‹ Nouvelles guêpesChapitre 2 sur 4 · NOIVELLLS G U Kl' ES · texte numérisé non relu

NOIVELLLS G U Kl' ES

sique a besoin d'être letoiichéc, augnieiitéc, rc, lurcée, etc.; — qui nous dit que la postérité ou p!u tôt une autre mode, ne trouvera pas un jour la musique de M. Auber ayant trop ou trop peu de quelque cbose; — par exemple, lorsqu'on aura lait des ténors de cuivre, devenus indispensables par la musique qui hurle aujourd'hui — il faudra donc alors et lefaire la musique de M. Auber et rétablir celle de Grétry?

Grétry et sa gloire ont résisté au changement de la mode en nuisique; — le jtlus que puisse espérer M. Auber, il me semble, c'est ijuc sa musique survive à la mode d'aujourd'hui. — Mais rien ne uous [trouve que nous soyons arrivés à une peiiection imnmable à laquelle doivent se conformer et l'avenir.^ et même le passé.

Adam n'a pas toujours été de cet avis, — lui (|ui, chez lui, régalait autrefois ses amis de l'exécution des chefs-d'œuvre des maîtres morts.

Pourquoi appliquerait-on ces réformes seulement à la musique ?

Pourquoi ne traduirait-on pas Rabelais, Amyot, Montaigne, en français de notre époque ?

Pourquoi les peintres n'habilleraient-ils pas avec des habits de Chevreuil et de Bernard, à la mode d'aujourd'hui, et le Ronudus de David, — et le

.NOivF.i.i.r.< r.rF.T'F.^. ss

Charles l" de Van-Dvck, -et tous les portraits dr Louis \1V ? - Pourriuoi ne mettrait-on pas de? corsets aux Sabines - et de la crinoline à Psyché ?

Je le répète, - le jugement définitif nV-st pas porté entre la façon de faire de Grétry et celle de M. Auber. — Peut-être est-ce M. Âuber qui a tort, peut-être ont-ils raison tous deux. -Mais M. Auber se trompe en croyant rendre à Grétry ce bon oflice qu'un jeune homme rend à un vieillard en lui offrant son bras sur un chemin difficile, et en s'efforçant de lui faire croire que c'est pour mieux l'entendre qu'il se rapproche de lui. — Grétry n'est pas vieux; — il jouit de la seconde et étemelle jeunesse que donnent la gloire et l'immortalité ;— il est plus jeune que M. Auber.

iM. Auber est trop modeste; il n'a donc pas la conscience qu'il est de ceux dont probablement les œuvres resteront, - qu'il ne se préoccupe pas de donner la mesure du respect qu'il attend de la postérité ?

Hélas ! il faut le dire, - la musique est le premier des arts, mais les musiciens ne sont pas les premiers des artistes.

Il est des questions sur lesquelles la science et la postérité ont porté leur jugement définitif. — Aristote. Pline, Virgile, etc., ont rempli leurs beaux li-

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vres d'erreurs d'histoire naturelle et de physique, qui feraient mettre au pain sec aujourd'hui un élève de cinquième, — Croit-on pour cela devoir refaire les Géorgiques'! —'^on; il suffit, ce qu'on ose à peine faire, de signaler les erreurs par des notes, et cela parce que ces erreurs sont aujourd'hui incontestables. — Où irions-nous, si on suivait dans les arts l'exemple de MM. Auber et Adolphe Adam ?

Que ce soit l'excès de la manière actuelle qui domine dans dix ans, — c'est-à-dire le tapage remplaçant la musique, le bruit remplaçant le son ; — que ce soit le style de M. Nisard qui l'emporte clans quelques années, — devra-t-on arranger en cacophonie la musique de Rossini, et traduire en patois les livres de Victor Hugo ? — Je ne le pense pas ; si MM. Auber et Adolphe Adam sont de cet avis, moi Je suis d'avis qu'ils se trompent.

