‹ Nouvelles lecons sur la science du langage cours professe a l'institution royale de la Grande Bretagne en l'annee 1863 (volume 2)Chapitre 4 sur 44 · XIJ · texte numérisé non relu

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NOTICE SDB LA VIE

de Kâlidàsa, le Mt^ghadüta ou o Nuage messager u (i). Rückert,' qui excellait lui-même dans ce genre de composition auquel se prête si heureusement le génie de la langue allemande , fut vivement frappé de la beauté de cette traduction où le jeune poète reproduisait de la manière la plus parfaite jusqu’au mètre de Foriginal. Il engagea M. Max Müller à publier son poème, ce qui fut fait un peu plus tard (a), et dès ce moment il devint pour lui un ami dévoué.

Dans un des très-intéressants articles que M. Barthélemy Saint-Hilaire a consacrés à notre auteur dans le Journal des Savants, après s’être complu à mettre en relief ce fait, que dans les ouvrages de M. Max Müller la science la plus exacte et la plus austère est constamment présentée sous la forme la plus poétique et la plus séduisante, cet écrivain éminent recherche quelle a été l’origine de cette alliance de qualités qui semblent presque s’exclure, tant elles se trouvent rarement réunies. Quant à nous, après avoir suivi M. Max Müller depuis son enfance, nous n’avons pas à nous adresser la. même question, ou plutôt, elle est, pour nous, résolue d’avance. Fils de poète, richement doué des plus heureux dons de la nature, familier depuis ses années de collège avec les grands [modèles de la Grèce et de Rome, n’ayaiit jamais cherché d’autre délassement après de pénibles

(1) Dans son volume intitulé t'irgile et Kdllddsa, M. André Lefèvre a traduit en beaux vers français les Bucoliques et le Méghadûta.

(2) Kônipberg, 1847,

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travaux quo la poésie qu’il affectionnait, la perfection de la forme n’était-elle pas chez lui toute naturelle ? Et ce long commerce qu’il a eu depuis lors avec les antiques Rishis, le» premiers-nés des poètes aryens, n’a-t-il pas été bien fait pour donner à ses couleurs des teintes plus fraîches , et à ses images le charme des premiers jours ? .

Quand M. Max Millier eut passé iine^ année# à Berlin , Gottfried Hermann chercha à . lé fixer dans cette ville de Leipsick, où s’était écoulée sa pro^ pre vie dans le plus noble dévouement à la science. Mais un autre foyer de lumière l’attirait, et, en 1845, il vint à Paris pour suivre le cours d’Eugène Burn ouf au Collège de France, comme Bopp s’y était rendu en 181a, et Bunsen en 1816, pour profiter des leçons de Sil vestre de Sacy (i). Il ne tarda pas à devenir un des disciples privilégiés de son illustre maître, et ce n’est pas un des moins beaux traits du caractère de M. Max Müller que cette affectueuse reconnaissance et cette vénération profonde, qu’il aime, en toute circonstance, à témoigner envers celui qui l’a confirmé dans sa vocation, et qui lui a ouvert et tracé la voie.

(1) Sur l'état des études orientales à Paris dans les premières années du siècle, voir la Notice que M. Barthélemy Saint-Hilaire a consacrée à Eugène BurnouT dans le Journal des Savants (août 1853), et l’Introduction du M. Bréal à sa traduction de la Grammaire com^ parée de Bopp (pnui).Tour les études indiennes, lx>ndres devint naturellement iin centre important, et tous les plus grands indianistes français et allemands y sont aUéS pour étudier les manuscrits de la riche bibliothèque de la Compagnie des Indes, et pour recevoir les conseils des Wilkins, des Colebrooke, ou des Wilson.

