livre, verre
inja
. chien
un inférieur
kolwa
. être satisfait
croire
lila
. pleurer
déplorer
mnandi
■ doux
content, agréable
gauka
. être cassé en deux. . . .
être entièrement mort
umsila
, queue
messager de cour
zidhla . . . . ■ .
. se manger
être fier
akasiboni. . . .
. il ne nous voit pas. . . .
il ne daigne pas nous regarder
nikela indhlebe. .
. donner l'oreille
écouter attentivement
ukudhla ubomi. .
. manger la vie
vivre
ukudhla umntu .
. manger quelqu'un . . .
confisquer ses biens
ukumgekezainktoko casser la tète
fatiguer quelqu'un
ukunuka umntu.
. flairer quelqu'un. . . .
l'accuser de sorcellerie (1)
Tribulation dérive de tribulum, sorte de herse que
les anciens Romains traînaient sur les épis pour sé-
parer le grain
de la paille , et qui consistait en une
grille de bois garnie en dessous de cailloux pointus ou
de dents de fer. Entre l’état des cœurs
harcelés et dé-
chirés par les traverses de la vie et l’état des épis dé-
(1) Kuhn's Zeitschrift, VU, 62.
60 LEÇONS SUH LA SCIENCE I)ü LANGAGE.
chirés par les pointes du tribulum, il y a une ressemblance si évidente et si frappante qu’après avoir été une fois remarquée, elle ne pouvait plus guère être oubliée. Tribulum lui-même vient du verbe terere « frotter ou broyer ». Si maintenant un homme se trouve tellement accablé par la conscience de ses fautes qu’il en peut à peine respirer, ou lever les yeux, ou porter plus longtemps le fardeau qui l’oppresse, et qu’il se sent écrasé et broyé par ce poids, il peut tout naturellement se dire contrit, c’est-à-dire broyé (de ce même verbe terere), et il peut dépeindre l’état de son esprit comme étant de la contrition.
Le français penser est le latin pensare, qui signifie proprement « peser » , et qui nous reporte à pendere « pendre » . Être en suspens signifie littéralement être suspendu et en oscillation. Suspendre son jugement, c’est le garder en suspens, l’empêcher de se fixer.
Doute, comme le latin dubium, exprime littéralement la position entre deux points, car dubium vient de duo, de même que l’allemand zweifel «doute» se rattache à zwei « deux » .
Le verbe anglais to believe « croire » est généralement identifié avec l’allemand belieben « trouver à son gré, approuver » , latin libet « il plaît » . Mais to believe, de même que l’allemand glauben « admettre, croire » , n’a pas simplement signifié dans l’origine « approuver » . Nous devons faire remonter ces deux mots à la racine lubh, laquelle a conservé son sens primitif dans le sanscrit lobha « désir » , et dans le latin libido « désir violent, irrésistible » . On prit la même racine pour exprimer cette passion irrésistible de l’àme qui entraîne l’homme, avec une force que
HLITIÈME LEÇON. 61
rien ne saurait arrêter, à contredire ce qui semble être le témoignage de ses sens, et à renverser ce qui semble constituer les lois de sa raison {credo quia absurdum), pour lui faire embrasser quelque vérité qui seule peut satisfaire les aspirations naturelles de son être. Tel est le sens originel et strict du verbe anglais to believe, bien qu’il en soit venu, avec le temps, à ne signifler quelquefois que « penser, présumer, supposer » . C’est ainsi que / love, dérivé de la même racine, que to believe, et qui exprimait proprement l'amour le plus profond et le plus ardent, est employé parfois comme synonyme de / like.
Truth « vérité » a été expliqué par Home Tooke comme venant de la troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe to trovo {troweth). Cette étymologie nous apprendrait bien peu de chose, car to trow n’est qu’un verbe dérivé signifiant « tenir pour vrai », et venant de true « vrai ». Mais qu’est-ce que ce mot truel c’est le sanscrit dhruva (t), et il signifie « ferme, solide, ce qui tient bon » , de dlutr « tenir ».