Si les oreilles de nos contemporains, blasées par le bruit, sont comme les palais d'ivrognes qui trouvent fade toute autre boisson que l'eau-de-vie poivrée et pimentée, et n'entendent pas volontiers la musique de Grétry, — si cette musique ne suffit pas à rem|)lir des oreilles élargies et devenues trop grandes, toute cette musique attendra tranquillement un autre public. — Que M. Auber fasse de la musique d'Auber, c'est encore celle qu'il fait le

mieux, et il n'en fait pas tous les jours. — Il me semble que, de son côté, Adolphe Adam fait bien assez d'opéras d'Adolphe Adam, sans faire encore des opéras de Grétry ou de tout autre mort.

11 n'y a plus de savants ;— le jm'y vient de le déclarer en pleine cour d'assises de la Seine, sous la présidence de M. Zangiacomi.

Un y a plus de savants; c'est-à-dire que ceux-là seuls seront savants qui savent, et non plus eeux auxquels on aura, moyennant finance, déUvré sur un bout de papier ou sur un morceau de peau d'àne un brevet de savant.

11 est à la connaissance de tout le monde qu'il existe à Paris un certain nombre de gens qui n'ont d'autre industrie que de passer, au nom d'autrui et pour autrui, les examens pour le baccalauréat es lettres et pour le baccalauréat es sciences.

La chose est si notoire que, depuis quelques années, l'Université, qui, bonne mère, aima mater, s'était contentée de laver en famille ses parchemins douteux, a cru devoir l'aire intervenir la justice, et la prier de mettre un peu d'ordre dans cet abus.

Trois prévenus ont donc paru devant la justice

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criminelle sous l'accusation de faux. — Après le réquisitoire, et le résumé, et les plaidoiries, le jury est revenu avec un verdict d'acquittement ; — le jury a pensé qu'il n'y avait rien de criminel à se faire passer pour un autre à propos de thèmes et de versions, que c'était un tour d'écolier et rien de plus ; — que, d'ailleurs, le baccalauréat était une chose parfaitement insignifiante que Ton ne pouvait plus prendre au sérieux, — depuis, suitout, qu'il y a \ingt établissements dans Paris qui mettent, en trois mois, n'importe qui en état de sortir triomphalement des épreuves.

D'ailleurs, a sans doute pensé le jury, — le mal est fait, — comment le réparer ? — L'Université reconnaît qu'elle a déjoué souvent de pareilles tentatives avant d'avoir recours à la justice, — que c'est même la multiplicité de ces tentatives qui l'a décidée à demandei l'intervention de dame Thémis; — or, l'Université prétend-elle qu'on ne Ta jamais trompée? prétend-elle ([ue, chaque fois qu'un candidiit s'est présenté sous le nom d'un autre, elle lui a dit • « Pierre, je te reconnais, lu n'es pas Paul! »

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On a souvent jjailé tle ^^ands généraux qui savaient le nom de tous leurs soldats; — cela se dit, mais ne se croit pas. — Nous savons comment procédait Napoléon le Grand, (pii valait Lien les autres, pour faire croire aux soldats qu'il les reconnaissait ; il se faisait informer s'il y a^ait dans tel régiment, dans telle compagnie, un soldat d'Egypte,

— puis, en passant devant lui, il arrêtait son cheval et disait : « Je te connais, toi, tu étais à Aboukir. » — Et le soldat reconnu brûlait de se ftiire tuer pour ne pas se montrer ingi-at de tant d'honneur, et les autres disaient: «11 nous connaît tous.»

— Cette innocente supercherie ne faisait de mal à [)ersonne, et causait une gi'ande joie à celui qui en était l'objet et à ses voisins.

Les grands hommes et les hommes élevés sont comme les escamoteurs, — quelle que soit leur habileté, ils ont besoin de compères. — En voici un exemple assez curieux, raconté par le prince de Ligne, qui affirme qu'il a vu la lettre dont il va être question, et qu'il assistait à l'incident qui en fut la suite : M. Necker faisait écrire à Louis XYI des lettres anonymes par un M. de Pezai, qui de temps en temps fournissait au roi quelque mot à effet, ou quelque parole mémorable. — Voici la lettre que cite le prince de Ligne : « Vous ne pouvez pas

régner par la grâce, sire, la nature vous Ta refusée; — imposez-en par une grande sévérité de principes. Votre 3Iajesté va tantôt à une course de chevaux, clic y verra une chose singulière ; un notaire sera là pour écrire les paris de M. le comte d'Artois et de M. le duc d'Orléans. — Dites : « Pourquoi cet homme? faut-il écrire entre gentilshommes? la parole suffit. » Cela arriva, dit le prince de Ligne ; j'y étais, — et on s'écria : « Quelle justesse ! et quel grand mot du roi ! »

