PRÉFACE SU TRADUCTEUR' XVII
oublie son espHt — « et il fait bien — pour ne laisser parler que son cœur. Il parle à Mirl avec une éloquence émue ; et Mirl qui sj'aperçoit que cette élo-* quence est sincère^ qu'elle ne ressemble en rien à celle qu'on lui a fait tant de fcHS entendre sur le même sujet| écoute notre Kobi avec faveur et finit par lui promettre 4e se faire son avocat auprès du Randar..* Plus heureux que certains ambassadeurs de haut parage qui ne se fiancent que par procuration, selon l'étiquette, avec telle ou telle princesse destinée à un maître auguste, notre diplomate du Ghetto demande et obtient pour lui-même l'héritière qu'il avait été chargé moyennant une récompense honnête de ramener au fils du Président. N'allez pas croire au moins que les circonstances seules aient décidé le fils du petit bourgeois Rebb Wolf à jeter les yeux sur la belle et riche fille du Randar, que Taccueil inespéré du père vaincu par son habileté et celui de la fille cédant à la soudaine et réelle passion de Kobi pour elle, aient changé subitement la tactique de ce dernier en le transformant de simple agent matrimonial salarié en un hardi prétendant. Croire cela ce ne serait connaître que médiocrement notre mine : De retour chez lui, il annonce à ses parents stupé* faits ses fiançailles avec la fille du Randar. Et lorsqu'ils lui adressent cette question bien naturelle : « et le fils du Président? » Celui-là... répond Kobi
Xvm PRÉFACE DU TKADUCTËWR
— et cette réponse vaut son pesant d'or — « mais je n'avais jamais songé à lui. n
Un Anniversaire (Jahrzeit) est un drame domestique plein d'émotions et de larmes où M. Kompert fait preuve de beaucoup de cœur et d'un rare talent de conteur. Disons aussi que des trois Nouvelles dont on offre ici la traduction au lecteur un Anniversaire est celle où nous entrons le plus avant avec l'auteur dans les mœurs et la religion juives.
Chez les Juifs on célèbre d'une manière toute particuUère et bien touchante assurément l'anniversaire de la mort de ses parents. Ce jour-là on jeûne et cela dès la veille. Dès la veille aussi on allume une veilleuse funèbre en souvenir du défunt. Mais l'acte principal de cette journée commémorative consiste en une prière que les enfants et ceux du sexe masculin seulement récitent la veille et le matin de l'anniversaire dans la synagogue, après l'office, en l'honneur et en souvenir de leur père ou de leur mère. Ajoutez qu'à défaut de descendants mâles immédiats, ce sont les petits-enfants et parmi ceux-ci toujours les garçons bien entendu qui rendent alors ce pieux devoir à leurs défunts grands-parents. Cette prière s'appeUe en hébreu Kadisch. M. Kompert, pour le dire en passant, nous en a donné une définition pleine d'élévation philosophique et de touchante poésie qu'on lira avec intérêt dans notre traduction.