XXII PRÉFACE DU TRADUCTEUR
dans le roman français Raymond de la Ramière. Maier comme sir Ralph ne cherche qu'à consoler son Indiana délaissée et malheureuse. Il ne demande qu'à cicatriser les blessures de son âme. Il emmène Blumelé ainsi que son petit garçon ; il les installe tous les deux dans une chambre écartée de sa maison. La mère et son enfant s'endorment bientôt de lassitude et Maier veille à la porte. Il a pour Blumelé et pour son petit garçon des délicatesses et des tendresses de cœur toutes féminines qui prennent leur source dans TafTection le plus sincère, dans l'amour le plus touchant. Blumelé revenue de sa fatale erreur rend justice à cette excellente créature qui s^appelle Maier. Mais lui ne s'arrête pas là. Il a conçu et réalisé depuis quarante-huit heures une pieuse et touchante pensée. A l'insu de Blumelé il a enseigné avec une patience d'ange au petit garçon de sa cousine h prière du Kadisch. Il la lui a fait épeler syllable par syllable, mot par mot. L'enfant la possède maintenant d'un bout à l'autre et la récite, grâce à de multiples répétitions, sans broncher.
Avec le dénouement on touche au cœur du sujet. Il est tiré des entrailles mêmes des coutumes et de la religion juives. Quand le désolé vieux Jacob Loëw, le matin même de l'anniversaire de la mort de son Esther, s'est disposé, en s'approchant de l'arche sainte de la synagogue, à dire Kadisch pour
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la pauvre défunte, Maier lui réservait une surprise bien douce :
ce Pendant que Jacob Loëwe prie, sa voix est « comme couverte par les sons argentins d'une voix « d'enfant. Force fut à Jacob Loew de s'arrêter. « Cette image d'un bonheur que le ciel lui avait re- « fusé l'a par trop ému. « Quel est cet enfant? s'é- « cria-t-il avec une grande émotion dès que les derniers sons de la prière se furent éteints. » Mon « oncle,' répondit Maier placé derrière lui, c'est ton « petit-fils et celui de ton Esther.... c'est l'enfant « de Blumelél » — Où est l'enfant? s'écrià-t-il , les « larmes qu'il répandait par torrents l'avaient em- « péché de l'apercevoir, — où est l'enfant de Bluc mêlé? Maier souleva bien haut l'enfant dans ses « bras et le déposa dans le sein de son grand-père. « Des bras tremblants entrelacèrent l'enfant . — <K Blumelé ! où est ma Blumelé ? s'écria Jacob a Loëw, »
Ce que je louerai surtout dans cette nouvelle, outre l'art suprême avec lequel les choses sont racontées, c'est l'heureux parti que M. Kompert a tiré des mœurs, des cérémonies et des fêtes juives. Il les fait entrer dans le corps même du récit qui leur emprunte de la sorte une grande vérité de couleur locale. C'est bien là la vraie manière de nous faire pénétrer dans la vie des ghettos, au sein de leurs mœurs