Oi' donc, si on ne croit pas trop facilement (|uc de glands généraux, des con([uérants illustres, aient connu le nom et la ligure de tous leurs soldats, — avec lesquels, cependant, ils passaient leur vie, connnent l'Université nous fcra-t-elle croire qu elle connaît, elle, tous les visages de tous les memhres de sa nomhrouse et sans cesse renaissante famille, c'est-à-dire que quatre ou cinq memhres de l'Université, chargés d'interroger des gens qu'ils n'ont jamais vus, diront : « Tu prétends que tu t'a[qtclles Paul... tu as plutôt l'air d'être Pierre. »

Ou, encore, que s'il arrive (ju'un des [trofesseurs croie reconnaître une ligure "[)our l'avoir déjà vue,

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il puisse se rappeler si c'est bien là qu'il l'a déjà vue ; et, encore, s'il arrive à fixer ses souvenirs sur ce point, si la figure, qu'il croit reconnaitre, n'est pas celle d'un pauvre candidat repoussé à un autre examen. — Puisque l'Université avoue qu'elle a souvent découvert la supercherie, puisque nous établissons qu'elle est très-difficile à découvTir, — il faut ajouter, à une perspicacité à laquelle nous voulons bien rendre hommage, la supposition que cette supercherie est très-fiéquente, et que si elle a été quelquefois découverte, elle a un bien plus grand nombre de fois obtenu un succès complet. — Si un chasseur, tirant un coup de fusil dans une nuit obscure, me raconte qu'il a tué deux ou trois perdreaux, je puis, sans l'ofienser, supposer qu'il y avait dans l'endroit où il a tiré énormément de perdreaux, et que s'il en a tué trois, il y en a un grand nombre qui se sont enfuis. Donc, il est évident, incontestable, qu'il y a de par le monde un très-grand nombre de faux ba(jheliers, ayant leurs papiers desavant parfaitement en règle. — Le jury a donc pris le bon moyen : il a à peu près supprimé le baccalauréat, en déclarant que ce n'était pas une chose sérieuse, que l'on n'est pas coupable pour avoir commis un faux à propos du baccalauréat, que ce n'est pas même une peccadille, —

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que cela ne regarde pas la justice, que cVsl coinnie si on amenait des écoliers sur les bancs de la cour d'assises parce qu'ils auraient négligé de faire leur thème, ou copié leur version sur un camarade, ou écrit leur nom avec un canif sur les bancs de la classe, ou caché la leçon à réciter dans le fond de leur casquette, ou souffle un camarade dont la mémoire se montre d'autant plus infidèle qu'il ne lui a rien donné à garder, ou fdé, ou collé au plafond, avec du papier mâché la caricature du professeur,

— ou cousu, pendant la classe, une balle élastique,

— ou joué aux loques les boutons de sa veste. — La cour d'assises, a répondu le jury, ne se charge pas de donner des pensums, — et c'est là une affaire de pensums.

Certes, il sérail bien facile de répondre à ce paradoxe du jury; — mais, au fond, ce qud a voulu faire, — c'est détruire le baccalauréat. — A bon vin pas d'enseigne, s'est-il dit. En faisant tomber cette institution vermoulue, — que ferons-nous ? Enlèverons-nous la science aux vrais savants, à ceux qui savent? Nullement ; nous enlèverons seulement k s enseignes, qui sont les mêmes pour le vrai et pour le faux savant, — pour celui qui a la vraie science, et pour celui (|ui vend de l'eau caclietée en bouteilles.

Il est évident que, puisqu'il est décidé qu'où n'est pas coupable pour faire passer ses examens par un autre, — ni pour pa>~ser des examens à la place d'autriii, — le baccalauréat n'existe plus. — Du reste, il n'a jamais servi à rien, ni rien prouvé.

— Qu'est-ce, en effet, qu'une leçon récitée dont on peut dire ceci : Trois mois avant l'examen, le candidat ne savait pas un mot de tout ce fatras non digéré; trois mois après, il n'en saura plus un mot?

