‹ Nouvelles juivesChapitre 14 sur 28 · XX , PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

XX , PRÉFACE DU TRADUCTEUR

fille à la hftte; et tout ce qu'il peut &ire désormais pour elle c'est de ne pas la maudire au momeat où elle quitte la maison pateraelle prête i se rendra en Hongrie avec son idole Jacques. Esther ne survit pas longteihps à ce triste événement. Durait rannée de deuil tout entière c'est Jacob Loëw qui à défaut d'enfants mâles se rend matin et soir à la synagogue où il dit Kadischpour la défunte» Jacob Loëw s'isole complètement du monde, ne reçoit plus âme qui vive si ce n'est Maier son neveu et son voisin et refuse impitoyablement toutes les lettres qui pendant plusieurs mois lui sont adressées d'une certaine ville de Hongrie.

Un soir toute la rue est mise en émoi par les aboiements interminables d'un chien que Jacob Loëw s'était donné depuis quelque temps comme compagnon et comme gardien. Une voix lamentable et suppliante s'est mêlée pendant toute la nuit aussi aux aboiements du chien. Une fenêtre de la maison Loëw s'était bien ouverte une fois mais elle s'était aussitôt refermée. Le lendemain Maier, en traversant le village par une de ces froides matinées d^utomne pour aller à ses affaires, fut frappé d'un singulier et navrant spectacle. Sur un banc de pierre placé en face de la maison de son oncle Jacob Loëw, dormait avec un pauvre petit enfant dans ses bras une femme jeune et belle mais qui semblait cruellement éprouvée par

PRÉFACE DV TRApUCTBUR XXI

les souffrances et le malheur. Cette femme, on Ta déjà reconnue. Dépuis quelques mens son volage mari Ta abandonnée pour aller soi^^iisant rétablir ses affaires en Amérique. Elle, elle est venue de bien loin ; car elle à voulu célébrer dans son village natal même Tànniversaire de la mort de sa môre qu'elle savait coïncidera quelques jours près avec Fépoquede Tannée oti l'on se trouvait. Combien est heureuse et dramatique de la part du nouvelliste, l'idée de £aiire rencontrer en ce moment même avec Blumelé, — car c'était elle, — ce Maier qui Pavait tant et si sincère-^ ment aimée autrefois et qu'elle a si cruellement repoussé et dédaigné. Le caractère de Maier, cette âme d'élite à l'enveloppe vulgaire et quelque peu disgraciée de la nature^ est peint en traits pleins d'une touchante vérité. Comme Jacques le Hongrois, comme Jacob Loëw il fait honneur à la féconde imagination de M. Kompert si habile à créer des types; ces types dont ses œuvres ofifrent une galerie si variée et si intéressante. Pour en revenir à notre ami Maier il oublie le passé et ne veut écouter que les inspirations de son bon cœur. C'est un personnage qui nous rappelle, dans une autre sphère d'existence sinon de sentiment, un des héros les plus sympathiques de Mme Sand. Je veux parler de ce sir Ralph qui lui aussi avait été sacrifié par sa cousine à une espèce de Jacques le Hongrois de haut parage s'appelant

Page 1