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Dans i’étal où se trouvaient, à cette époque, les études indiennes, le service le plus important à rendre aux travailleurs était d’assurer la publication du plus grand nombre possible des monuments sacrés et littéraires de l’Inde. Fréd. Rosen, qui fut le premier titulaire de la chaire de sanscrit fondée à l’Université de Londres, avait donné, en i 83 o, un extrait du Rig-Véda, avec une traduction latine, et il se préparait à publier ce Véda tout entier, quand il fut frappé par la mort (i). Eugène Burnouf et Wilson avaient songé, pendant quelque temps, à reprendre un travail si malheureusement interrompu; mais, absorbés tous deux par d’autres travaux, ils avaient dû renoncer à leur projet. Cependant Burnouf avait à cœur de voir publier le plus antique et le plus important des livres sacrés des Indiens ; et quand il eut reconnu le mérite et l’ardeur du jeune Allemand, qui était arrivé de si loin pour s’asseoir au pied de sa chaire, il l’engagea à prendre l’héritage de Rosen. C.’est alors que M. Max Müller se chargea de cette tâche longue et difficile, où son courage n’a jamais failli, la publication des 1017 hymnes du Big-Véda (a), et de

(t) Fri'drrie Rosen mourut à Londres le 12 septembre 1837 ù l'ilge de trente-deux ans. Sa vie si courte et si l>ien remplie est raeontée d'une manière fort attachante par M. Barthélemy Saint-Hilaire, dans laBiostrapliie univenielle (Mieliaud), nouvelle édition, t..\.\.\Vl, p.482.

L'extrait publié: en 1830 ne donne que sept hymnes du Uif,'-Véda. En 1838 des amis de Rosen publièrent le premier livre du Rig-Véda, tel qu'il l’avait préparé en manuscrit, avec une traduction et des notes.

(2) On sait que les Védas sont au nomlirc de quatre : le Rig-Véda, le Yadjour-Véda (divisé en Yadjonr-Véda blanc et Vadjour-Véda noir), le SAma-Véda, et l’Albarva X éda. Le Rig-Véda, ou Véda deshym-

Er LES OrVRAGES DE M. MAX MÜI.LER.

l’ample commentaire de Sàyana ou Sàyanâchârya (c’est-à-dire ww/'/re Sàyana), ainsi qu’on l’appelle quelquefois (a). La difficulté n’était pas tant de publier le texte même du Rig-V'éda, qui a été conservé depuis plus de trois mille ans avec la plus religieuse exactitude, qui a été l’objet de tant de travaux si scrupuleusement minutieux, et dont les Indiens avaient été jusqu’à compter non-seulement les mots, mais même les syllabes. Mais les manuscrits de Sàyana sont fort défectueux, et comme M. Max Müller ne trouvait pas dans les bibliothèques de Paris des ressources suffisantes pour mener à bonne fin cette partie de son travail, il partit pour l’Angleterre, au mois de juin i84fi,

m»s, est ain.si nommé de la racine sansorite i|ui sij,'nirie « célébrer». Le Yadjour-Véda, on Véda du sai rifice, tire son nom de la racine san.scrite qui signifie a sacrilier ». Le nom de l'Atliarva-Véda vient i\' Atharvan qui en est supposé un des auteurs. Le Sàma-Véda est une collection de Sàinans ou chants. Le mot Feda lui-méme, dérivé de la racine vid « connaître, savoir », signifie « la connaissance, la science ».

Lorsqu’on parle des collections des hymnes de chaque Véda (sans les Rr.ihmanas on traités théologiques i|ui appartiennent à chaque Véda), on a l'habitude de mettre après le nom du Véda le mot sanscrit Sanhità qui signifie « Kecueil. »

Enfin on nous permettra de faire observer que quand, dans les études sur la littérature védique, on emploie tantAt l’expression le l'éda et tantôt tes Fédas, on fait entre ces deux termes la même distinction que nous établissons entre l'Évongile et tes Évangiles.

(I) Sàyana vivait au quatorzii-me siècle de notre ère. Son commentaire est donc un des plus récents, mais il a cet important avantage, qu’il résume les travaux antérieurs, et qu’il peut être regardé, en quelque sorte, comme le dernier mot de rexégèse brahmanique.

Pour donner une idée de la longueur des explications de Sàyana, il suffit de dire que chaque distique des hymnes est suivi d’un fommentairc qui, bien souvent, remplit presipie Ionie une page in-<|uarto.