— A tel point que, si on permettait aux candidats d'examiner à l'improviste leurs examinateurs, il est probable que les examinateurs ne seraient pas reçus. — Et je me rappelle qu'un jour, chez Victor Hugo, je disais à un grand maitre de l'Université : « Monsieur, vous êtes un des hommes les plus savants de ce temps-ci ; eh bien ! si on venait à l'instant même vous faire subir un examen un peu sévère pour le baccalauréat, oseriez-vous affirmer que vous seriez admis ? »

Quelle garantie présente une science qu'on peut acquérir en trois mois, et que l'on ne conserve pas?

Il en est un peu de l'éducation des hommes comme de celles des chevaux. — A quoi sert un bachelier ? à quoi sert qu'un cheval fasse une lieue en cinq minutes, s'il doit crever à la sixième minute?

11 aurait été di ticilo que le jury, d'ailleurs, en- 11. 6

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voyàt ceux qui ne sont pas assez et ceux «|ui sont trop bacheliers aux travaux forcés. — C'est grave, de tricher au baccalauréat, et c'est faire un peu tard des farces d'écoHers; — mais, enfin, il vaut encore mieux usurper un diplôme de bachelier, que d'empoisonner son ami et son créancier, comme a fait Baurain, qui, par la cour d'assises de Seine -et-Oise, vient d'être condamné pour ce fait aux travaux forcés. — 11 vaut mieux, à la rigueur, faire une version pour un autre, que d'assassiner sa maîtresse à coups de couteau. — Sans l'acquittement des faux bacheliers, il aurait pu leur arriver ceci : que les trop forts en thèmes se seraient trouvés enchaînés avec Baurain l'empoisonneur et avec Iliribarnegaray l'assassin. — On ne peut pas dépenser toute son indulgence en faveur des empoisonneurs et des assassins. — Cet exemple de la sollicitude dont MM. les assassins sont entourés par le jury est remarquable.

Baurain devait sept cents francs à son ami ; — celui-ci n'avait même pas demandé de liillet. — De ce procédé, Baurain lire la conséquence que voici . — Si mon ami mourait, on ne pourrait jias me \vclamer les sept cents francs. — Et iiaturellennnl il empoisonne son ami.

Hiribarnegaray avait une maîtresse; de leur

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Liiii(j!i étaient nés trois enfants. — Un jour elle refuse de lui donner du café qu'elle avait préparé pour sa mère; Iliribarnegaray, justement irrité, tue sa maîtresse à coups de couteau.

Le jury a admis, en faveur de ces deux messieurs des circonstances atténuantes.

Cette sollicitude pour les assassins va plus loin qu'on ne pense. Les ordonnances qui défendent de porter des armes ne sont pas faites évidemment contre les assassins. — Un assassin qui encourait autrefois la peine de mort, et aujourd'hui celle des travaux forcés, se soucie peu d'être condamne à mort et à quinze francs d'amende, — aux galères et à quinze francs d'amende. — Ces ordonnances sont évidemment faites contre les bourgeois, qui, attaqués, pourraient bien tuer un assassin, par hasard, s'il leur était permis de jtorter des armes. Les choses sont aujourd'hui tellement établies, que, de tous les citoyens français, celui qui est le moins exposé à être tué, est celui qui a empoisonné son père ou tué sa maîtresse à coups de couteau ; — les grilles et les verrous de la prison le garantissent de la mort, dont la justice n'a pu garantir ses victimes.

Jeanne Etchard a été tuée pour avoir refusé de donner à Uiribarnegaray le café de sa mère ; — Iliribarnegaray ira aux travaux forcés pour avoir

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tué Jeanne Etchard. Malgré le verdict du jury, je considère le crime d'Hiribarnegaray connnc au moins aussi grand que celui de Jeanne Etchard ; le tout sans manquer en rien au respect (|ue je dois aux citoyens revêtus momentanément de la dignité de juges. Je distingue le juge de l'homme, — aussi ne |)arlé-jc qu'à ceux de mes compatriotes (|ui ne sont plus du jury ou n'en ont pas encore fait partie. Les descendants de Mahomet sont honorés par les Musulmans, quelle que soit la condition dans laquelle ils aient été placés par le sort. — A eux seuls il est permis de porter un turban vert. — 11 arrive cependant parfois qu'un shéiif a méiité la bastonnade; — alors, le cadi lui enlève le turban avec respect, le baise et le dépose en lieu sur. — On donne alors au coupable le nombre de coups de bâton auquel il a été condamné, [)uis, le cadi reprend respectueusement le turban verl, le rebaise et le lui replace sur la tèle.

