‹ Nouvelles juivesChapitre 4 sur 28 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR V · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR V

dans M. Kompert le moraliste à côté du peintre» La Princesse (Die Prinzessin) est une délicieuse pastorale à tendance dont les personnages se déta« chent sur un fond rustique plein de grâce et de fraî* cheur.

Trop souvent on a reproché aux Juifs avec plus ou moins de raison, il est vrai, de s'adonner presque exclusivement au négoce sans montrer le moindre goût pour l'agriculture. M. Kompert nous fait voir par l'exemple de ^Rebb Feivel le paysan et de sa famille que les Juifs, pour peu qu'ils y trouvent encouragement et sécurité, s'entendent aussi bien que d'autres à cultiver les terres, à administrer une ferme.

Rebb Feivel, la sage et bonne Gitel sa compagne et leur fils losef, ex-caporal dans les armées de sa Majesté appstolique, exploitent en effet avec succès et amour un domaine à eux appartenant, situé en Bohême et auquel ils sont attachés de toutes les fibres de leur cœur.

C'est au milieu de ce domaine et au sein de cet honnête et laborieux ménage que se passera Faction du roman de la Princesse.

La jolie mais très-prétentieuse Mademoiselle Rosa Ehrenfeld — que ce nom paraît bien choisi! — est une de ces princesses comme il y en a beaucoup dans la petite bourgeoisie juive etdans toutes lespetites bour-

VI PRÉFACE DU TRADUCTKtJll

geoisies du monde. Fille unique d*une veuve qui possède une grosse maison de commerce dans le ghetto d'une ville de Bohême, elle a été singulièrement gâtée par sa mère et aussi quelque peu par son pédant d'instituteur, le sieur Julius Arnsteiner ^. Mademoiselle Rose est maniérée, sentimentale, précieuse. Avec cela, et tout naturellement, elle ignore le premier mot de la nature extérieure, ne saurait distinguer un chêne d'un hêtre, ni une alouette d'un chardonneret. En revanche elle a appris la déclamation, parle français, cite ses auteurs classiques allemands et dévore des cargaisons de romans. Sa mère qui est en extase devant cette merveille la laisse tout faire à sa guise. Mais chétive, souffreteuse, Rosa Ehrenfeld dépérit dans l'atmosphère malsaine du ghetto. Son médecin, qui craint de la voir succomber à une maladie qui lui a enlevé son père encore fort jeune, lui a ordonné d'autorité un séjour de quelques mois à la campagne pour laquelle notre princesse, cela va sans dire, n'a qu'un goût très-médiocre. La riche Hannelé qui se trouve être l'amie d'enfance de Gitel la femme de Rebb Feivel, « le paysan » écrit à cette dernière et lui demandera permis-

I. M. Kompert a introduit ce personnage avec beaucoup d'esprit et de gaîté dans plusieurs de ses Récits. Il lui a même consacré une Nouvelle à part qui n'est pas une des moins piquantes du romancier. Elle est intitulée : Entrevue matrimoniale DE JULIUS Arnsteiner, {Julius Arnsteiners Beschau,)

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