Un autre mot qui signifie « vrai » en sanscrit est satya, adjectif formé du participe présent du verbe auxiliaire as « être ». 5a/ est le latin ens «étant » ; de là satya « vrai » , grec eteôs (même signification), anglais sooth. Quand j’identifie le sanscrit sat avec le latin ens, on pourra penser que la ressemblance entre
(l)VoirPott, Etymologisc/ie Forschungen, I!, p. 364; Kern, dans KuAn's Zeitschrijt, V11I,400. II ne faut pas oublier que, dans satya, le t appartient au thème, et que l'élément dérivatif n'est pas tya, grec <no{, mais ya. 11 peut être douteux que li; représente le même suffixe que ya en sanscrit. Voir, cenendant. Bopp, Grammaire comparée, § lOU*, 2; ct§ 93Ç. Sattva signiQe en sanscrit « étant» et a un être ».
62 LEÇOiNS SUR LA SCIENCE DU LANGAGE.
ces deux mots n’est guère frappante. Pourtant ens est indubitablement mis pour sens, qui reparaît dans prœsens. D’autre part, le nominatif singulier de «a/ est san, parce qu’en sanscrit aucun mot ne peut se terminer par ns. Mais l’accusatif singulier est santam qui équivaut à sentem, et le nominatif pluriel santas qui équivaut à sentes; en sorte qu’il ne peut pas exister le moindre doute sur l’identité des deux mots en sanscrit et en latin.
Et comment le langage a-t-il exprimé ee qui semblerait être la plus immatérielle de toutes les conceptions, si tant était que ce fût même une conception rationnelle, je veux dire le néantl Cela a été fait de la seule manière possible, à savoir, par la négation de quelque chose de réel et de palpable, ou par la comparaison avec quelque objet de nos sens. Rien s’est dit en sanscrit asat « non-étant » , en latin nihil, c’est-àdire nihilum (1), lequel est mis pour nifilum, c’est-àdire ne — fllum, et signifie « pas un fil » . Le mol
(1) Cf. Kuhu, Zeitschrift, 1, o44. Dietrich cite des exemples semblables de voyelles abrégées comme cognitus et tiôtus, pejëro et jûro. Bopp a évidemment renoncé à l’étymologie qu'il avait proposée pour nihil dans la première édition de sa Grammaire comparée, puisqu’il l’a supprimée dans la seconde édition. Il est regrettable qu’un savant aussi exact que M. White, dans son excellent Dictionnaire latin-anglais, ne cite jamais que la première édition de l’ouvrage de Bopp.
Quant au fait de h prenant la place de /, nous savons qu’en espagnol tout/ latin est représenté par h, comme hablar=fabulari, hijo = filtus, hierro-=s ferrvm, hilo-^fUum. Mais en latin même ces deux lettres se remplacent constamment. Au lieu de hireus, les Sabins disaient fircus; au lieu de hœdus, foedvs; au lieu de harena, farena. Bien plus, on cite des doublets en latin, tels que hordeum etfordeum,hostis et foslis,hariolu$ etfariolus. Voir Corssen, Autsprache der Lateinischen Sprache, p. 46.
UUITIÈHE LEÇON.