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afin de collationner les manuscrits de Sàyana que possédaient la bibliothèque de la Compagnie des Indes à Londres, et la bibliothèque bodléienne à Oxford. A Londres, les circonstances le mirent en relation avec le chevalier de Bunsen , alors ambassadeur de Prusse en Angleterre, et avec Wilson, qui, après avoir longtemps résidé dans l’Inde, avait accepté la chaire de sanscrit à l’Université d’Oxford (i). Ces deux savants, avec le premier desquels surtout M. Max Millier

(1) Horacn Hayman Wilson, mort en mai 1860, à l’àge de 73 ans, avait vécu pendant de longues années dans l’intimité de Colebrooke, et servit de lien entre la première génération des indianistes anglais et la génération nouvelle. Peu de savants ont plus contribué que lui aux progrès des études indiennes. Pendant vingt années de son séjour dans l’Inde, de 1812 à 1832, tout en s'occupant avec zèle de ses fonctions à la Monnaie de Calcutta, il fut le secrétaire très-laborieux de la Société asiatique du Bengale, et il publia dans les Mémoires de cette Société des ti avaux d’une grande valeur. En 1819, il fit paraître à Calcutta le premier dictionnaire sanscrit-anglais, leuvre à laquelle il s'était préparé de longue main en s’occupant de la compilation des lexiques s,Tnscrits avec les brahmanes qui avaient été chargés de ce soin par lord Wellesley, gouverneur général de l’Inde. Il a donné aussi un Vocabulaire des termes techniques indiens, employés dans dix-sept langues différentes. Wilson a fait des travaux fort importants sur le théâtre indien. Nous lui devons la traduction de quatre drames, l’analyse de vingt autres pièces, et une savante étude sur la poésie dramatique dans l’Inde. Il a publié aussi la traduction du f'ishnu-purâna, la traduction et le texte de la harika du Sûnhhya, une Grammaire sanscrite , et une traduction des hymnes du Rig- Véda contenus dans les trois premiers volumes de l’édition de M. Max Muller. Sans parler des notices qui ont paru en Angleterre, les lecteurs français trouveront des détails très-complets sur Wilson dans la notice que lui a consacrée M. Jules Molli dans le Journal Asiatique de Paris, et dans sa vie écrite dans la Biographie universelle (Micliaud), nouvelle édition, par M. Barthélemy Saint-Hilaire que l’on rencontre à chaque pas devant soi, quand on s’occupe de ces études.

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fut bientôt lié de la plus intime amitié, firent consaitre aux directeurs de la Compagnie des Indes le désir qu’il avait de donner une édition du Rig-Véda. Les directeurs, avant d’accueillir ce projet, tâchèrent de trouver, parmi les Pandits de l’Inde, des savants qui fussent à même d’entreprendre ce travail. Mais lorsqu’il fut constaté dans les réponses qu’ils reçurent de rinde, et qui ont été publiées, qu’aucun Brahmane n’osait publier le texte sacré du Rig-Véda, ils acceptèrent la proposition de M. Max Müller, et se chargèrent des frais considérables d’une telle publication : aussi, quand parut en 18/19 premier volume du Rig-Véda, c’est à eux qu’il fut dédié. Le second volume fut publié en i 854 , et le troisième en i 856 . Après la suppression de la Compagnie des Indes, le gouvernement anglais ne voulut pas qu’un tel monument pût rester inachevé, et continua à cette grande entreprise le même patronage ; c’est pourquoi nous voyons que le quatrième volume, publié en 1862, est dédié à S. M. la reine Victoria f i). De cette manière les huit premiers livres du Rig-Véda sontaujour-

(1) Chaque volume est précédé d'une importante préface, dont nous ne pouvons indiquer ici les sujets que de la manière la plus sommaire. Tome 1. M. Müller décrit les manuscrits dont il s'est servi. Tome 11. Il donne le relevé d'un grand nombre de variantes, et termine cette Préface (p. L.\) par un hommage rendu à la mémoire d'Eugeue Burnouf. Tome 111. Après une discussion sur l'usage qu'il faut faire du comnicntaire de Sàyana, il donne le relevé des variantes. Tome IV. Discussion d'une question astronomique (les naksbatras).

Ces quatre volumes contenant quatre mille pages in-quarto, un a fait remarquer avec raison que personne n'a encore édité autant de textes sanscrits que M. Max Müller.

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d’hui entre les inmiis du public, et l’on peut espérer la prochaine publication des deux autres livres encore inédits.

