XIV. Arbi lES
Après avoir ainsi épuisé le règne végétal, Wilkins passe au règne animal, qui compose la seconde caté-
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gorie de sa division de la substance animée. Il divise ce règne en
XV^ .\mmacx exsangues, et en XVI, XVII, XVIII, Animaux a sang, savoir, les Poissons, les Oiseaux et les Animaux terrestres.
Ap rès ce coup d’œil jeté sur la nature générale des végétaux et des animaux, l’auteur en étudie les parties, dont quelques-unes sont particulières à certaines plantes et à certains animaux, et constituent la
XIX' classe, celle des Parties uarticui ières ; taudis que d’autres parties sont générales et constituent la XX' classe, celle des Parties générales.
Dans les vingt classes suivantes nous trouvons énumérées toutes les dilTérentes rjuantitès, qualités, actions et relations, et nous avons ainsi sous les yeux la charpente du corps tout entier des connaissances humaines.
Wilkins est loin de s’exagérer la valeur de cette analyse de nos connaissances, et il est tout le premier à en reconnaître les nombreuses imperfections, .\ucun savant n’aurait pu, avec ses seules lumières, traiter à fond un pareil sujet devant lequel échoueraient les efforts réunis de sociétés savantes. Néanmoins, tel qu’il est, et malgré ses imperTections et ses lacunes qui ont été rendues encore plus nombreuses par la deslrucliou d’une grande partie du manuscrit dans le grand incendie de Londres en 1C6C, C(>t ouvrage peut suffire pour nous donner quelque idée de ce qu’aurait accompli, dans cette même matière, le génie d’un Leibniz, s’il avait mûri l’idée qui, dès sa première jeunesse, avait germé dans son esprit.
A[très avoir achevé, en (juarante chapitres, son dictionnaire philosophique de nos connaissances, Wilkins
IiElXIÈME LEÇON.
s’occupe de composer une grammaire philosophique d’après laquelle ces idées puissent être assemblées en propositions et en phrases. Puis, dans la quatrième partie de son ouvrage, il entreprend la création du langage qui doit représenter toutes les notions possibles d’après la classilication qui en a été préalablement établie. Il commence par le la ngage écr it ou le caractère réel, ainsi qu’il le nomme, parce qu’il e.\priine des choses et non point des sons, comme le font les caractères ordinaires. Ce caractère doit donc être intelligible pour des hommes parlant des langues différentes, et doit d’abord être lu sans être prononcé. 11 serait à désirer, dit l’auteur, que l’on pût trouver des caractères ayant une certaine ressemblance avec les choses qu’ils exprimeraient, et aussi que les sons d’une langue ressemblassent aux objets qu’ils serviraient à désigner. Mais, cela étant impossible, Wilkins commence par inventer des signes arbitraires pour .ses quarante genres. Ensuite il lui faut marquer les différences qui existent dans chaque genre, ce qu’il fait en ajoutant au bas et à la gauche de chaque caractère de petites lignes qui forment avec le caractère un angle droit, obtus, ou aigu, et qui, suivant leur position, indiquent la première, la seconde, ou la troisième différence d’après l’ordre où toutes ces différences sont énumérées dans son dictionnaire philosophique. •
En troisième et dernier lieu il s’agit d’exprimer les espèces comprises sous chaque différence, et à cet effet Wilkins ajoute à l’autre extrémité du caractère des lignes qui indiquent ces. espèces d’après .l’ordre dans lequel elles sont énumérées dans le dictionnaire.
De cette manière, on peut e.\primer en caractères
irels toutes les difTérentes notions (jiii sont le sujet du lanfra"e. Mais, outre un dictionnaire complet, il faut aussi avoir un mécanisme grammatical avant que le problème d’une langue arliticielle puisse être considéré comme résolu. Dans les langues naturelles l’articulation grammaticale se compose soit de particules sé|iarées, soit de inodilicatious dans le coi fis des mots, quelle que soit la cause de ces modilications. Wilkins remplace les particules par certains signes, de petits cercles, des points, des lignes courbes, ou des virgules qu’il dispose d’une certaine manière. Les désinences grammaticales sont exprimées par de petits crochets apposés au haut ou au bas des caractères, et qui indiquent si ces caractères représentent des noms, des adjectifs ou des adverbes, des verbes actifs ou des verbes passifs, le nombre singulier ou le nombre pluriel. Ainsi tout ce qui peut être exprimé dans les grammaires ordinaires, les genres, les nombres et les cas des substaulil’s, les temps et les modes des verbes, les pronoms, les articles, les prépositions, les conjonctions et les interjections, tout est rendu avec une précision que ne saurait surpasser ni môme égaler aucune langue vivante.
Tous ses matériaux étant préparés de cette sorte, Wilkins Iranscrit l’orai.son dominicale et le symbole des a|(ülres en ce qu’il appelle son caraitère réel, et tout lecteur impai tial devra reconnaître qu’avec de l’attention et un peu d'habitude, ces .spécimens sont parfailenienl intelligibles.
Jusqu’ici nous ne voyous encore devant nous qu’une langue écrite. Afin de la traduire en une langue parlée, Wilkins a exprimé ses quarante classes par des sons
DEUXIÈME LEÇON
tels que ba, be, b?, da, de, di, ga, ye, gi, composés d’une voyelle unie à une des consonnes les plus sonores. Les différences qui existent dans chaque genre sont exprimées en ajoutant à la syllabe qui désigne ce genre une des consonnes suivantes, b, d, g, p, t, c, Z, s, n, suivant l’ordre dans lequel ces différences sont rangées dans les listes du dictionnaire philosophique, b exprimant la première différence, d la seconde, et ainsi de suite.
Les espèces sont ensuite exprimées par l’addition d’une voyelle ou, si cela est nécessaire, d’une diphthongue, à la consonne qui indique la différence.
Nous obtenons ainsi les radicaux suivants assignés aux quarante classes qui comprennent toutes nos connaissances :