où tout le monde réussit.
Tancrède prononça cet adieu d'un ton si parfaitement respectueux , que madame Montbert n'en sentit pas toute l'inso • ience ; elle prit cela pour un regret déchirantj'et leva ses beaux yeux au ciel, en signe de sympathie. Ce ne fut que plus tard, par la suite — M. Dorimont ne deioandant point à revenir '—
IM LÀ GÀNUI
évitant do la regarder au spectacle, et paraissant avoir renoncé à toute conclusion — qu'elle reconnut qu'il s'était inoqué d'elle.
Elle s'en consola facilement. Il était bien beau, c'est dommage! mais c'eût été trop difficile , pensa-t-elle — et elle Toublia. Or, tous savez ce que ces âmes-là appellent
oubuebI
GHANDE DÉC0UV£BTB.
Cependant le pauvre Tancrède était furieux , non pas des obstacles qu'il venait de trouver, car on peut dire qu'il avait | profité de ces obstacles, mais des difficultés que cette aventure ^ lui présageait. l
Tancrède n'avait pas été longtemps à deviner à quellç catégorie de femmes , et à quelle région d'esprits apparter' dame Montbert. C'était une de ces sylphides, parfait jolies et insignifiantes, qu'on aime tant que cela est commode, et que l'on quitte à la première difficulté.
On vient à elles avec tant de confiance , que la moindre contrariété décourage ; on ne l'avait point prévue, on n'y était point préparé, elle déroute. Les pauvres femmes! on ne leur en veut pas; la contrariété ne vient jamais d'elles ; mais elles n'ont pas ce qu'il faut potir donner le génie de la surmonter.
Ce n'était donc paê ft cause de madame Montbert que Tancrède était si alQigé de la fatalitéqui le poursuivait ; il ne l'aimait pas et ne pouvait lé regretter ; mais une autre pensée , plus douce,. plus profonde, plus chère, le préoccupait depuis quelque tempsf
Cette charmante jeune femme qu'il aVait retrouvée au bal chez madame Poirceaâ , cette s^uîsante Malvinà , il l'avait
f =^3 qu'on le sarf.» •*"« qu'on a,„, i "«"SCI- cl ,l„
tu LA GÀNNK
Tancrède s'assied à Torchestre; il lève les yeuz. M. de Balzac est en face de lui avec sa canae.
— Âh ! voilà monsieur de Balzac! je ne Tai pas vu entrer Cest singulier.
Mademoiselle*** danse un pas avec M***. M.de Balzacse lève.
Tancrède, voyant bien que ces deux danseurs ne sont pas très-remarquables, se remet à regarder M. de Balzac.
M. de Balzac a disparu , et cependant personne n'est sorti
de sa loge.
La porte n'a pas même été ouverte.
Mesdemoiselles Essler viennent danser ce joli pas fraternel, A élégant, si gracieux.
Tancrède les admire d'abord, puis, préoccupé de la fuite de M« de Balzac, il regarde de nouveau du côté de sa loge.
surprise 1 M. de Balzac est assis à sa place., il est là avec sa canne, comme s'il y avait toujours été. Tancrède croit avoir
le délire.
Mesdemoiselles Essler dansent, puis elles s'envolent, leur
pas est fini.
merveille 1 M. de Balzac n'est plus là... s'est-il donc
envolé avec elles?
Tancrède est de plus en plus intrigué.
D'abord il s'agite, il s'émeut, tout son être frissonne comme à l'approche d'un grand événement; ensuite il s'arme de résolution, il se pose en face de la loge où était naguère M. de Balzac, et là il reste immobile, en arrêt devant le mystère pour le forcer à se révéler. Il regarde, il épie, il observe, îl fait. passer toute la force de son àme en ses regards. Ah! quand un homme s'acharne de la sorte à un secret, il faut bien qu'il finisse par le posséder.
—Où est en ce moment monsieur de Balzac? il n'est point sorti de sa loge , il y est, je ne le vois pas. Qu'est-ce à dire? personne n'est sorti de cette loge, la porte est, tout le temps, restée fermée, et pourtant un homme en a disparu!... S'il est parti, par ou est-il sorti? S'il est là, pourquoi ne le voit-ou plus? Il est donc invisible... Invisible!...
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CSe mot replongea Tancrède dans ses rêveries.
Que je voudrais être invisible!... Ahl si j'étais invisible!...
Gigès avait un anneau qui le rendait invisible... Rohert-le' Diable a aussi un rameau qui le rend invisible. Ah ! si j'avais ce rameau!... Dans la fable, dans toutes les poésies, les anciens, les Arabes, ont imaginé des objets qui rendaient invisible...