Les plus grands indianistes de l’Europe ont rendu pleine justice à la vaste science et à la pénétrante sagacité dont M. Max Millier a fait preuve dans son édition du Rig-Véda. Mais, dans l’Inde elle-même, ce travail a reçu un hommage qu’il ne nous est pas permis de passer sous silence. Dans une lettre écrite en i86a de Pounah, dans la présidence de Bombay, M. -Martin Haug (i) dit qu’en cette même année il y avait eu à Pounah une très-nombreuse réunion de savants brahmanes qui s’y étaient assemblés au nombre de sept cents; qu’ils avaient examiné l’édition du Rig-Véda donnée parM. MaxMüller et qu’ils l’avaient déclarée plus correcte et plus complète qu’aucun de leurs manuscrits. Ils ne voulaient cependant pas l’adopter pour leur propre usage, parce qu’ils ajoutaient foi à un bruit qui avait été répandu parmi eux, savoir, que le sang des animaux entrait dans la composition de l’encre avec laquelle on imprimait les livres en Europe. Ils finirent par faire corriger leurs propres manuscrits sur l’édition de M. Max Müller.

(1) M. Martin Haiip, qui était à culte époque directeur des études sanscrites au collège de Pounali, est connu du monde savant par sf s travaux sur le zend et sur la religion des Parses, et aussi par son édition en 2 vol., avec tr.iduclion et notes, de \' Jitareija- Jiràhmana du Hig-léda. L'n lirAhmana (ainsi nommé, i>ense -M. Max Müller, parce que ces travaux ont été composés par ou pour les Ijralimancs^fcst un traité théologique et surtout liturgique, qui donne des explications sur les mots des Védas et spécialement sur les innombrables détails du rituel minutieux des brahmanes.

El LES OLVKAOES DE M. MA\ MULLER.

Ce récit du docteur Haug nous rappelle un fait analogue raconté en ces termes par M. Barthélemy Saint- Hilaire dans sa Notice sur Eugène Burnouf ; « Dans une polémique religieuse que les Parses de Bombay ont soutenue dans, ces derniers temps contre des missionuaires protestants , on s’est servi de part et d’autre, en citant les livres de Zoroastre, de l’interprétation qu’en avait donnée le Commentaire sur le Yaçna. C’était la science du jeune philologue français qui faisait autorité pour les adorateurs d’Ormuzd (i). »

On éprouve un plaisir mêlé de tristesse à pouvoir ainsi rapprocher les noms de deux hommes si dignes d’étre unis par une longue amitié, et (jue la mort a séparés si tôt. Pour le cœur reconnaissant et affectueux de M. Max Muller, la perte d'Eugène Burnouf fut un coup cruel, et, à la première occasion qui s’offrit, il rendit à sa mémoire un touchant hommage dans une page éloquente que nous nous faisons un devoir de traduire ici en entier, pour montrer, une fois de plus, comment on parle, à l’étranger, de ce rare génie dont la France est à juste titre si fiére. « Depuis la a publication du premier volume du Rig-Véda, » dit M. Max Millier en terminant la préface du second volume, « nous avons souffert une perte irréparable, a 1^ mort d’Eugène Burnouf a privé la philologie ■ sanscrite d’un de ses principaux soutiens, d’un de H scs plus grands ornements. Sa perte se fera long- « temps sentir dans différentes branches des études

(!) Journal (Ui SacanU. |So2, p. i8(i.

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NOTICE SUR LA VIE

<f orien laies, où son nom est attaché à quelques-unes « des plus brillantes découvertes de notre siècle ; nulle « part elle ne sera sentie plus longtemps ni plus vive- «■ ment que parmi ceux qui étudient et qui aiment la n littérature sanscrite. Des ouvrages' de Burnouf il « n’est pas besoin que je parle ici. Kn donnant le a premier un déchiffrement scientifique des inscrip- « lions cunéiformes, il s’est élevé un monument plus a durable que les annales gravées sur les rochers de a la Perse. En tant qu’il a été le premier savant qui a ait su le pâli, et en sa qualité d’historien du boudn dhisme, sa renommée ne sera pas facilement surpassée « par les recherches futures. Et son titre de premier « éditeur et de premier interprète du Zend-Avesta n fera vivre sa mémoire aussi longtemps que la race a humaine aimera à se rappeler les traditions de sa « première enfance. Mais la clef qui avait ouvert à « Burnouf toutes ces découvertes était le sanscrit; et « c’est dans la philologie sanscrite, où son influence « était le plus salutaire, que sa perte est aujourd’hui « sentie le plus douloureusement. Je ne fais pas ici « allusion au Bhagavata-Purâna ni aux autres monu- « ments de sa persévérante ardeur au travail qui res- « tent maintenant inachevés, ni aux ouvrages qu’il « projetait, ni aux trésors qu’il avait amassés. En per- « dant Burnouf, nous avons perdu non-seulement un « collaborateur infatigable, non-seulement un maitre « désintéressé, mais un juge très-respeclé, dont l’appro-

