‹ Nouvelles lecons sur la science du langage cours professe a l'institution royale de la Grande Bretagne en l'annee 1863 (volume 2)Chapitre 17 sur 44 · L’ALPHABET PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

L’ALPHABET PHYSIOLOGIQUE

L'élude des sons élémentaires du lanfiage est autre chose que celle de l'alphabet de telle ou telle langue donnée. — Toutes les classiücations en usage pour les lettres contiennent des termes dont le sens noos échappe et qui obscurcissent le problème au lieu de l'éclaircir. — Classillcation de Platon dans le Cratyle. — Classification des grammairiens grecs postérieurs. — Classification des grammairiens indiens. — Oumges récents relatifs A l’étude de la voix. — Travaux relatifs aux mathématiques et A l'acoustique. — La réforme phonétique de M. Pitman. — Difficulté de l’étude que noos entreprenons. — Distinction des bruits et des sons. — Ce que nous pouvons distinguer dans toute note musicale : sa force, sa hauteur, son timbre. — A quoi tient la hauteur. — A quoi tient le timbre. — Découvertes de M. Helmboltz. — Les notes harmoniques. — Expérience qui démontre la réalité de ces notes. — Nature de l’instrument auquel est dû le langage. — Description des organes qui concourent A la production de la voix. — Les voyelles sont les différents timbres de notre voix. — Si toute voyelle prononcée a une tonalité. — Réduction des voyelles A leurs types élémentaires. — Principales variétés des sons voyelles. — Les diphthongues. — Phénomènes accessoires que présente la production des voyelles. — Voyelles nasales. — Consonnes. — Les deux esprits; ce que représentent ces mots rude et doux. — Différentes modifications que subissent les aspirations dans leur double caractère de rudes et de douces. Sons gutturaux de l’arabe. Les trilles. — Arrêts ou muettes. — Arrêts durs, ou ténues. — Arrêts doux, ou moyetmes. — Arrêts nasaux. — Arrêts aspirés. — Résumé de la classification des lettres. Tableau de l’alphabet physiologique.

Appendice : Dk la TaaNSLnrêaATiON on Tbanscbiption. L’alphabet de Lepsius; sa complication, modifications qu'il a déjA reçues. — Alphabet de Uax MOlIer. — Alphabet de Sir William Jones.

IIH I.EÇÜNS SUK LA SCIENCK l>i: LAM'.AfiE.

Nous cumineiu'ons aujourd’hui à disséquer le corps du langage. Dans le cours de cette opération nous traitons le langage comme un vrai cadavre, ne nous demandant pas s’il a jamais eu vie, s’il a voulu dire quelque chose, mais essayant seulement de découvrir quels sont les éléments qui le composent, quelles sont les impressions produites sur notre oreille, et comment ou peut les classer. Pour arriver à ce résultat il ne suffit pas d’examiner notre alphabet tel qu’il est, quoique sans aucun doute on puisse très-justement appeler l’alphabet la table des éléments du langage. Mais ({ue nous apprend notre alphabet, même si l’on nous dit ([ue k est une gutturale ténue, s une dentale sifflante, m une labiale nasale, vune liquide palatale? Ce sont là des noms empruntés au.x grammaires grecques et latines. Ils exprimaient plus ou moins heureusement les idées que les savants d’Athènes et d’Alexandrie s’étaient faites de la nature de certaines lettres; mais, en passant dans notre phraséologie grammaticale, ils ont presque entièrement perdu leur sens original. Nos grammairiens modernes parlent de thme et de mot/enne, mais ils définissent la tennis non pas une lettre plus mince que les autres, mais la plus dure et la plus forte des articulations; et ils ne savent pas toujours que les metlite ou lettres moyennes sont ainsi ap|)olées parce que, telles qu’on les prononçait à .Alexandrie, elles tenaient le milieu entre les lettres douces et les lettres rudes, c’est-à-dire les aspirées; elles se prononçaient avec moins d’aspiration que les aspirées, avec plus d’aspiration que les ténues (1).

(I) Scholio ù Itciiy» cl<* Tliracc, daiiS|les ^neatota Brkkrri, |>. 8<0.

lllOISliCMK LKnitX.

il»

La dassiücatiüii des lettres que douae Platon dans son Cratyle est à peu de chose près celle que nous faisons encore profession de suivre. Il parle de lettres vocales (çidVTtvT*, vocales), nos voyelles, et de lettres qui ne sont pas vocales (i<pcùva), nos consonnes ou muettes. Mais il semble diviser les dernières en deux classes, d’abord celles qui ne sont pas vocales, mais qui produisent néanmoins un son (çwvioevTa [Atv o5, où (mvtoi ye â(p6oyya), puis les vraies muettes, qui par elles-mêmes' n’ont ni voix ni son ; cette dernière catégorie (açôoyya) comprend toutes les consonnes, à l’exception de celles qui forment la première classe, et que l’on appela plus tard Tn[AÎ<pwva, semi-voyelles (1). Voici quelle fut, à une époque postérieure, la classification adoptée par les grammairiens grecs :

Page 1