U y a dans le conte du Pelit Poucet un détail qui en dit plus qu'il n'est gros, et (jui me parait phib' instructif qu'on ne me semble le remarquer d'ordinaire. — Celui qui est généreux et désinlé-

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lessé, celui (|ui jette du pain le long de sa route, ne retrouve ni la route ni le pain, et se couche sans souper. — Celui qui, au contraire, ne sème que des pierres couchera sous un toit et soupera avant de s'endormir.

Est-ce dans ce coin-là que Perrault a voulu cacher la morale de son conte, — qui, du reste, ne conseille que la défiance et la ruse ?

Quand on a des enfants à soi, et quand on se i appelle, on est Lien emban^assé pour leur éducation. — On sent bien que pour être heureux et bien vus de (ous, il faudrait qu'ils fussent un peu égoïstes, un peu avares, un peu voleurs, un peu Iraitres ; mais on n'ose pas le leur dire.

A propos de café dont je parlais tout à l'heure, lautorité s'émeut, en ce moment, d'une industrie coupable, à l'exercice de laquelle elle est décidée à mettre un terme. — « Les environs de Paris, lit-on dans les journaux officiels, sont parcourus par des individus se disant représentants d'une importante maison de commerce, et offrant à très-bas prix du café en poudre contenu dans des paquets d'un demikilogramme. — Lorsqu'on défait ses paquets, on

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trouve à la surface quelques grammes d'cjccllcnl café, mais le reste n'est que de la pouthe de tan, — Les auteurs de cette escroquerie, dont un grand nombre de personnes ont été victiuics. sont activement recherchés. »

Il faut avouer qu'il y a des gens, ou qui sont bien maladroits, ou (|ui ont bien envie de se faire des affaires avec la justice ! Si, au lieu de mettre du café excellent par-dessus du tan, ces individus avaient mêlé du café médiocre avec de la chicorée, ou de fausse chicorée, de la terre noire, etc., — cela leur coûterait moins cher, et, au heu d'être des escrocs, ils seraient des négociants exposés à èlre accusés de sophistiquer le café.

Il y aurait pour eux tout avantage, — ils composeraient leur mélange à meilleur marché ; — ils n'encourraient pas le vilain nom d'escrocs, et ils ne s'exposeraient pas à des peines aussi fortes.

L'Académie des sciences vient de dérioncer au mi-nislère de la police l'audace d'un saltindxuique qui, dans u;'e foire de village, s'est montré sur le? tiéleaux avec l'habit officiel de l'Académie, — l'uniforme de la science, — et (|ui arrachait des deid>

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sans douleur, ou plutôt " les cueillait » selon sa pii'-tfntion ; on m'affirme que ce hardi dentiste ressemblait à M Leverrier.

Cela vient à l'appui de la décision du jury dans Taffaire dû baccalauréat. — Il ne suffira plus d'être habillé de vert foncé avec des palmes vert clair ; — il ne suffira plus d'avoir ses papiers de savant en règle ; - Il ne suffira plus d'une peau de mouton ou d'une peau d'âne, pour être honoré, vénéré et appointé comme savant. — Vous me direz que, cela convenu, il restera encore bien des petites choses à redire : on appellera encore et toujours savants ceux qui sauront un très-grand nombre d'erreurs, — comme on appelle « une belle vue » un endroit d'oii Ion voit beaucoup de vilaines choses à la fois.

On appeller:! eiH-ort' savants ceux qui, s'emboiirbant un peu plus loin que les autres, s'embourberont davantage ; — on appellera encore savants ceux qui feront des livres si ennuyeux qu'on aimera mieux les admirer que de les lire ; on appellera encore savants , ceux qui , n'ayant ni génie, ni esprit , ni invention, ni verve, ni bon sens, ni sensibiUté. ni observation, feindront de mépriser tout cela chez les autres, se fusant un mérite de ne pas le posst'der, parb-ront de ces fjcultés puissantes comme

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{l'autant d" infirmités, comme d'une loupe ou d'une gibbosité, et auront Tair très-indulgents en ne traitant ceux qui en sont affligés que d'esprits légers et superficiels.