Et Tancrède, en rêvant, regardait toujours. Au mémo instant, et subitement, M. de Bab:ac reparut — et la porte de la loge ne s'était point ouverte ! 1 ! n était certain que M. de Balzac n'avait pu quitter la loge.
Bt M. de Balzac tenait en main sa grosse canne.
Tancrède le voit, et voit cette canne...
— Cette canne ! pense-t-il. Si cette canne était comme l'anneau de Gigès, comme le rameau de Robert-le-Diable! si cette canne avait le don de rendre invisible ! . . . C'est cela. . . oui , c'est cela... s'écrie alors Tancrède, hors de lui; et il sort de la salle en répétant comme un fou :
— Je le sais, je le sais; je le disais bien , qu'il y avait un mystère ; je le connais, je n'en doute plus...
n arrive dans le foyer où M. de Balzac se promenait avec M***.
Tancrède l'accoste hardiment. — Qu'importe ce qu'il va dire de moi! il me prendra pour un original, et il m'observera comme tel; les gens d'esprit sont accoutumés aux choses bizarres, il me comprendra.
— Pardon , Monsieur, dit Tancrède en s'efforçant de vaincre son embarras, son émotion, vous pouvez me rendre un important service.
— Moi? Monsieur ; mais je n'ai pas l'honneur de vous connaître, répond M. de Balzac; eh quoi puis-je vous obliger?
— En voulant bien me prêter votre canne pendant quelques minutes.-
A ces mots, M. de Balzac se trouble...
— Ma canne? Monsieur; et pourquoi?...
— C'est im pari que j'ai fait avec quelques amis... Je voiur
la demande pour cinq minutes seulement*— croyez qu^...*
— Gela m'est impossible , l^onsieur, reprend M. de Balzac sèchement. Cela m'est impossi|))e; j'en suis f&cbé... Ifemsieur.
A ces mots M. de Babsac s'éloigne; et s'adressant à la personne à laquelle il donnait le bras :
— Que me veut ce fou? dit-il, comprends-tu rien à cela?
— Ce monsieur est (u, répond Taipi de M. de Balzac, en contrefaisant Arnal dans je nç §^ plus quelle pièce.
y. de Balzac sourit , ^is il est inquiet.
Quelle idée peut avoir ce jeune homme? pens&"t-il.
Cependant l'intrépide Tancrè49 ne désespère pas encore de réussir ; il revient à la charge j'et s'approchant du célèbre écrî» ^ain, il dit tout bas 4'vm ton 4?oracle :
— Ce refu^ est i|n aveu, |4oii^ieur ; j!ai votre secret ; mais croyez que je saurai le respecter.
M. de Balzac parait 4e plus en plus troublé.
— Rassurez-vous, Monsieur, continue Tancrède, je n'abuserai point d'une découverte due au h^^ard... Je comprends parfaitement que vous ue puis^içz çpnseiitir à vous séparer d'une canne si préçieu^i surtout en faveur d'un inconnu; je sais combien j'ai été indiscret de vous l'avoir demandée, et j^ vous prie de recevpir me^ excuses.
— Sans doute, Mpnsieur, répond alors If. ^é Balzac évidei»ment fort agité , cette demande m'a paru singulière ; mais , ù je savais le motif qui vous a fait me l'adresser, je pourrais...
— Je ne puis m'eipliquer ici, devant tout le monde, si vous voulez m'açcorder m moment...
— Demain, oui, demain, interrompit M. de Balzac, venez cboz moi i midi, nous causerons de cela.
Tancrède s'inclina gracieusement et s'éloigna.
— Connais-tu ce jeime homme? dit aussitôt M. de Balzac à son ami.
— Non , je ne sais pas son nom ; mais je le vois souvent i l'Opéra, aux Italiens; c'est quelque agréable de province.
— Il est beau, mais je te crois fou ; qu'est^ee qu'il me veuit
près
retournant
Une , j'ai vu Berryer. Je te le dis, c'est ^uelcjue niais de province qui t'admire. * '' ' -• ' — Merci, reprit en riant M. de Balzac, et il s'éloigna , non sans inquiétude , car la pénétration du jeune inconnu lé tour-
mentait.
MERVEnXB.
Eh bien ! oui , cela était ainsi ; cette affreuse canne était semblable à l'anneau de Gigès , au rameau d^or dé Robert4é- Diable : elle rendait invisible. '
Gela ne se peut pas , dira-t-on.
Et n*a-t-on pas dit cela de toute chose?
Toute invention n'a-t-elle pas été niée à sa naissance f tout problème fraîchement résolu n'est-il pas 'mensonge jusqu'au jour où il passe à l'état de vulgarité ? î '
L'industrie, de nos jours, enfante des merveilles, lait des miracles 1 Relisez, je vous prie , les Mille et une Nu(ts, et vous verrez que les chimères les plus flatteuses , les prodiges jadis inventés pour séduire l'imagination , sont réalisés, popularisés de nos jours, sans que même on conçoive l'idée ^tfils aient été rêvés comme impossibles. Ainsi , par efxempilô, ^anâ l'histoire du prince Ahmed et de la fée Pàribanou,*^ est dit que : ' * ; . .
