‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 123 sur 132 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

amoureux, et ce fut la véritable cause de la dissolutioD de cette compagnie si estimée, qui existerait peut-être encore, au grand avantage des hypocondriaques , sans les sottises et les bizarreries du vieux fou de capocomico.

Ce bonhomme avait amassé du bien , de Tor, des bijoux , des diamants ; sa fille, la comédienne, sans désirer précisément la mort d'un père chéri , attendait pourtant avec une certaine impatience cet héritage étincelant. Voyant le vieillard entouré d'embûches, cette fille s'irritait des faiblesses amoureuses de Truffaldin , et se permettait des railleries imprudentes. On ne manquait pas de rapporter ses paroles aux oreilles du vieux, qui entrait en fureur. Sacchi en vint peu k peu jusqu'h détester son enfant. Les autres acteurs blâmaient aussi ses amours décrépites ; et comme , par habitude , il faisait le despote et gouvernait fort mal , ses associés commencèrent h se plaindre.

Truffaldin , honteux de voir ses faiblesses connues , mais plein d'entêtement et résolu k ne point se réformer, furieux des critiques qu'on faisait de son injuste direction et de son administration désordonnée, était devenu une espèce de diable. Toutes ses paroles k sa fille, k ses associa, k toutes les personnes de la troupe, étaient morsures de chien. Les réponses n'étaient pas douces. Toutes les conversations tournaient en querelles. On ne voyait que mines refrognées. Celte compagnie, autrefois le modèle de la bonne harmonie, devint un enfer, oii régnaient la discorde, les soupçons, la colère et la haine. On se regardait les uns les autres de travers

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comme des loups sournois. Par moments, les injures étaient échangées si gaillardement, qu'il y eut des épées et des couteaux tirés, et que les assistants eurent bien de la peine k empêcher l'effusion du sang. L'air des coulisses étant malsain , je commençai k m'éloigner.

Pour donner matière a réfléchir au vieux capo-comico, je liai ensemble une quantité de livres espagnols et de paperasses que Sacchi m'avait prêtés, et je les lui renvoyai comme si j'eusse perdu toute envie de cherclier des sujets de comédies. Mon éloignement produisit peu d'effet, et je connus par Ik que la compagnie était mortellement malade.

Déjà Petronio Zanerini , le meilleur acteur de l'Italie entière; Dominique Barsanti, autre acteur parfait; Louis Benedetti et sa femme, tous deux excellents ; Augustin Fiorilli , cet inimitable Tartaglia, vaillant soutien de la comédie dellartej avaient déserté par ennui et dégoût , et s'étaient attachés k divei-ses troupes comiques. Celle de Sacchi n'était plus qu'un squelette. Le patricien k qui appartenait la salle de San-Salvatore s'effraya du mauvais état de celte compagnie mourante; il avait d'ailleurs k se plaindre de la grossièreté du capo-comico : c'est pourquoi il loua son théâtretjl. une autre troupe. Âthanase Zannoni lui-même , beau^^re de Sacchi , honnête homme, du caractère le plus doux , et le dernier grand acteur qui nous restât encore, ennuyé des sottises du directeur, et justement préoccupe des besoins de sa nombreuse famille, traitait secrètement avec la compagnie de St-Jean-Chrysostome.

Un matin, je vis entrer chez moi Sacchi, accoui-

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