On appelleia encore savants ceux dont les bévues, faites d'un air sérieux, ne font rire que les autres. — Les savants domineront par l'ennui comme d'autres par l'avarice, comme d'autres par la fourberie, comme d'autres par la violence et le mépris des lois; — comme d'autres par le mensonge et l'apostasie. — Soyez tranqudle, il y aura des savants, il y en aura toujours.

A propos d" Académie, — elle a laissé dire pendant quclijue temps qu'elle se proposait de rayer Victor 11 II go. — 11 était déjà tout joyeux de ne plus être dedans avec MM. Nisard et Sainte-Beuve, et d'être à la porte avec Molière et Balzac. — C'était, dans l'exil, une consolation qu'il est dur de ne pas lui avoir donnée.

J'ai longuement plaidé autrefois contre In concession des clîcmins ferrés faites à des entreprises

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parliculicres, — le temps et rexpérieiKc sont loin de in avoir donné tort, — Outre l'agiotage auquel ont donné lieu ces concessions, et (jue l'Etat hiimême aurait eu de la peine à éviter — (je ne dis pas que c'aurait été impossible ), — il faiit (|uo les possesseurs d'une concession, pour un temps limité, fassent d'avance le calcul de leurs dépenses et de leurs bénéfices. — Qu'il se présente des iierfeclionncments importants dans la locomotion sur les routes ferrées, laquelle est encore dans l'enfance, les administrations actuelles, — quelques unes pendant près d'un siècle, — ne pourront ni ne voudront les adopter. — Entre ces directions, les unes seront beureuses et feront des bénéfices, les autres n'essuyeront que des pertes; — sui- les voies en mauvaise situation d'affaires, elles feront d'inqtrudentes économies. — L'État, au contraire, maitre des cliemins de fer, pourrait employer les bénéfices d'une route à combler les pertes d'une autre ; — l'Élil expérimenterait et admettrait toutes les améliorations, tous les perfectionnements. — Dans les mains de l'État, les clieinins de fer pourraient ne pas donner de bénéfices, ils pourraient même coûter de l'argent, si l'intérêt et la sécurité publlipie l'exigeaient.

\h\>\, supposons aujourd'hui (jue l'on imagine un 11. 7

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moyen trcmpèclier les waggons de tlh-aillcr ; — supposons que Ton remplace le combustible actuel par une substance qui ])crmctte de ne plus craindre l'explosion. Si cela doit coûter de Targent, les administrations actuelles ne les admettront pas.

— Supposons , au contraire , que ces perfectionnements permettent, par réconomie qu'ils apporteront, d'abaisser le prix des transports, — les administrations accepteront ramélioration, mais n'abaisseront pas leurs prix, ou du moins ne les abaisseront pas jusque-là oîi ils pourraient être abaissés.

Et ce ne sont pas des rêves et des utopies; en ce moment, on cherche, on trouve. — La locomotion sur les routes ferrées est une science ébauchée, et il y a des concessions pour quarante ans, pour soixante ans, — pour quatre-vingt-dix-neuf ans même, je crois.

Le prix du transport est tro^> cher. — On est beaucoup moins à soixante lieues qu'à vingl-cinq francs du Havre; là est la distance, là est Tobstaclc.

— Les chemhis de fer ne vivront pas en héritant des voyageurs des diligences ; s'il faut qu'ils se créent une clientèle de gens qui ne voyageaient pas autrefois — pnur cela, il faut abaisser les \m\, [jcrmeltre [dus de bagages, etc. ; jus(iu"ici c'est le contraire (jui a lieu.