Le prince Houssain , frère du prince Ahmed , possédait un tapis sur lequel il suffisait de s'aissèèir pour être^'tratisporlJi^ , presque dans le même moment , oÙ l^n souhâitaft d^aUei^ , sans que l'on Mt arrêté par aucun obstacle, et quil avait payé ce tapis quarante bourses. ^ ' ' ^ '
lit LA GAmiB
On fit daiiBlelaaaps beaucoup de brait de cette manreîDe. Eh bien! atgoordliui , nous avons mieux que cela, oui, BÛeux : les chemins ide fer 1 — Bs sont cent fois préférables à ce tapis , par eux d'abord on va plus vite , on va plusieurs, et assurément à bien meilleur mardié.
n est dit encore :
Que le prince Ali , frère puiné du prince Houssain, avait acheté trente bourses un petit tuyau d'ivoire avec lequel il V03^t tout ce qui ce passait chez les gens les plus éloignés.
Eh bien ! ce tuyau dont on fiaiisait grand étalage n'était autre diose qu'une lunette d'approche , merveille à laquelle nous Causons, nous autres, fort peu d'attention; et pourtant quoi de plus admirable que d'être là, tranquillement assis à sa fenêtre , et de voir tout là-bas, là-bas, des vaisseaux qui arrivent, des hommes qui se battent , et d'asâster ainâ à toutes sortes de dangws qui ne peuvent nous atteindre? mais qui donc a jamais pensé à admirer une lunette d'approche?
Enfin , on raconte :
Que le prince Ali, frère du prince Houssain, avait , de son côté, &dt emplette, dans le bezestein de Samarcande, d'une ponune artificielle qu'il paya trente-cinq bourses. Cette pomme avait la vertu de guérir toute espèce de maladies , et cela par le moyen du monde le plus facile , puisque c'était simplement en la faisant flairer à la personne.
Eh bien I je vous le demande , ThomoBopathie n'en feit-elle pas bien d'autres?
Au lieu d'une ponune , c'est ur petit flacon ; vous le respirez, et vous voilà guéri.
Vous allez mourir... un peu de poudre sur la langue ; et vous voilà sauvé... Avouons qu'il n'y a rien de plus vulgaire que les prodiges.
Dans les Mille et une Muits , il est bien encore question d'un petit pavillon économique , qui, déployé d'une certaine ma* nièfe , abritait une armée de deux cent mille hommes. Je ne sache pas qu'on ait imaginé encore rien de semblable ; peut- 4tn n'en a-tK)n pas besoin. Bonaparte , lui ^ logeait chaque
soir en idée ses soldats dans les villes qu'il comptait prendre dans la journée; nous , nous les logeons chez nous pour Tjnstant; mais si nous faisions la guerre , je gage que nous remplacerions avec avantage le parasol de la fée Paribanou, et que , ce qui fut la merveille d'un conte arabe , ne sera pour nous qu'un procédé économique fort ingénieux.
Tout cela vous explique comment un rival de Ferdier, dont nous ne vous donnerons pas l'adresse , par des raisons qui nous sont particulières , a trouvé le moyen de faire une canne merveilleuse , qui a la propriété de rendre invisible celui qui la porte. Invisible , invisible seulement ; non pas insensible , non pas impalpable : j'en conviens , l'invention n'est pas encore perfectionnée. Il faut même , pour que la canne ait toute sa puissance, qu'on la tienne de la main gauche. Dans la main droite , elle n'a aucune vertu ; on vous voit , on la voit , elle est fort laide , et voilà tout. Mais sitôt que votre main gauche s'en empare, vous disparaissez aux yeux des humains; on vous cherche.... vainement.... vous êtes là et vous n'êtes plus là.... c'est admirable....
Dans un an , tout le monde aura de ces cannes-là : cela deviendra commun et inutile ; car, si tout le monde est invisible , à quoi servira-t-il de l'être soi-même ? à quoi bon se cacher pour observer des êtres qu'on ne verra pas. Cela serait une nuit universelle , sans intérêt. Heureusement , le procédé est jusqu'à présent inconnu. M. de Balzac est le seul qui en ait usé, peut-être même abusé; car, nous le disons à regret, peutêtre a-t-il manqué de délicatesse en dévoilant ainsi dans ses ouvrages les secrets qu'il avait surpris à l'aide de son invisibilité. N'importe , voilà maintenant son talent expliqué ; nous savons comment il a fait pour lire dans l'âme de ses héros : de la femme de trente ans, d'Eugénie Grandet , de Louis Lambert^ de Madame Jules, de Madame de Beauséant, du Père Goriot, et dans tant d'autres âmes dont il a raconté les souffrances avec une vérité si palpitante.