(1) Kig-VeJa Sauhilà, vol. II, p. .XL.

El LES OUVRAGES IiE M. MAX MÜLLER. xxj

« bation était recherchée de tou», dont la censure a était redoutée, et dont les décisions ne manquaient a jamais d’étre distinguées par l’équité et la justesse. a Encore qu’il n’ait publié que peu de chose sur le « Véda, cependant je puis affirmer sans crainte de me « tromper, et ceux avec qui j’ai eu l’avantage de a suivre s<!5 leçoQS au Collège de France, Barthélemy O Saint-Hilaire, (iorresio, Nève, Pavie, Foucaux, Roth, « Goldstücker, Bardelli et beaucoup d’autres, confira meront mon assertion, qu’il n’y avait pas alors en a Europe de savant qui fût plus versé que Burnouf « dans la langue et dans les traditions du Véda. Âmi « intime de Rosen, lui seul perpétua, après la mort de «'Rosen, la tradition des études védiques. Il voulait <c que tous ceux qui venaient travailler sous lui fussent a pénétrés de l’importance de ces études, et il leur « prouvait que, pour avoir une intelligence vraie de « l’histoire primitive de l’humanité, et pour faire une a étude comparative des religions de l’Orient, la a connaissance du Véda était indispensable. C’est à lui a que l’on doit la nouvelle impulsion donnée dans a cette direction à la philologie sanscrite, et la publiée cation subséquente de nombreux travaux sur les « Védas; et pour ma part, je ne puis que répéter que fc sans les conseils, l’encouragement et l’assistance de « Burnouf, je n’aurais jamais pu entreprendre cette a édition du Rig-Véda. Lorsque j’appris la nouvelle « de sa mort, il me sembla, et nombre de personnes « occupées d’études du même genre ont dû éprouver a la même impression, que notre travail avait perdu 1. b

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a beaucoup de son charme, et, en quelque sorte, « son but. (Juen dira Burnouf? telle fut ma première « pensée, quand j’achevai le premier volume du Rig- « Véda. Et aujourd’hui que je finis le second volume, B soumis à son tour à l’appréciation de tant de savants « dont j’admire la science, et à l’amitié desquels a j’attache un haut prix, mes pensées se reportent <r encore vers celui qui n’est plus au milieu de nous, a et je me demande, non sans tristesse, quel eût été a son jugement sur mon travail. »

Tel était le lien étroit qui a d’abord attaché M. Max Millier à la France, et que les années n’ont fait que resserrer, à mesure qu’ont augmenté ses relations d’amitié avec beaucoup des plus illustres représentants de la science française.

En i 856 , M. .Max Müller commença à publier à Leipsick une autre édition du Rig-Véda (i), sans le cx)mmentaire de Sâyana, mais avec le Rig-pràtisàkbya (a) , ou traité de la phonétique et de la grammaire du Rig. La seconde livraison parut en 1857,

(1) Rig-V(.'da, oder die hciligcii Lieder der Rrahiiianeii, herauhgcgebenvou Max Müller, mil eincr Einleitung, Te\t und L'eliersetziiiig des Prâti^kliya oder der âltesteii l’hunctik und llraiiimatik entliallend, Er.ste Lieferung. Leipzig, F. -A. Krockliaus, 1856. — Le Kig- Veda, ou les chants sacrés des Brahmanes, publiés par Max Müller avec une introduction contenant le texte et la traduction du Pràtisiikbya, ou du plus ancien traité de phonétique et grammaire, première livraison. Leipsick, F.-A. Brockliaus, I 806 .