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Supposez aussi qu'on admette ce que j'ai demandé à propos des associations mutuelles d'ouvriers, c'està-dire qu'on donne à l'ouvrier qui va chercher de l'ouvrage une feuille de route à \)rh n'duit. — Fh bien 1 ça ne se peut pas

Que diriez-vous si un gouvernement précédent avait loué les rues de Paris à un entrepreneur de iiacres, il y a trente ans, pour un espace de soixante ans? — Vous rappelez-vous ce qu'étaient les fiacres il y a trente ans, des boites disloquées, — et les chevaux, de pauvres bètes qui, sous le fouet, prenaient le plus long pour s'en aller à l'abattoir, auquel elles étaient condamnées déjà quand on les achetait pour les mettre aux fiacres. — Je me rappelle que, dans mon enf;mce, une servante de chez nous, femme d'un cocher de fiacre, demanda à ma mère une avance de sept francs pour remplacer un cheval que son mari avait perdu ; — la peau vaut cinq francs, le cheval était donc censé gagner deux francs, en la portant lui-même et à pieds chez l'équarrisseur. — C'est en portant cette peau à l'équarrisseur que la pauvre bète faisait quelques courses pour les bourgeois de Paris.

Eh bien I il est incontestable que nous en serions encore là. Lorsqu'on 184S je faisais un procès à l'administration du chemin de fer du Ha^Te, — on

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me disait : « Vous perdrez le piYtcès, mais probablement ce sera si odieux, qu'on couvrira néanmoins les waggons de troisième classe;— mais vous perdrez le procès. »

La chose est faite, et on ne parait pas disposé à revenir sur le passé, — en ce qui concerne les chemins de fer; — mais dans l'état actuel des choses, on doit être d'une exigence extrême, au moins pour l'exécution des conditions faites aux entreprises ; — comme il n'y a i)as de concurrence possible, il faut exiger que l'administration des chemins de fer n'ouhlie pas qu'elle est au service du puhlic.

En France, où on se montre parfois, et sans trop choisir les raisons ni le moment, fort peu patient h l'égard des rois, on l'est beaucoup trop à l'égard des cochers de fiacre.

Les entreprises des chemins de fer — sont des entreprises de fiacres en grand ; — de plus, si un fiacre ne marche pas, ou cahote trop, on en prend un autre. — Vous n'avez pas la même ressource avec les chemins de. fer; donc l'autorité doit se montrer plus sévère à l'égard des chemins de fer qu'à l'égard des fiacres; — c'est le contraire qui a lieu.

Logiquement, un entre])reneur de transport — est \\n marchand qui vend du temps cl de l'espace;

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il iK' dépend pn> (]r lui de ne pas vous liviv-r In chose vendue. — S'il vous a vendu, moyennant tel prix, le transport de votre personne, dans telle voiiuje, en tant de temps et à telle distance. — il ne p< ut rien changer au contrat ; — c'est aussi rigoureux que si, vous ayant vendu une livre de sucre blanc, il vous donnait une demi-livre de sucre lirut m(M<'' de grés ; c'est une vente à faux poids, — d'une marchandise sophistiquée, c'est un vol.

(>e n'est pas fpic les chemins de f»-r qui se permettent cette fraude, — tous les entrepreneurs de transport en sont là.

L'équité veut qu'ils soient \mn\> (piand ils ne livrent pas ce qu'ils ont vendu. — Je ne sai> (pielle est l'opinion de la justice, — elle ne parle pas.

Quand il arrive un accident sur un chemin de fer, il devrait être défendu aux journaux d'admettre la note, toujours atténuée, envoyée par l'administration. ou le récit souvent exagéré qui court les rues; — ou du moins, s'ils ne l'attendent pas, ils devraient insérer ensuite l'enquête judiciaire qui devrait être faite à ce sujet.

Quand un capitaine de la marine perd son bâtiment sur lequel — il a dû rester le dernier, — quelque évidents que soient sa capacité, son cour;iL'e et son dévouement, on lui ôte son épée, et il

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est mis en jugement; — sauf à être acquitté honorablement.

11 me semble que les administrateurs et les employés (les chemins de fer ne pourraient qu'être honorés d'être traités comme les officiers de la marine.

Je le répète, on doit appliquer aux entrepreneurs des chemins de fer toutes les lois et ordonnances faites contre tous les entrepreneurs de voitures, — et avec un degré de plus de sévérité, parce qu'il n'y a pas de concurrence. L'État n'a pu aliéner la sécurité des citoyens ; les contrats qui ne l'auraient pas réservée sont nuls de plein droit et de plein bon sens.