On se disait : comment se fait-il que M. de Balzac, qui •'e^t point avare , connaisse si bien tous les sentiments , toutes
IM LA CAMME
les tortures , les jouissances de Tavare? Gomment ^, de Balzac, qui n*a jamais été couturière, sait-il si bien toutes t^ pensées, les petites ambitions, les chimères intimes d^une ieune ouvrière de la rue Mouffetard? Comment peut-il si B^è* lement représenter ses héros , non-seulement dans leurs rapports avec les autres , mais dans les détails les plui^f intiin^s de la solitude? Qu'il sache les sentiments, soit : Tart peu{; les rêver et rencontrer juste; mais qu'il connaisse si parf^if^ ment les habitudes , les routines , et jusqu'aux plus secret^ minuties d'un caractère, les manies d'un vice, les nuances ijqdperceptibles d'une passion, les familiarités du génie... cel^ est surprenant. La vie privée, voilà ce qu'il dépeint avec tanj (Je puissance; et comment est-il parvenu à tout dire, à tout savoir, à tout montrer à l'œil étonné du lecteur? c'est au moyen îe cette canne monstrueuse.
M. de Balzac , comme les princes populaires qui se (^égi^* sent pour visiter la cabane du pauvre, et les palais du riche qu'ils veulent éprouver, M. de Balzac se cache pour observer ; il regarde, il regarde des gens qui se croient seul3 , qui pensent comQie jamais on ne le^ a vus penser ; il observe des {génies qu'il surprend au saut du lit, des sentiments en ro^ 4e chambre , des y^ités en bonnet de nuit , de^ passions en pantoufles , des fureurs en casquettes , des désespoirs en camisoles, et puis il vous met tout cela dans un livre }... et je livre court la France; on le traduit en Allemagne, on le contrefait en Belgique , et M. de Balzac passe pour un homme de génie 1 charlatanisme ! c'est la canne qu'il faut admiref , et non l'homme qui la possède ; il n'a tout au plus qu'un mérite:
La manière de s'en servir :
Qr, il arriva cela. Tancrède alla voir ^. de j^alzac , et ^ui conta comment il avait découvert la vertu singulière de sa canpe.
— J'étais si préocçwj)^, lui dit-il, du besoin 4'étre invisible, qu'il n'est pas étpnx^gnt que j'aie devint une merveille que je rtvais*
— Vous ? s'écria M. de Balzac, il me semble que vous ayez moins intérêt.qu'un autre à n'être pas vu.
Tancrède alors raconta naïvement tous les échecs que sa trop grande beauté lui avait valus depuis son séjour à Paris.
M. de Balzac Técouta avec curiosité. Cette situation nouvelle lui plut à observer ; il chercha à se lier plus intimement avec un jeune honmie qu'il trouvait distingué, spirituel, et qui d'ailleurs possédait son secret : grâce à sa canne M. de Balzac sait bien vite à quoi s'en tenir sur le caractère de ses amis. Tancrède , de son côté, ne négligea rien pour capter la confiance de l'illustre écrivain. Il se rapprocha de lui, loua un appartement dans son voisinage , et enfin trouva le* moyen de lui rendre un de ces services qui fondent une amitié pour la vie.
Nous ne dirons point quel fut ce service — dont le sexe mérite des égards — les personnes qu'il pourrait compromettre nous sauront gré dé cette discrétion.
Il suffit de savoir que Tancrède fit preuve en cette occasion de tant de délicatesse, de présence d'esprit, de réserve , que M. de Balzac consentit à lui prêter, pendant quelques jours , sa canne précieuse , sans crainte qu'il voulût jamais abuser de la puissance qu'elle lui donnait.
Tancrède était ravi , transporté , au comble de sa joie, il possédait enfin ce qu'il avait tant désiré ; mais il lui arriva ce qui arrive quelquefois aux gens qui voient soudain leurs vœux les plus extraordinaires accompjis; ils se trouvent déroutés, ce bonheur inattendu les déra.nge; ils n'y comptaient pas, ils s'amusaient à rêver une chose, parce qu'ils la croyaient impossible; et puis, lorsqu'ils l'obtiennent, ils ne savent plus qu'en faire. humanité 1
Tancrède était toujours charmé de pouvoir être invisible à volonté , mais il se demandait i quoi cette puissance lui servirait? — Comment , par exemple , se disait-il, à moins d'aller dévaliser les maisons ) ce don me mènera-t-il à faire fortune?
Une circonstance vint heureusement répondre i cette quea* tion.
Iti LA GANMX