(2) Colebrooke, qui avait pu se procurer dans l’Indc les quatre Védas, les Brdhmanas et la plupart des t'panishads (qui sont des traités du même genre, mais d'un caractère moins sacré que lesBràhmanas), n'a pas eu entre les mains les Prâti^khvas dont Hoth a le premier démontré l'importance en 1845.

ET LES OUVRAGES DE M. MAX MÜLLER. XXÜj

et cette publication fut alors interrompue; mais elle a été reprise depuis, et la fin de ce travail est en ce moment sous presse. Dans la même année i 856 , un indianiste consommé, M. Adolphe Regnier, commença dans le Journal Asiatique de Paris la publication de ce même Prâtisâkhya. £t lorsque ces .deux savants se virent engagés dans un même chemin, faute d’avoit connu au préalable leurs intentions réciproques, ce fut entre eux une lutte de courtoisie, à qui se retirerait devant l’autre.

Avant la publication du premier volume du Rig- Véda, M. Max iMüller s’était déjà fait connaître du public anglais. U Association britannique pour l’avancement de la science s’était réunie, en 1847, * Oxford, et devant elle M. Max Millier lut son Essai sur le bengali et ses rapports avec les langues aryennes, lequel a été publié dans les Mémoires de cette Association (i).

Dans la séance du a 5 octobre 1849, l’Institut de France accorda le prix Volney au manuscrit de M. Max Millier intitulé» De la philologie comparée des langues indo-européennes dans ses rapports avec la civilisation primitive de l’humanité » (a). Cet essai, encore inédit, est écrit en anglais. L’auteur, disait en terminant le rapport qui lui décernait le prix, mettant à profit ses études sur les Védas et sa connaissance de la phi-

(1) Essay on Bengalee and its relation to the Aryau Languages. {Transactions of tke Brilish Association in 1847.)

(2) On the comparatite philology of the Indo- European languages in its bearing on the early civilisation of mankind.

NOTICE SUR LA VIE

lologie comparée, a su en tirer des conséquences neuves touchant le degré de civilisation auquel étaient arrivés nos ancêtres dans des temps préhistoriques. Les lecteurs de M. Max Millier qui connaissent son Essai de Mythologie comparée et ses leçons sur la science du latigage savent combien il excelle à jeter une lumière inattendue sur ces premiers âges, et comment, à l’aide des mots communs à toutes les langues aryennes^ il a su tracer d’une main sûre le tableau des mœurs simples et des nobles pensées de nos pères, à l’époque où ils n’avaient pas encore quitté leur patrie primitive au centre de l’Asie.

Dans ces études, les travaux de M. Max Müller ont marqué une ère nouvelle, et il s’y était fait de bonne heure un nom si honoré, qu’en 1849 invité par les autorités de l’üniversité à donner un cours de philologie comparée à Oxford, où il s’était fixé définitivement dès l’année précédente, pour surveiller l’impression du Rig-Véda (i). Le résumé de ce cours parut dans un essai que M. Müller publia dans la Revue, d Edimbourg, au mois d’octobre i 85 i, à l’occasion de l’achèvement d’une traduction anglaise de la Grammaire comparée de Bopp (a). ISulle part on ne saurait trouver un expo.sé plus net de l’objet et des principaux résultats de la philologie comparée,

(1) Le Kig-Vi'ila a clé iiii|iriiué par les presses de lüniversilé* d'Oxford.

(2) Celle traducliuii fut faite par M. Easlwick, (|uiaété professeur d'urdu au collège de Haile.vlmry, avec la cullalioratiun du comte d'Ellesniere, president de la Société asiali<|ue de Londres. Les épreuxts eu étaient revues par Wilson.

ET LES 0ÜVRAGE8 DE M. MAX mOLLER.