La seule objection à ce que je dis, c'est que les cochers de fiacres sont de pauvres hères déguenillés qui gagnent quarante sous par jour, et que les administrateurs des chemins de 1er sont de gros messieurs cossus...

Allons donc, — personne n'oserait me donner cette raison tout haut, — el si haut qu'on la donnât, la justice ne peut pas l'entendre.

J'entends, par-ci, par-là, des gens qui, à demivoix, se plaignent de ce que la pensée n'est pas li-

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ijrc ; — j'avoue que je ne comprends pas ces plaintes : je vois tous les jours ini])rimer les choses les plus fortes dans certains journaux; — ces feuilles hardies ne laissent imposer aucunes limites ni à leur enthousiasme ni à leurs attaques; — elles secouent résolument le joug de ces [iréjugés surannés, qui voulaient qu'on respectât les malheureux, les exilés, les ruinés, les désarmés, ceux qui ne peuvent se défendre, ceux qui ne peuvent répondre, — les vaincus de toutes sortes, connue dit la chanson populaire :

Ju vaincrai par j.ucne, Je vaincrai |iar meire Ou par trahison.

Je ne crois pas que la liberté ait jamais été aussi loin.

Mais, répondront les éternels mécontents, tout le monde jouit-il de cette hberté? — Non, répondrai-je, — et c'est là le beau, — c'est là ce qui consolide la liberté de la pensée, que le premier brouillon venu n'en puisse abuser à sa guise. — On ôte bien les couteaux aux enfants pour qu'ils ne se coupent pas les doigts ; on ne leur permet pas, que je sache, de jouer avec des armes à feu.

Il y a hberté complète de la [»cnsée pour ceux qui pensent bien.

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Par exemple, dans le domaine de la mode, car il ne s'agit pas ici de politicpie, bien entendn, nn certain nombre de gens, — entre les coulenrs, ont adopté... supposez le vert ; — le vert est une couleur qui a son mérite, elle n'est pas trop salissante, elle n'éblonit pas les yeux; — enfin, elle est à la mode ; — on n'empêche personne de s'habiller de vert, il y a sm- ce point une liberté absolue et sans limites: mais si vous ne vous en contentez pas, et (pie vous ayez l'idée bizarre de vous habiller de bleu, — si on se moque de vous, si on vous injurie, si on crie à la chie-cn-lit, si on vous refuse l'entrée des endroits publics, si on vous rosse un peu, vous (Moirez-vous le droit de vous plaindre? — Vous avez Il liberté de vous habiller de vert ; -le vert a beaucoup de nuaiices, — c'est une liberté très-large qui p;-ut suffire aux gens honnêtes, mais ça ne vous suffit pas, tant pis pour vous, — acceptez les huées et les mauvais traitements, et ne vous en prenez qu'à vous, — qui aviez la liberté de vous habiller de vert et n'avez pas voulu en user; — surtout ne vous plaignez pas de manquer de liberté,— puis(pie votre malheur vient de ce que vous en avez tiop; — l)uisiju'il yeti.auiu dont vous ne vous servez pas.

.le voudrais bien savoir ce (pi'on n'-poiidrail à ce

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laisuiinement ; — mais on ne rt'ijundra [\ii^, et comme dit Mcutial : — « C'est une grande elio^e f^ue de savoir se taire. «

lîtjN Cil inagua tacere.

Que l'un li:>e dans les journaux, aux fdiU-Pdri^, ramionce d'un nouveau procédé mécanif^ue au moyen duquel Tentrepreneur, i' mettant la question de patriotisme avant la question de bénéfice, » donne pour soixante-dix francs des portraits à rhuile tout encadrés.

Que l'on lise l'annonce d'un ouvrage récent de M. Paul Lacroix, et que l'on me dise si jamais on a, à aucune époque, poussé aussi loin la liberté. — disons mieux, — la hardiesse do la pensée.

Il \ a ([uelques jours, un débat s'est engagé devant les tribunaux entre un gendre quelconque et un entrepreneur des pompes funèbres. — Cet entrepreneur s'appelle Waflard, — si je donne son nom ce n'est pas par médisance, c'est pour constater que

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