‹ Nouvelles heures de travailChapitre 4 sur 11 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Il y avait, en ce temps-là, à reitrémité da jardin du Luxembourg une maison monacale qui portait sur une lanterne cette inscription : Hôtel de la Chartreuse. C* était, comme le nom l'indique, une ancienne dépendance des Chartreux que la première révolution avait transformée en hôtel garni.

J'habitaisQalors ce débris de couvent, avec quelques condiciples de prédilection, qui achevaient là, cette dernière initiation à la vie de la pensée que la philosophie indoue appellait la seconde naissance.

Nous y vivions, comme les anciens moines de Saint-JBruno, à peu près en communauté. Nous n'avions entre nous qu'une seule bourse, et je crois même, une seule opinion. Nous dînions à la même ' table, nous discutions à la même lampe ; car, il faut bien l'avouer, nous passions une partie de nos soirées à ballotter dans nos mains les destinées de l'humanité.

Il y avait cependant, à Thôtel de la Chartreuse, un locataire qui refusait de participer à notre confrérie. Il paraissait beaucoup plus âgé que nous, à en juger du moins par les nombreux filets d'argent qui blanchissaient déjà ses cheveux. Nous ignorions jusqu'à son nom de famille. Nous l'appelions entre nous le Trei%e^ parce que c'était le numéro de sa cellule. Comme j'habitais le numéro douze, j'étais par les murs, son plus proche parent. Chaque fois que je le rencontrais, il prenait l'initiative du salut. Mais cette afTectation même de politesse me paraissait une manière détournée de me tenir à distance. Il dînait à la table de l'hôtel, mais rarement il intervenait dans notre causerie. Sa figure toujours sérieuse refoulait toute tentative d'intimité. Aussi, avions-nous fini par prendre en défiance ce spectre muet assis à nos repas.

On soir cependant, c'était l'anniversaire de la première révolution, une portion de la colonie était allée faire un pèlerinage à la place de la Bastille. Nous étions restés trois seulement à garder les pénates de la communauté.

L'un était Marcel, prophète tourmenté de l'avenir, qui devait un jour confesser publiquement sa foi au soleil de la seconde république. Disciple impatient de l'idée, il voulait dès lors tourner brusquement la dernière page de la civilisation. L'autre était Raymond, physiologiste profond, élevé à l'école panthéiste de l'Allemagne. Il est allé modestement ensevelir sa science dans une vallée des Pyrénées. J'étais le troi-

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