rien lui-iuéme n’est plus qu’une simple altération de rem, accusatif de res, et il conserve encore son sens négatif malgré la chute de la particule négative qui le précédait originairement. C’est ainsi que ne pas vient de non passum; ne point de non punctum. Le français néant et l’italien niente sont le latin non ens. Et maintenant considérez pour un instant de quelle manière les fables prennent naissance comme par la magie du langage. 11 était parfaitement correct de dire qu’on donnait w'AzVmwi, c’est-à-dire pas même un fil. On parlait alors d’un rien relatif; on niait, en réalité, que l’on donnât quelque chose. De même il est parfaitement correct de dire, en entrant dans une chambre vide, « Il n’y a rien ici » , entendant par là non pas qu’il ne s’y trouve absolument rien, mais seulement que nous n’y voyons pas les choses qu’on s’attend à rencontrer dans une chambre. Mais à force de répéter constamment de telles phrases, il se forme graduellement dans l’esprit une vague idée d’un néant, et Nihil devient le nom de quelque chose de positif et de réel. Les hommes commencèrent de bien bonne heure à parler du néant comme si c’était quelque chose ; et ils tremblèrent à cette idée de l'anéantissement que le cerveau d’un fou peut seule concevoir. L’expression anglaise to be annihilated, si elle avait un sens, ne pourrait signifier étymologiquement (et dans ce cas nous pouvons aussi ajouter logiquement) qu’être réduit à quelque chose qui n’est pas un fil ; et sûrement cet état ne nous offrirait rien de bien terrible, puisque, selon la logique la plus rigoureuse, il comprendrait tout le domaine de l’existence, avec la seule exception de ce qu’on entend par fil. Pourtant que de
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spéculations, que de craintes, que de délirantes frayeurs à propos de ce Nihil — simple mot, et rien autre chose ! Nous voyons grandir et dépérir les objets qui nous entourent, nous assistons à la naissance et à la mort des êtres vivants, mais nous ne voyons jamais que rien soit perdu ou anéanti. Or ce qui ne tombe pas sous nos sens, et ce qui contredit tous les principes de notre raison, n’a aucun droit à être exprimé dans le langage. Nous pouvons nous servir des noms d’objets matériels pour exprimer des objets immatériels, si ces derniers peuvent être conçus rationnellement. Nous pouvons, par exemple, concevoir des puissances qui échappent à nos sens, mais qui ont néanmoins une réalité matérielle. Nous pouvons les appeler des esprits, littéralement « des souffles, des brises » , tout en comprenant parfaitement bien que par esprits nous entendons autre chose que de simples brises. On a pu les appeler en anglais gliosts, nom qui se rattache à gust, yeast, gas, et autres vapeurs presque imperceptibles. Mais le néant, le néant absolu, qui n’est ni visible, ni concevable, ni imaginable, n’aurait jamais dû trouver une expression ni une place dans le dictionnaire d’êtres raisonnables.
Maintenant, si nous considérons comment on parle du néant, et avec quels accents déchirants des poètes le chantent ; si nous nous rappelons que le néant a été, et qu’il est encore, un des principaux éléments de la plupart des systèmes philosophiques; qu’on l’a fait entrer jusque dans le domaine de la pensée religieuse, et que, sous le nom deiVirwdna, il est devenu le terme suprême où aspirent les millions de sectateurs du Bouddha; si nous réfléchissons à tout cela, nous
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HUITIÈME LEÇON
pourrons peut-être, dès ce moment et au début de nos investigations, commencer à apprécier l’influence du langage sur la pensée, et nous nous étonnerons moins de voir que les nations de l’antiquité ont laissé prendre le caractère de puissances surnaturelles ou de personnalités divines aux noms des objets naturels, tels que le ciel, le soleil, la lune, l’aurore et les vents, et qu’elles ont offert un culte et des sacriflces à des noms abstraits, comme le Destin, la Justice ou la Victoire. Dans notre emploi du mot néant il y a autant de mythologie que dans les parties les plus absurdes de la phraséologie mythologique de l’Inde, de la Grèce et de Rome : et si nous attribuons l’usage que nous faisons de ce mot à une maladie du langage, dont il nous est possible d’expliquer les causes, nous devrons admettre que, dans la mythologie ancienne, le langage avait été comme atteint de délire et qu’il n’était plus ce que par sa nature il devait être, à savoir, l’expression des impressions reçues par les sens, ou des conceptions d’un esprit raisonnable.
Mais revenons à cette affirmation de Locke, que tous les noms des objets immatériels sont dérivés de noms d’objets sensibles. Beaucoup de philosophes, ainsi que je l’ai fait remarquer, au lieu d’aborder courageusement et de discuter les conclusions que l’on prétend être des corollaires de la proposition de Locke, ont mieux aimé mettre en doute l’exactitude de son observation.
Voici par quel argument M. Cousin, dans son Histoire de la philosophie au XVIIP siècle (1), s’efforce
(1) Paris, 1841. Vol. II, p. 274.