‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 83 sur 132 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Marie Gaoziaiii , danseuse renommée et sage , passait dans cette ville les derniers mois de sa grossesse. Je vais chez elle pour lui faire une visite. Sa femme de chambre me regarde , ouvre la porte et dit k sa maîtresse : c Madame, voici le seigneur Michel deU'Âgata qui désire vous voir. > J'entre, et la signora Canziani éclate de rire de cette erreur ; fort heureusement elle ne la partageait point. En sortant de chez elle, je traverse le pont Saint-Laurent , et je rencontre sur ce pont le fameux professeur d'astronomie Toaldo, que je connais parfai* tement, et qui me connaît très-bien. Je le salue. U fixe ses yeux sur moi, ôte son chapeau avec gravité, et me dit : c Bonjour, Michel ! > puis il passe son chemin et s'en va k ses affaires, comme s'il venait de dire une chose toute simple. Cette persistance générale m'étonne : la tête me tourne; je me demande si je ne suis pas Michel , et si ce n'est point par une méprise que je me crois Charles Gozzi. Heureusement, Michel n'avait pas d'ennemis, et personne ne songeait k exercer de vengeance sur sa personne.

Un soir, la chaleur était grande ; une lune splendide éclairait la place Saint-Marc, et je me promenais sur cette place, en cherchant le frais et discourant avec le patricien François Gritti. J'entends une voix crier k mes oreilles :

— Que fais-tu ici k cette heure? que ne vas-tu dormir, âne que tu es?

En même temps , je reçois par derrière deux coups de pied bien appliqués. Je me retourne furieux, prètk combattre , et j'aperçois le seigneur André Gradenigo , lequel me regarde attentivement et se confond en excuses.

disant qu'il m'avait pris pour Daniel Zanchi. J*aocepie les excuses au sujet du titre d'âne et des coups de pied : mais je demande par quel hasard on avait k faire à Daniel des confidences de ce genre. Le seigneur Grsdenigo me répond qu'il est intimerait lié avec Zandii, ei qu'il voulait lui jouer un malin tour , moyennant quoi j'en suis pour mes coups et mon apostrophe. Ce D'est encore rien que cela.

Sur la même place Saint-Marc, je causais un jour avec mon ami Charles Ândrich. Je vois venir de loin un Grec portant moustaches, vêtu de long, le bonnet rouge sur la tête> et tenant par la main un enfant habillé comme lui. Aussitôt que le Grec m'aperçoit, son visage s'épanouit ; il vient k moi d'un air ouvert , me saisit dans ses bras avec transport , me plante un baiser sur la joue, et , se retournant vers l'enfant :

— Allons , petit , dit-il , baisez la main k votre onde Constantin.

Je demeure glacé, immobile comme une statue ; finalement, je demande pour qui ce Grec s'avise de me prendre,

— Belle question, dit-il ; n'êtes-vous pas mon meilleur ami, Constantin Zucalk?

-7- Non, je ne suis point Zucalk; je ne veux pas l'être, et je n'embrasserai point le petit.

Andrich se tenait les flancs de plaisir, tandis que j'employais cinq minutes h persuader au Grec qu'il se trompait. Inquiété de ces méprises , je résolus de faire, cette fois , des recherches sur le susdit Zucalk. Je prends des informations chez un marchand , et je découvre avec

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