ainsi que de la méthode sévère qui doit présider à des études d’où sont nécessairement déduites d’aussi graves conclusions. Jusqu’à nos jours, les langues répandues sur la surface du globe avaient été classées, soitd’après leur distribution géographique (et l’on avait ainsi les langues de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique, et de l’Australie), soit d’après les races phy- siques des hommes qui les parlaient (et alors on avait les langues caucasiennes, mongoles, nègres et malaises). Ou bien encore, on divi.sait les langues en langue sacrée et en langues profanes, en langues classiques et en langues orientales, en langues vivantes et en langues mortes. Mais toutes ces classifications étaient manifestement mauvaises, puisqu’elles étaient fondées sur des accidenis extérieurs et non pas sur les langues elles-mêmes. M. MaxMüller nous montre que la philologie comparée pourra seule fournir la vraie classification des langues, A l’aide d’exemples heureusement choisis, il nous fait voir par quelles études comparatives on est arrivé à démontrer, avec la dernière évidence, l’étroite parenté qui unit des idiomes aussi dis.séminés que les langues indo-européennes, et parlés par des peuples aussi divers. Puis, se bornant à cette branche des études philologiques, la plus importante de toutes, et la seule qui ait été pleinement explorée par la science, il met en une vive lumière les services rendus par Bopp et par son école, et il finit son Essai en exposant les principaux bienfaits de la philologie comparée. Elle donne aux humanistes des explications qu’ils ne peuvent trouver ailleurs sur la formation

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des mots, sur le sens des parties les plus obscures du langage, et sur les mille prétendues irrégularités auxquelles on se heurtait à chaque instant. Venant à l’aide des historiens et des ethnologues, elle répand de nouvelles clartés sur l’histoire des nations. Enfin, en nous faisant connaître à fond l’org<Tnisme des langues , elle prête aux psychologues, pour l’analyse de l’esprit humain , de précieux secours que n’avaient jamais pu entrevoir les philosophes des siècles précédents.

Cet Essai , comme tous les ouvrages de M. Max Millier, est écrit en anglais avec une remarquable élégance, et, à l’exception des personnes qui avaient assisté à son cours, il n’y avait assurément pas un lecteur qui pût se douter qu’il avait sous les yeux l’œuvre d’un jeune Allemand de vingt-huit ans, arrivé depuis cinq ans en Angleterre, et dont presque tout le temps se passait à compulser des manuscrits indiens, et à se frayer une route à travers les questions les plus ardues de la langue et de la littérature védiques.

En i85o, M. Max Müller avait été nommé professeur adjoint des langues et des littératures de l’Europe moderne, et, en i854, il succéda à son ami M. Francis Trithen comme titulaire de cette même chaire qu’il occupe encore. En i858, M. Max Müller publia son Essai sur la lugiqur indienne (i), et en l’année suivante, où parut le second volume de son édition du

(1) An Essay on Indian logic, publié dan.s Thomson’» Lawsof thought, London. 1853.

ET LES OUVRAGES DE M. MAX MÜLLER. XXV’lj

Rig-Véda, nous lo voyons publier trois nouveaux écrits : Propositions pour un alphabet à F usage des missionnaires [i), Conseils pour apprendre les langues du théâtre de la guerre en Orient (a), et Jj^ttre au chevalier Bunsen sur la classification des langues touraniennes (3). Dans cette Lettre^ insérée par Bunsen dans le tome 1 de son Esquisse de la philosophie de r histoire universelle (4) (depuis la page a63 jusqu’à la page 5a i), M. Max Millier donne les renseignements importants qu’il a recueillis dans les récits des voyageurs, sur le langage des tribus nomades de l’Asie septentrionale et méridionale ; et, après avoir rendu compte du procédé ag glutinatif commun à ces langues d’ailleurs si diverses, il expose les raisons pour lesquelles il lui semble possible de réunir tous ces idiomes en un groupe qu’il nomme le groupe touranien. Les opinions émises par M. Max Millier dans sa Lettre sur les langues touraniennes ont rencontré beaucoup d’opposition en Allemagne. Mais les adversaires les plus décidés, tels que M. Pott, ont reconnu que M cet ouvrage était le plus important qui eût été pu-

(1) Proposais for a rnissionary alphabet (London, 1854).

(2) Suggestions on learning the langiiages of the seat ofwar in the East {London, 1854). Lno deuxirme édition de cet ouvrage, considérablement augmentée, parut l’année suivante sous ee titre : The languages of the seat of war in the East, wtlh a Survey of the three familles of language, Semilic, Aryan and Turanian (London, 1855).

(3) Letter to Chevalier Bunsen on the classification of the Turanian languages.

(i)/)utlines ofthe phitosophy ofunirersal history (London, 1854). Ce même ouvrage contient d’autres travaux de M. Max Millier, sur le Véda, le Zend-Avesta, etc.

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