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échantillons, que François [er, sur le conseil de Cartier, résolut de pousser plus avant l’entreprise et de fonder au Canada un établissement durable. Immédiatement, il renvoya Cartier avec trois vaisseaux, et, dès le 1° août 1535, la petite flotte jeta l'ancre à l'entrée du fleuve Saint-Laurent dans un port auquel le navigateur donna le nom de Saint-Nicolas, nom qui lui a été conservé, En quittant les côtes de France, Cartier avait formé le projet de pousser sa reconnaissance jusqu’à Montréal, mais il en fut empéché. Le scorbut s'étant déclaré à bord des trois vaisseaux, Cartier, sous peine de perdre tous les hommes de la flotte et de périr lui même avec eux, dut renoncer à son entreprise et revenir bien vite en France où il arriva dans un état de santé fort inquiétant.
Néanmoins, ce dernier voyage, si fâcheusement interrompu, n'avait point été tout-à-fait inutile, car, sans parler des nouveaux détails qu'il avait recueillis sur la géographie, sur les richesses, sur les ressources et sur le caractère des habitants, Jacques Cartier, malgré la difficulté des circonstances, avait ramené dans son propre vaisseau, pour les faire instruire en France, un certain nombre d'indigènes des pays de Canada et Ochillaga, faisant un bout de l’Asie du côté de l’Occident. (1) |
Pendant cinq années, ces indigènes demeurèrent à Paris où ils furent « duits et instruicts à notre saincte « foy, avec nos autres subjects. » (2). Puis, à la fin de de l’année 1540, Francois I** renvoya « ledit Cartier
(1) Lettres-patentes du 3 novembre 1540.
(2) Ibid.
« ès dits pays de Canada et Ochillaga et jusques à la « terre de Saguenay avec les indigènes instruits, « bon nombre de navires et de subjets de bonne vo- « lonté, de toutes qualités, arts et industries, pour plus « avant entrer ès dits pays, converser avec les dits « peuples et avec eulx habiter si besoing est. » (1)
En même temps, le roi donna l'ordre à ses cours de Parlement de Normandie et de Bretagne, à ses baillis et Justiciers de délivrer à Jacques Cartier tous les condamnés pour crime, hors d’hérésie et lése majesté divine et humaine, jusqu’au nombre de cinquante, choisis par lui parmi les plus forts.
Ces lettres-patentes, datées du 3 novembre 1540, donnaient à Cartier le titre de « capitaine général et « maître pilotte de tous les navires et autres vaisseaux « de mer ordonnés pour ladite entreprise, »
Cependant, à quelques mois de là, par des lettres-patentes du 15 janvier 1540 (avant Pâques), c’est à-dire 1541, François Ie institua « François de la Rocque « sieur de Roberval, lieutenant général, chef et con- « ducteur de l’armée qu’il envoyait au Canada et en di- » ver$ pays transmarins, avec pouvoir de lever en tous « lieux et places du royaume, comme bon lui semblera, « en payant raisonnablement gens de guerre, artisants « et autres de diverses conditions pour les mener avec « lui audit voyage... prendre vivres, armes, artillerie, a harquebuses, pouldres, salpêtres, picques et autres « bastons offensifs et défensifs, habillements, instru- « ments et choses nécessaires... » (2)
(1) Lettres-patentes du 3 novembre 1540.
‘2) Archives de la Cour d'appel, 30 mai 1541, après Pâques,
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Puis, à la date du 7 février de la même année, de nouvelles lettres-patentes, en confirmant et en expliquant celles du 15 janvier, chargèrent de Roberval de l'exécution de toutes les mesures propres à assurer le succès de l’entreprise ; elles lui recommandaient d'emmener « grand nombre de gens exercés à la guerre et à tous arts et industries, parce qu'il se pourrait que aucuns, à cause de l'éloignement, de la crainte des naufrages et du regret de laisser leurs biens, parents et amis, hésitassent, au dernier moment, et que d’autres une fois arrivés, fissent difficulté de demeurer ès dits pays et voulsissent suivre le sieur de Roberval lors de son retour en France. »
D'après la volonté du roi, Roberval devait partir au plus tard le 15 avril suivant et emmener tous les condamnés pour crime que les Parlements de Normandie et de Bretagne, les baillis et justiciers étaient tenus de lui délivrer aux termes des mêmes lettres-patentes.
Voulant assurer le succès de cette nouvelle expédition, Francois [°r traca lui même à son lieutenant-général au Canada le plan des choses qu’il aurait à faire à son arrivée; il le chargea de construire aux dits pays « des villes, des forts, des temples et des églises; il lui « donna le pouvoir d’édicter des lois, d’instituer des « tribunaux, de fieffer et de donner des terres aux gen- « tils hommes et autres gens d'excellente vertu, à con- « dition d’en faire foi et hommage et à la charge de se « dévouer à la défense des places et des forts et de « fournir tel nombre d'hommes qui serait spécifié par « les baux.
Enfin le roi fit appel « à tous gentilshommes, négo- « ciants et gens de métier, qui voudroient se Joindre à
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« l'expédition confiée à Roberval et leur promit les « plus grands avantages, à l'exclusion de tous autres, »
Mais en l’an de grâce 1541, moinsencore qu’aujourd’hui, il ne suffisait pas de décréter une armée pour qu'elle fût en état d'entrer en campagne ; aussi ne fautil pas trop s'étonner si Roberval, qui devait partir le 15 avril, était encore à Honfleur le 18 aoùt. Le roi ne s’expliquant pas l’inaction de son envoyé, s’en plaignit au chancelier Poyet, lequel, par une lettre du 10 juillet 1541, mandaït au Parlement de Rouen que « le roy trouvait bien extrange que ledit Roberval n’estoit encore parti » (1). Mis en demeure de s'expliquer, celui-ci répondit d'Honfleur, où il était demeuré pour surveiller l'aménagement de ses vaisseaux, qu’il prendrait la mer à quatre jours de là, c’est-à-dire le lundi 22 août 1541.
Quant à Jacques Cartier, dont il n’est plus fait mention. dans les dernières lettres-patentes, il était parti en avant dès le 23 mai, avec quelques vaisseaux; trois mois après, le 22 août, comme il s’y était engagé par sa lettre du 18 août, Roberval mit à la voile.
Malheureusement il existait entre Roberval et Cartier une grande divergence d'opinion sur le plan de la campagne. Cartier conseillait de remonter le Saint- Laurent et d'aller tout droit s'établir à Montréal, mais Roberval s’obstina à ne pas dépasser l’Ile Royale qui était située entre l’Acadie au sud, et l’île de Terre- Neuve au nord. Cest peut-être ce défaut d'entente entre le capitaine conducteur et le directeur Ge ,a flotte
(t) Archives de la Cour d'appel, Reg. des patentes, 1540, 41 ot années suivantes.
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