II. il
révoquer en doute, et qui, si on l'apprécie pleinement, nous frappera comme contenant les enseignements les plus instructifs et les plus saisissants sur l’antiquité, ce fait, veux-je dire, que Zeus, le nom le plus sacré de la mythologie grecque, est le même mot que Dyaus (1) en sanscrit, que Jovis (2) ou Ju dans Jupiter en latin, que Tiw en anglo-saxon (lequel nous est conservé dans Tiwsdaeg, Tuesday « mardi » , le jour de Tyr le dieu de l’Edda) et que Zio en ancien haut-allemand.
Ce mot a été créé une fois, et une fois seulement. 11 n’a pas été emprunté par les Grecs aux Hindous, ni par les Romains et les Germains aux Grecs. 11 a dû exister avant que les ancêtres de ces races primitives se fussent scindés pour le langage et pour la religion, avant qu’ils eussent quitté leurs pâturages communs pour émigrer à droite et à gauche, et pour suivre leurs fortunes diverses, jusqu’à ce que les claies de leure parcs soient devenues les murailles des grandes cités du monde.
Ici donc, dans ce mot vénérable, nous pouvons chercher quelques-unes des premières pensées religieuses de notre race, conservées entre les murs impérissables
(1) Dyaus en sanscrit est le nominatif singulier; Dyv, est le théine inlicchi. Je cite tantôt l’une de ces-formes, et tantôt l’autre, mais il serait peut-être mieux d’adopter Dyu,.
(2) Jovis, au nominatif, se trouve dans les vers où Ënnius énumère les douze divinités romaines ;
Juno, Vesta, Minerva, Gères, Diana, Venus, Mars, Mercurius, Jovi’, Neptunus, Vulcanus, Apollo.
Dlus, dans Dius Fidius, c’est-à-dire Ztùç appartient à la môme
elassc de mots. Cf. Hartuug, Religion der ROmer, II, 44.
DIXIÈME LEÇON
de quelques simples lettres. Que signifiait Dyu en sanscrit? Gomment l’y emploie-t-on? Quelle est la racine que l’on a pu forcer à s’élever jusqu’à répondre aux plus hautes aspirations de l’esprit humain? Il ' nous serait difficile de découvrir la signification radicale ou attributive de Zeus en grec ; mais en sanscrit, rfyaiAS parle de lui-même, et raconte sa propre histoire.
Il dérive de la racine qui donne le verbe dyut, et ce verbe signifie « rayonner ». Une racine ayant une signification aussi riche et aussi expansive pouvait s’appliquer à bien des conceptions: l’aurore, lesoleil, le ciel, le jour, les étoiles, les yeux, l’océan, et la prairie, pouvaient tousêlredépeints comme brillants, reluisants, souriants, éclatants, étincelants. Mais dans la langue, telle qu’elle s’est fixée dans l’Inde, dyu, comme substantif, signifie principalement « ciel » et « jour ». •\vant que les antiques hymnes du Véda nous eussent révélé les plus anciennes formes de la pensée et du langage indiens, le substantif sanscrit dyu était à peine connu comme nom d’une divinité indienne, mais seulement comme substantif féminin, et comme, le terme consacré pour désigner le ciel. Le fait seul querfyw était resté dans l’usage vulgaire comme nom du ciel suffisait pour expliquer pourquoi dyu, en sanscrit, n’avait jamais pris ce caractère mythologique bien déterminé qu’a revêtu Zeus en grec; car aussi longtemps qu’un mot garde les signes distinctifs de sa signification originelle, et tant qu’il est appliqué comme appellatif àdes objets visibles, il ne se prête pas facilement au travail métamorphique de la mythologie prinlitive. Comme dyu continua en sanscrit à signifier « ciel», encore que ce fût seulement au féminin, il était difficile que ce mot
devint le germe de formations mythologiques bien importantes, même en étant employé comme substantif masculin. 11 faut que le langage meure avant de pouvoir entrer dans une phase nouvelle de la vie mythologique.
Même dans le Véda, où dyu se rencontre comme nom masculin ayant une signifîcation active, et nous laissant clairement voir qu’il renferme en lui ces germes de la pensée qui se sont développés en Grèce et à Rome et sont devenus le nom du dieu suprême du hrmament, Dyu, la divinité, le seigneur du ciel, le vieux dieu de la lumière, n’acquiert jamais une puissante vitalité mythologique, ne s’élève jamais au rang d’une divinité suprême. Dyu n’est pas compris dans les listes primitives des divinités védiques, et le véritable représentant de Jupiter dans le Véda n’est point Dyu, mais Indra, nom de provenance indienne, et inconnu dans toute autre branche indépendante du langage aryen. Indra était une autre conception du ciel brillant où resplendit le soleil; mais en partie parce que sa signification étymologique fut obscurcie, en partie à cause de la poésie et de la religion plus ardentes de certains Rishis, ce nom l’pmporta complètement sur celui de Dyu, et fut bien près d’éteindre entièrement dans l’Inde le souvenir d’un des plus anciens, et, peut-être, du plus ancien des noms par lesquels les Aryens s’étaient efforcés de rendre leur première conception de la divinité. Originairement cependant, — et c’est là une des plus importantes découvertes que nous devions à l’étude du Véda, — originairement Dyu était la brillante divinité céleste, dans l’Inde aussi bien qu’en Grèce.
DIXIÈME LEÇON